Sacrifice : Perpétuer la glorification du nom du seigneur

Il est bien une évidence sous nos latitudes, le fait qu’une fois l’an, la “fièvre du mouton” s’empare de nos populations, parsème les bas-côtés de nos rues passantes d’ovins de tous calibres, anime les terrains vagues transformés en autant de marchés improvisés à bétail. La célébration qui suscite toute cette fièvre est dans le répertoire des fêtes musulmanes, l’une des plus importantes. Le brouhaha et les mondanités qui l’accompagnent la distinguent de la sobriété et du recueillement indispensables aux invocations et prières qui marquent la plupart des autres commémorations des communautés musulmanes. Le rituel lié à l’immolation d’un animal et les dispositions qui en sont inséparables concourent à cette atmosphère très particulière dont cette commémoration est empreinte.

 

Elle n’en garde pas moins cependant toute la dimension spirituelle qui en fait véritablement la grande fête pour les communautés musulmanes. Car l’Aïd el Kébir ou l’Aïd-El-Adha, marquant la fin de la période du pèlerinage à La Mecque, n’est pas seulement l’occasion offerte au fidèle de reproduire de manière mécanique le geste posé par le patriarche. Cette pratique est avant tout la symbolique de la soumission du croyant à la volonté divine, conférant au qualificatif de musulman toute sa signification. La foi du patriarche du monothéisme avait été mise à l’épreuve lorsqu’il lui fut commandé par le Tout-Puissant d’immoler son fils. Pour les exégètes, la volonté d’Abraham de procéder à ce sacrifice est la marque de la profondeur et de la grandeur de son allégeance au Créateur unique.

En relatant les circonstances de cet évènement, les théologiens rapportent qu’il eut pour théâtre la vallée de Mina, à la sortie de La Mecque, où s’effectue la retraite des pèlerins. Ces lieux sont connus pour cela comme «l’endroit du bêlement du bélier». La vallée, aménagée de nos jours pour une plus grande commodité d’accès de la foule des croyants, abrite trois stèles qui doivent être rituellement lapidées uniquement durant la période du hadj. Ce rite symbolise les trois occasions au cours desquelles, sur le chemin du sacrifice qui lui avait été ordonné, Satan se manifesta aux protagonistes de l’action engagée. S’étant promis depuis l’aube des temps, d’entraîner le genre humain sur la voie de la perdition, le Malin n’a de cesse depuis lors dans sa malveillance de s’interposer entre l’homme et la moindre manifestation de ses bonnes intentions d’obéissance au Tout-Puissant, et même de bienveillance envers son semblable.

C’est dans la poursuite de cet objectif que Satan surgit à trois reprises. Abraham et sa famille lui signifieront leur mépris en le lapidant à chaque apparition. La perpétuation du souvenir de la délivrance divine accordée à la petite famille est ainsi vécue par la communauté musulmane dans la glorification du nom du Seigneur, dans la reconnaissance des bienfaits qu’il accorde au genre humain. Et par leurs invocations, les croyants se retrouvent en communion, unis par la Révélation reçue lors du pèlerinage dit de l’Adieu : «Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait. Et J’agrée l’Islam comme religion pour vous». (5:3). Il en est dit par ailleurs : « À chaque communauté, Nous avons assigné un rite sacrificiel, afin qu’ils prononcent le nom d’Allah sur la bête de cheptel qu’Il leur a attribuée. Votre Dieu est certes un Dieu unique. Soumettez-vous donc à Lui… » (22:34).

A. K. Cissé

Source : L’ESSOR

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