Projet Wagner: les raisons d’un blocage

Alors qu’une frange importante de la population, en l’occurrence sa frange juvénile, réclame à cor et à cri l’intervention de la Russie, dont «(…) la pratique montre qu’il s’agit d’un partenaire fiable », selon le Premier ministre Choguel Kokalla MAIGA, dans une récente interview accordée à l’agence russe RIA Novosti, elle doit plutôt se préparer à accueillir des para-militaires de la société de sécurité privée Wagner. Mais qu’est-ce qui bloque son déploiement tant espéré pour porter un « coup fatal » aux agresseurs qui imposent des épreuves rédhibitoires à notre pays depuis au moins 8 ans?

 

L’information a été révélée par les medias hexagonaux : les autorités maliennes sont proches de conclure un accord avec la société militaire privée russe Wagner pour la sécurisation du territoire national. Reuters, citant une source européenne qui suit le dossier ouest-africain et une source proche des services de sécurité au Sahel, ajoute que « l’accord pourrait porter sur l’envoi d’un millier de mercenaires russes au Mali. » « Deux autres sources ont dit penser que leur nombre serait moins élevé, sans fournir d’estimation chiffrée », rapporte l’agence.
Des sources du ministère de la Défense et des anciens combattants ont également confirmé des contacts avec la partie russe dans le cadre de la sécurisation du territoire, dans la perspective de « la transformation profonde du dispositif militaire au Sahel » synonyme de retrait progressif.
Mais l’équivoque a été définitivement levé lorsque le Premier ministre Choguel Kokalla MAIGA, du haut de la tribune de la 76e Assemblée générale des Nations-Unies, le 25 septembre 2021, a assené : «La nouvelle situation née de la fin de l’opération Barkhane, plaçant le Mali devant le fait accompli et l’exposant à une espèce d’abandon en plein vol, nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome ou avec d’autres partenaires ».
C’est vrai que le même jour que le chef du Gouvernement faisait sa déclaration de guerre à notre « partenaire historique », le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï LAVROC, confirmait implicitement, sans les nommer, que des mercenaires russes seraient déjà présents au Mali.
Mais, ce qu’attendent nos compatriotes qui ont réclamé à gorge déployée la présence militaire russe dans notre pays, ce n’est pas une présence clandestine à travers des déclinaisons sous forme de sociétés de gardiennage ; mais plutôt une présence militaire opérante et triomphante sur les théâtres d’opérations. Or, sur ce plan, les attentes sont loin d’être comblées.
Alors, différentes explications sont fournies quant à la procrastination de l’intervention militaire du groupe de sécurité russe Wagner.
Selon ‘’Ouest France’’, dans un article intitulé ‘’La France redimensionne son dispositif au Sahel’’ : ‘’Les menaces françaises et estoniennes de se retirer de la mission Takuba, composée de détachements de forces spéciales européennes, ont gelé ce projet’’. (NDLR : recourir aux services de la société militaire privée russe Wagner).
Cette explication vaut ce qu’elle vaut, dès lors qu’il est généralement admis que gouverner c’est prévoir et que par conséquent les autorités de la Transition ont dû envisager différents cas de figure possible, dont justement celui du retrait de certains pays de la Force Takuba qui n’apparaît d’ailleurs pas jusque-là comme un foudre de guerre.
Une autre explication plus crédible cette fois-ci, c’est la facture prohibitive de l’intervention de Wagner pour un pouvoir de transition. Parmi les conditions, quatre sources auraient déclaré à Reuters que le groupe Wagner serait payé six milliards de francs CFA (environ 9,15 millions d’euros) par mois pour ses services. L’accord pourrait également garantir à la société russe l’accès à trois gisements miniers, deux d’or et un de magnésium, a ajouté une des sources.»
Non seulement, il n’est pas évident que le Gouvernement qui n’est pas Crésus par ces temps de crise protéiforme puisse payer rubis sur ongle six milliards de francs CFA par mois, mais également il serait scandaleux de plonger tête baissée dans les travers de certains pays où intervient Wagner accusé de piller les ressources minières, notamment en République centrafricaine. Evidemment le groupe Wagner est accusé, notamment par la France, de se rémunérer sur les ressources des pays dans lesquels il intervient. Mais, la France accuse pour des raisons propres, d’autres sources portent les mêmes accusations.
Une conséquence, selon Roland Marchal Sociologue, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CERI), de l’intervention du Groupe paramilitaire Wagner, c’est que l’armée malienne sera attaquée très frontalement et n’aura pas le backup de ses autres partenaires.
A cela, il ajoute les réticences de mouvements armés, à l’instar de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA).
Autant de facteurs qui peuvent expliquer les atermoiements des autorités de la Transition.
Pour autant est-il important de rappeler que le Premier ministre, lors de différentes interventions, n’a parlé que de « Plan B ». Ce qui implique que nonobstant les levées de boucliers, c’est le Plan A qui court toujours.

PAR BERTIN DAKOUO

Source : Info-Matin

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