Mali: après le sur-coup d’Etat et avant un désengagement du Sahel, Paris temporise et Tallinn suit

C’est une “mesure d’urgence prise par précaution” (c’est le sens de l’expression “à titre conservatoire”) mais elle est “temporaire”: Paris “a décidé de suspendre les opérations militaires conjointes avec les forces maliennes ainsi que les missions nationales de conseil à leur profit”. Et comme le précise le ministère des Armées, “ces décisions seront réévaluées dans les jours à venir au regard des réponses qui seront fournies par les autorités maliennes”.

L’Estonie, qui déploie des forces au sein de Barkhane et de Takuba, a annoncé une mesure similaire.

Certes, Paris veut pousser la junte au pouvoir vers la transition politique exigée par la communauté internationale. Mais la décision française s’inscrit dans une manoeuvre que l’on suspecte plus vaste. N’oublions pas que le président Macron a averti dimanche dernier que la France retirerait ses troupes si le Mali allait “dans le sens” d’un islamisme radical, en référence à la volonté/tentation d’une partie des dirigeants maliens de négocier avec les djihadistes.

En réalité, c’est bien la question de l’avenir de la présence militaire française au Sahel qui se pose de nouveau.

Effectivement, elle avait déjà été posée avant le sur-coup d’Etat du colonel Assimi Goïta puisque la France comptait d’ores et déjà amorcer à partir de l’été un désengagement progressif de ses troupes engagées dans Barkhane (5 200 soldats), une opération coûteuse humainement et financièrement.

Après avoir envisagé d’alléger l’empreinte militaire française au Sahel dès le début de l’année 2021, Emmanuel Macron avait finalement renoncé en février à réduire “dans l’immédiat” les effectifs de la force Barkhane, tout en laissant la porte ouverte à une prochaine réduction de voilure, dont les plans devaient être actés en Conseil de défense courant juin.

Une telle décision interviendrait à moins d’un an de l’élection présidentielle française, et à l’heure où les armées réorientent leurs moyens face aux menaces de conflits de haute intensité.

Interrogé par l’AFP, Elie Tenenbaum, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI), estime que “par-delà la position de principe, on peut se demander si cette décision n’est pas une façon pour la France de mettre en récit le désengagement de Barkhane, dont chacun sait qu’il va se produire. En d’autres termes, le non-respect du processus démocratique n’est-il pas un prétexte pour réduire un dispositif dont les jours étaient comptés de toute façon ?”.

Source : Ouest-France

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