Sans Tabou: la gouvernance du baga-baga et de la terreur

C’est un doux euphémisme de dire que nous rentrons depuis quelque temps de plain-pied dans le temps du baga-baga et de la terreur à tout va. Les incartades de deux ministres sont illustratives de ce fourvoiement.

 

En effet, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Mahmoud Ould MOHAMED, face aux annonces persistantes sur les réseaux sociaux d’une augmentation imminente du prix du pain de 250 FCFA à 300 FCFA et de 125 FCFA à 150 FCFA par des « individus malintentionnés », dégaine l’artillerie juridique : « (…) aucun manquement ne sera toléré et les auteurs de ces perturbations s’exposent aux sanctions prévues par les textes en vigueur en République du Mali ».
Mais, dans les faits, « les auteurs de ces perturbations » sont moins les perturbateurs de la République que les violateurs du Protocole d’accord signé le 30 mars 2021 fixant le prix consensuel du pain à 250 FCFA le gros pain et 125 FCFA pour le petit pain dont il se prévaut pour annoncer : « aucune augmentation du prix du pain n’est à l’ordre du jour ». Preuve que le chef du département vit dans une réalité parallèle, il assène : « Ces annonces découlent de propos irresponsables et sont de nature à perturber l’ordre public ».
Or, ce qui est de nature à troubler l’ordre public, c’est le déni toxique de réalité que le Protocole n’a plus cours depuis longtemps, en bien des endroits de la capitale. Ce qui est de nature à troubler l’ordre public, c’est de lâcher la proie pour l’ombre en ayant un recours abusif aux « textes en vigueur en République du Mali », c’est-à-dire la Loi sur la cybercriminalité qui sert d’épouvantail et de planche de salut.
Un autre ministre qui s’égare dans les méandres des textes, c’est celui de l’Éducation Nationale qui « tient à rassurer les élèves, les parents d’élèves et les acteurs de l’école que la date d’ouverture des classes, prévue le lundi 1er nombre 2021 reste inchangée.
Par ailleurs, des investigations sont en cours pour identifier et punir conformément à la Loi, le ou les auteurs de ces actes Malintentionnés, c’est-à-dire un communiqué sur les réseaux sociaux faisant croire à une ouverture des classes, le 22 novembre 2021 ».
L’un et l’autre ministre s’arrogent le privilège de qualifier les faits qu’ils incriminent. Le ministre de l’Industrie et du Commerce parle « d’individus malintentionnés », alors que son homologue de l’Éducation nationale les qualifie « d’actes Malintentionnés », avec le dénominateur commun « Malintentionné ».
Mais, comme dans le cas du prix du pain, des gros nuages s’amoncellent sur la rentrée scolaire avec la nouvelle stratégie de mieux aborder l’année scolaire et des actions à engager en vue de l’application de l’article 39 des Syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016 : la non-évaluation ; la non-prise des classes à double division ; la non-prise des classes à double vacation ; la non-prise des écoles à ECU ; la non-prise des heures supplémentaires ; la non-prise des classes à effectif dépassant 50 élèves.
Une nouvelle fois, on lâche la proie pour l’ombre, parce que le problème ici est moins la date de la rentrée que le bon déroulement de l’année scolaire avec l’incapacité certaine de satisfaire l’inventaire des exigences ci-dessus mentionnées.
En fait, le baga-baga, la terreur des textes ne peuvent être perçus que comme des exutoires, une mise en scène qui peut s’avérer un artifice dangereux. Parce qu’avec la nouvelle stratégie revendicative moins portée directement sur les sous, il y a fort à parier que les enseignants s’aliènent la sympathie des parents d’élèves. De même, les consommateurs ne se laisseront pas indéfiniment bourrer le crâne par des communiqués qui n’ont aucun ancrage dans la réalité. Une Transition réussie ce sont des enfants en classe et la marmite sur le feu.

PAR BERTIN DAKOUO

Source : Info-Matin

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