Energie solaire dans les écoles rurales : Ce que fait le Président du Mali-FolkCenter pour accroître les apprentissages

Le Président de l’ONG Mali-FolkCenter Nyetaa, Dr Ibrahim Togola, est un acteur majeur du monde agricole et des énergies renouvelables pour avoir travaillé plus de 20 ans dans le domaine. Son ONG, le Mali-FolkCenter, en partenariat avec le Danske Commodities, une entreprise privée Danoise, s’attèle  à donner des lampes solaires aux élèves, à électrifier des salles de classes, des maternités, à travers le Mali.

 

Le même exercice a conduit lui et son staff, le lundi 14 juin, à Gouakoulou, un village dans le cercle de Kolokani, pour la remise des lanternes solaires aux écoliers de l’école fondamentale, la mise en service des installations électriques solaires dans les salles de classes, centre de santé et d’espaces publics. En revenant à Bamako, dans son Land cruiser, malgré l’état du goudron, dont les travaux se poursuivent par l’entreprise SOGEA SATOM, Dr Ibrahim Togola a bien voulu répondre à nos questions. Dans cet entretien à bâton rompu, il nous parle de l’importance des énergies renouvelables dans les écoles pour accroître les apprentissages, son intégration désormais dans le dispositif de construction d’écoles, le rôle de l’éducation,  l’environnement…Interview.

Le SOFT : Vous venez d’offrir des lampes solaires aux élèves de l’école fondamentale de Gouakoulou (village du cercle de Kolokani) et électrifier des salles de classes. Pourquoi le choix de ce village ?

Je pense que le choix de Kolokani est vraiment logique. Kolokani est une grande localité. Je pense aussi qu’il a besoin d’attirer l’attention de tout un chacun. Parce que, aujourd’hui, cette zone agro Sylvo pastorale est en phase de devenir presqu’une zone désertique. C’est le Sahel, c’est la porte du Sahel à  120 km de Bamako, donc, nous avons fait ce choix parce que l’énergie renouvelable de façon générale est le créneau de Mali FolkCenter, laquelle a besoin d’être vulgarisée. Si on veut bien vulgariser, on doit l’amener au niveau des écoles primaire et fondamentale. En l’expliquant aux élèves, cela permet à ceux-ci de prendre contact direct avec la technologie, de savoir ce que sait l’énergie solaire. Qu’ils apprennent sur l’énergie solaire, après ils ont un kit solaire à la maison qu’ils peuvent utiliser, leurs parents aussi soient sensibilisés et en même temps on peut faire passer un message environnemental. C’est ça un peu l’esprit. Ce village est important, la mairie a bien voulu qu’on fasse ça ici avec, aussi, le Centre d’Animation Pédagogique de Kolokani pour pouvoir non seulement améliorer les conditions d’études des enfants mais aussi récompenser les meilleurs élèves, on a pris 50 filles, 50 garçons. Cette technologie n’a rien de sorcier, elle permet de familiariser les enfants avec les énergies renouvelables.

Vous faites ce travail en partenariat avec le Danske Commodities, une entreprise Danoise. Parlez-nous-en.

D’abord cette initiative s’appelle ‘’lumière sur le Mali’’. C’est une initiative du fondateur de Folkcenter du Danemark et aussi du Mali-Folkcenter. Parce que, ensemble, nous avons la conviction que pour développer une communauté, un pays, il faut éduquer ses enfants. L’éducation est le pilier central, la colonne vertébrale, le cerveau, le pied, les bras de toute nation. On ne peut avoir de développement sans éducation. Aujourd’hui, dans la plupart des écoles maliennes, c’est la double vacation. Ce qui fait que les écoles sont surchargées, le professeur enseignant manque. Donc, s’il y a une possibilité d’avoir une formation le soir, la qualité des apprentissages va s’améliorer. Comment rendre possible cela dans les villages au Mali où le taux d’électrification rurale est moins de 20% ? Ce qui laisse comprendre qu’il y a moins de 20% des villages des 12 mille villages maliens n’ont pas d’électricité. Donc, nous nous sommes dits, en mettant la lumière dans ces écoles-là, nous pouvions contribuer à améliorer le cursus scolaire des enfants. C’est dans ce cadre que le Folkcenter a élaboré un livre intitulé ‘’lumière sur le Mali’’. Notre partenaire dans l’élaboration de ce livre est le Danske Commidities, une entreprise privée Danoise, travaillant dans les biens et services. Cette entreprise dans le cadre de sa responsabilité sociétale a bien voulu accompagner cette initiative jusqu’en 2024. Nous sommes déjà à notre 4e année, nous allons continuer encore 3 années pour pouvoir contribuer à électrifier des écoles maliennes. En faisant quoi ? En installant dans des villages des lampadaires solaires, en électrifiant les petites salles de classes, en donnant des kits solaires aux enfants, en électrifiant des maternités et en donnant un kit solaire au chef du village. Voilà un peu en quoi le programme consiste. Ce programme est intervenu à Kolokani, deux fois. Il est intervenu dans la zone de Sanakoroba, de Bancoumana, dans les zones de Sikasso et de Koutiala. Sa vocation est de rendre l’école attractive, mais aussi permettre aux enfants de toucher les énergies renouvelables, de connaître le solaire et susciter l’intérêt des enfants pour ces technologies.

Vous êtes un acteur majeur du monde agricole et des énergies renouvelables. Vous intervenez dans le domaine de l’éducation en électrifiant des écoles, en offrant des lanternes solaires aux élèves. Comment le Mali-Folkcenter et son partenaire entendent étendre ce projet  à un maximum d’écoles au Mali ?

Puis ! Bon ! Ce que nous faisons pour le Mali FolkCenter, le Danish FolkCenter et le Dansk Commodities, c’est de montrer d’abord que c’est possible. Nous avons bien sûr des ressources assez limitées dans le cadre de ce programme, mais aujourd’hui, c’est aussi d’inviter les gens qui doivent construire les écoles. Nous ne construisons pas des écoles. Des ONG et l’Etat qui construisent des écoles, c’est aussi de leur dire que quand on construit une école, il serait souhaitable aujourd’hui de prévoir la lumière. Parce que l’électricité n’est autre chose qu’un service, c’est un outil qu’on met à la disposition du développement. L’école c’est la source d’apprentissage, elle est à la base du développement. Quand tu fais de développement, il faut mettre des outils à la disposition. Nous invitons nos partenaires, ceux qui construisent des écoles, qui est déjà un très grand pas, parce que sans ça nous ne serions allés à l’école, il faut les remercier, les féliciter. Une fois que l’école est construite, il serait plus facile d’intégrer la dimension électrification dans les dispositifs.

Quel est votre appel au directeur d’école de Gouakoulou, au personnel enseignant, aux parents d’élèves, pour le bon entretien des kits solaires offerts ?

Cela est important. Un kit solaire quelle qu’en soit la qualité, ça fonctionne, l’énergie est là. Il a une durée de vie au-delà de 20 ans. Certains panneaux vont jusqu’à 35 ans. Cela veut dire c’est toute une vie. Mais les batteries ont une durée de vie limitée. Ces batteries pour qu’elles puissent vivre longtemps ont besoin d’entretien des panneaux, qui est la surface capturant la lumière, et on le sait bien dans ces zones, il y a assez de poussière. Donc, il faut que le panneau soit entretenu, qu’on le dépoussière fréquemment. Son environnement doit être propre.

Présentement, nous sommes en période hivernale, donc il y a moins de poussière. Mais il est important que le directeur d’école, les maîtres puissent amener (l’aspect éducationnel) les enfants à nettoyer, à prendre soin, conformément aux heures de fonctionnement. Le jour où il n’y a pas de soleil, on doit savoir qu’on ne doit pas mettre la lumière et épuiser les batteries. Cette dimension de discipline est essentielle dans l’énergie solaire. Mais, l’autre volet, aussi, l’école ou l’association des parents d’élèves pense à mettre un peu d’argent à coté pour l’amortissement. Ces équipements qu’on le veuille ou non après 5 ans, certaines composantes seront défectueuses, dans ce cas il faut être prêt pour pouvoir les remplacer. Il ne faut pas attendre toujours, disant que ce sont les partenaires qui viendront faire ce travail.

Propos recueillis par O.M  

Source: Le SOFT

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