Mauritanie – Mohamed Ould Ghazouani : « Je ne suis pas juge pour dire si Mohamed Ould Abdelaziz est coupable ou non »

« L’affaire Aziz », le coup d’État au Mali, la disparition d’Idriss Déby Itno, la prochaine visite de Mohammed VI, le retrait de Barkhane, la gestion de la Snim… Sur toutes ces questions, le président mauritanien s’exprime pour la première fois.

 

S’il est vrai que le pouvoir change un homme, il a en tout cas révélé Mohamed Ould Ghazouani. La personnalité de cet ancien chef d’état-major des armées qui avait jusqu’ici préféré vivre à l’ombre des casernes était nimbée de mystère.

Certes, il était très respecté, son défunt père, Cheikh Mohamed Ahmed Ould El Ghazouani, ayant été le chef d’une grande et influente confrérie soufie de l’est de la Mauritanie. Mais ses intentions comme son caractère demeuraient indéchiffrables. Au point que lorsque sa candidature a été soutenue, en mars 2019, par son proche ami, le président Mohamed Ould Abdelaziz, beaucoup ont pensé qu’ils dirigeraient ensemble le pays, voire que le nouveau venu en politique recevrait directement des ordres de son mentor.

Pourtant, ce général à la retraite, élu trois mois plus tard, s’est vite imposé. Il a apaisé les tensions avec l’opposition, a fait revenir au pays Mohamed Ould Bouamatou et Moustapha Chafi, les ennemis jurés de son prédécesseur, et, surtout, a laissé une Commission d’enquête parlementaire faire un audit des deux mandats d’Aziz.

Aujourd’hui, l’ancien tout-puissant chef de l’État est poursuivi pour, entre autres, corruption et blanchiment d’argent. En résidence surveillée depuis août 2020, il a été placé en détention préventive en juin dernier dans une villa sécurisée située au sein de l’École de police de Nouakchott. Il ne baisse pas les bras pour autant et continue de clamer son innocence.

Mohamed Ould Ghazouani devra limiter les conséquences politiques de cet épineux dossier – en cours d’instruction – sur son premier mandat. Et concrétiser rapidement ses promesses de changement car, confrontés à une crise économique amplifiée par la pandémie de Covid-19, les Mauritaniens s’impatientent.

Ce 23 juillet, le chef de l’État nous a reçus dans son vaste bureau, situé au troisième étage du Palais présidentiel, où il a longuement répondu à nos questions. Entretien.

Jeune Afrique : Le 9 juillet dernier, Mohamed Bazoum, le président nigérien, a critiqué la prise du pouvoir au Mali par les militaires. Le colonel Assimi Goïta est-il légitime ?

Mohamed Ould Ghazouani : Le président Bazoum a explicité sa déclaration, je n’ai rien à ajouter à ce sujet. Le Mali se trouve dans une situation exceptionnelle, qui résulte d’un coup d’État. La légitimité du colonel Goïta ne devait être évaluée que par les Maliens : l’institution chargée de donner son avis a considéré qu’il devait assurer la présidence de la transition. Cette dernière doit déboucher sur un retour à l’ordre constitutionnel.

Source : Jeune Afrique
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