Marché des moutons : après la TABASKI, les invendus

A cause de la mévente, beaucoup d’éleveurs ou revendeurs de moutons n’ont aujourd’hui d’autre choix que de brader leurs bêtes ou les ramener au village

«La fête de tabaski ? Patissakana !», lance Djakaridia Guindo, qui se laisse tomber dans une chaise. A côté de lui, deux autres marchands, Doursi Barry de Siaramou et Binké, qui se plaignent tous de la mévente. Ce mercredi 14 août, il est 10 heures au marché à bétail de Lafiabougou Kôda, en Commune IV du district de Bamako. Si la fête de Tabaski est désormais derrière nous, cependant ce marché affiche un autre décor : des peaux de moutons jonchant le sol, des feuilles fourragères abandonnées au bord du goudron, ou encore des moutons invendus broutant tranquillement des herbes sous l’œil attentif de propriétaires angoissés.
Après la fête, la capitale est encore inondée de moutons invendus au grand regret de leurs propriétaires. «Il y a encore beaucoup de moutons invendus. Leurs propriétaires auront du mal à gérer tout ça, car il faut nourrir ces animaux, les soigner alors que le prix de l’aliment bétail et les soins sont très chers, c’est un vrai casse-tête pour eux», explique Bara Diallo, président de la coopérative des revendeurs de bétail de moutons du marché de Lafiabougou Kôda.
Comme pour justifier l’injustifiable, le secrétaire général de la coopérative, Daouda Traoré, soutient que si le prix du mouton est élevé, c’est parce que les aliments bétails et le transport coûtent très cher. Selon lui, tant que ce problème n’est pas résolu par les autorités, on revivra chaque année les mêmes difficultés. «Nous avons demandé la subvention de l’aliment bétail, ça ne se réalise toujours pas. Nous avons l’impression que nous n’avons pas été compris par les autorités», relève Daouda Traoré.

VENTE DE PEAUX-Certaines personnes interrogées pensent que la mévente des moutons est due tout simplement à la cupidité de certains revendeurs. Djakaridia Guindo partage bien cet avis. «J’ai un frère qui a refusé de vendre un bélier à 200.000 Fcfa, mais au lendemain de la fête, il a du le bazarder à un taximan à 125000 Fcfa, car il ne pouvait le nourrir, l’entretenir et payer le transport retour au village», témoigne l’éleveur. «A cause de l’insécurité dans le pays, beaucoup de gens pensaient que le marché de Bamako n’allait pas être suffisamment approvisionné en moutons. Les éleveurs qui ont le courage de faire le déplacement, ont joué à la surenchère. Cependant, ils ont été pris au piège dans leur propre jeu», déplore Djakaridia. Qui doit son salut à la sagesse de son frère. « Il m’a expliqué que mes moutons n’avaient pas la grande taille pour être vendus cette année et qu’il fallait attendre la fête prochaine pour les amener à Bamako. Je n’ai pas insisté. Je les ai laissés au village et je suis venu à Bamako pour faire le busines de peaux de moutons», détaille-t-il.

Notre jeune éleveur s’est rabattu sur la vente de peaux, grâce à laquelle il fait une bonne affaire. «Je les achète à 200 Fcfa et je les revends à l’usine à 400. Pour l’instant, j’ai pu revendre 600 peaux alors que l’année dernière à pareil moment, j’étais à 1200. Cela prouve qu’il y a eu moins de moutons abattus cette année», commente-t-il.
Pour Brouma Keïta, le secret de la vente réside dans la sagesse. « De nombreux marchands croyaient fermement à une insuffisance de moutons sur le marché. C’est pourquoi ils ont maintenu leurs prix exorbitants. Aujourd’hui, ils se se retrouvent avec des moutons invendus, c’est dommage», dit-il. «Je n’espérais pas faire un de grand bénéfice. Si j’ai 5000 Fcfa de bénefice sur un mouton, je le vends. C’est avec ça que j’ai pu écouler plus de 90 têtes», affirme le jeune revendeur.
Au marché à bétail de Hamdallaye ACI près du cimetière, un groupe de marchands mauritaniens se plaint aussi de la mévente. «Nous avons mis plus de 500.000 Fcfa dans le transport de nos moutons, mais c’est seulement la moitié qui a été vendue», se désole Hama enturbanné. Il compte rentrer au pays pour revenir dans 2 mois avec l’espoir que son compatriote aura écoulé les moutons invendus.
Khalifa DIAKITE

Source: L’ Essor- Mali

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