La chicha interdite en Commune IV : La fumée ne s’est point dissipée dans des Salons de consommation !

Installée dans une salle noyée dans un nuage de fumée, une dizaine de jeunes se la coule douce, ce samedi 06 juillet 2019, vers 19h20, à notre passage dans le club à chicha d’un restaurant à l’ACI 2000, non loin de l’hôtel Radisson Blu, en commune IV du District de Bamako. D’autres, des jeunes filles, faisaient leur entrée dans ce célèbre salon de consommation de chicha, quand nous étions sur le départ. Le club ne désemplit pas. Alors que, par un arrêté communal daté du 03 juillet 2019, le maire de la commune IV Adama Berthé, a interdit la consommation du Tramadol et de la chicha (narguilé), deux substances psychotropes considérées comme des drogues. Visiblement, les salons de consommation de la chicha, en commune IV du District de Bamako, semblent échapper à ce décret du maire Berthé.

 

Un tour au Club ou salon de chicha de ce restaurant, de grosses cylindrées stationnées aux alentours, des jeunes qui paraissent de ne rien avoir en commun avec des fils de parents pauvres. Habillés en Bazin Getzner, certains en style pantalon serré et chemise de classe, ils fumaient tranquillement la chicha, dans la salle à l’étage. Un jeune derrière le comptoir (le gérant du coin), à notre arrivée, se préoccupait plutôt de servir à ses clients leur chicha. Il s’est montré plutôt méfiant devant notre présence et notre insistance, sachant bien qu’il est, désormais, interdit de faire ce business en commune IV du District de Bamako.

« Revenez la nuit… Vous trouverez le gérant lui-même sur place. Vous pouvez venir de 23 heures à minuit », s’est-il adressé à nous, se débarrassant, à peu de frais, d’un journaliste qui n’est pas le bienvenu. Pendant ce temps, un consommateur de chicha prenait sa commande au comptoir. Celui-là est en désaccord complet avec la décision du maire. « Pourquoi il nous interdit la consommation ? Est-ce de la drogue ? », nous a-t-il lancé.

Malgré la réticence du jeune homme, nous avons réussi à nous infiltrer dans la salle envahie de fumée. Certains utilisaient la pipe à une tête et d’autres, venus ensemble, fumaient la pipe à deux têtes. « On ne peut pas s’en passer. Moi, personnellement, il faut que je fume la chicha pour me sentir bien. En plus, ce Club est un lieu de détente et de rencontres pour nous. Je suis là tous les soirs pour prendre ma dose. Je fume la chicha depuis plus de cinq ans », a confié Mohamed Bathily. Et de soutenir qu’il n’a encore rien senti comme séquelle de la consommation de la chicha.

Au fond, deux amis contestaient, avec véhémence et ironie, la décision des autorités de la commune IV du District de Bamako. « Décidément, ce maire veut faire sa popularité sur notre dos. Il n’a pas mieux à faire ! La population a beaucoup de problèmes à gérer avec, eux, les élus locaux. Certainement, qu’il n’a plus de terrain à brader dans sa commune qu’il met sa hargne sur les paisibles consommateurs de chicha. Même demain, nous fumerons notre machin», tournaient-ils en dérision le maire et son décret d’interdiction.

Aicha, assise avec son petit ami, exprime ce qu’elle ressent lorsqu’elle fume la chicha. Non seulement, selon elle, c’est un plaisir à la mode mais aussi ça lui donne l’appétit ! Elle parlait en accro de la chose. « J’aime le vertige que me donne la chicha, chaque fois, que je la fume. En plus, fumer la chicha me fait beaucoup manger… Ici, le Club de chicha est un autre monde paradisiaque…», explique-t-elle. Elle révèle posséder une chicha, chez elle, à la maison mais qu’elle préfère le Club, son ambiance, son environnement et son décor, pour se changer les idées et en partager avec les autres amateurs.

La salle de chicha de ce restaurant couru commençait à faire le plein à notre départ. Nous avons rencontré des jeunes filles et leur compagnon dans et au bas de l’escalier. D’autres garaient leur véhicule.

Tout comme ici, plusieurs Clubs de consommation de chicha de la capitale malienne ne se vident point, surtout que le décret d’interdiction du maire Adama Berthé ne les frappe pas. D’ailleurs le décret fait l’objet de débats dans certaines salles de consommation. C’était le cas, le weekend dernier, dans un club à Darsalam, face à la Place du Cinquantenaire, au flanc de la colline, en commune III du District de Bamako. Certains consommateurs apprécient la décision du maire de la commune IV. Selon eux, des jeunes se permettent dans des quartiers de la commune IV de remplacer par l’alcool l’eau ou la boisson sucrée utilisée dans la chicha.

« Je connais des « grins » à Djikoroni Para et Sébénikoro qui louent la chicha à 3000 Fcfa/jour. Ils mélangent de la drogue et de l’alcool dans les produits de la chicha. Ils remplacent le tabac par le chanvre indien et y mettent des boissons alcoolisées en lieu et place de l’eau et la boisson gazeuse. Cette pratique n’honore aucun consommateur de la simple chicha et, surtout, nous qui fréquentons les salons de chicha », a dit Chiapé, soutenant ainsi le maire de la Commune IV, dans sa décision d’interdire la consommation de la chicha.

De toutes les façons, les médecins déconseillent la consommation de ce produit. Ils tirent la sonnette d’alarme, relevant que la chicha nuit dangereusement à la santé humaine plus que la cigarette. C’est un produit nocif pour la santé de l’homme.

Le Pr Boubacar Cissé est formel : « la chicha ? C’est une drogue », lance-t-il, soutenant que tout produit qui procure à son consommateur une sensation anormale, toute utilisation d’un produit, en le mélangeant à d’autres substances pour créer des effets, fait de la matière résultant de cette manipulation une drogue. Une drogue, entendue comme une molécule qui a un effet sur le cerveau, modifiant les perceptions et le comportement de l’individu. Notre interlocuteur donne l’exemple du chanvre indien qui, sous les appellations de cannabis ou de haschich, en fonction de la forme qu’on lui donne et l’utilisation qu’on en fait ne reste pas moins une drogue, un produit stupéfiant.

Selon les statistiques des saisies au 1er semestre 2018 de l’Office central des stupéfiants (OCS), le Tramadol arrive en tête avec au total 32 091 comprimés saisis suivi par le cannabis avec 7 640,542 kg saisis. En 2017, l’OCS a saisi et détruit 8 tonnes de Cannabis au Mali.
OD/MD

(AMAP)

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