Procès Amadou Aya Sanogo: les joies et les peines de Me Alassane Diop

Procès Amadou Aya SANOGO et autres, renvoyé il y a 3 ans pour des motifs procéduraux, il est aujourd’hui reporté sine die sans motif. Tout le monde aura su que quelque chose de totalement ridicule vient de se passer au Mali.

 

D’un tweet malheureux à un communiqué malheureux, serait-on tenté de dire. Un quelque chose de banal, un simple communiqué qui frise le déni de justice par la justice elle-même.

Une débauche de communication, une condamnation ferme de la situation carcérale des co-accusés qui gardent prison au-delà de tous délais légaux et en violation flagrante des droits de la défense consacrés par la constitution du Mali.

Après avoir engagé des millions de nos francs dans l’organisation pratique de ce procès en terme de logistique, dans les frais de citation d’huissiers et déplacement des témoins et accusés, la projection et le déplacement de la presse nationale et internationale ainsi que des organisations des droits de l’homme, la mise en œuvre des ordonnances de prise de corps et la matérialisation des derniers interrogatoires. Et surtout à quelques heures seulement de l’ouverture de ce grand procès, c’est par un petit communiqué au contenu énigmatique que les litisconsorts apprendront en même  temps que le public, le report sine die (ajourner sans fixer une nouvelle date) et sans aucun motif juridique pertinent du procès tant attendu qui devrait s’ouvrir ce lundi.

Il y a 3 ans le même procès qui se tenait à Sikasso, avait été renvoyé pour des motifs de procédure notamment la reprise de l’expertise médico-légale qui constituait une pièce essentielle du dossier. Apparemment ce motif a été satisfait comme on a l’habitude de le dire dans le jargon juridique et rien ne s’oppose à la tenue régulière du jugement.

Mais, le renvoi de l’audience du 13/01/2020 à quelques heures de son ouverture officielle a un quelque chose de combine politique.

Si le motif avancé dans le communiqué avait la moindre chance de passer, il revenait aux magistrats composant la Cour d’assises déjà saisis par l’arrêt de renvoi de se prononcer sur une telle demande formulée par le Procureur au terme d’un débat contradictoire tenu en bonne et due forme à l’égard de toutes les parties citées, les co-accusés entendus.

Mais non!

Au Mali, on préfère bafouer les règles de forme, le respect des droits des accusés qui ont droit à un procès équitable tenu à bref délai  et le droit sacro-saint des parties civiles au nom desquelles la Justice est rendue et qui ont droit, elles aussi, à ce que leur cause soit jugée dans un délai raisonnable.

Dans la parution de MaliCanal.com ci-dessous relative à un entretien sur ce dossier, les mots sont forts. On parle de « rançon de l’imposture », d’un « orgueil démesuré » de « vanité » et « peur du gouvernement ».

Sont-ce là les vrais motifs de ce renvoi singulier imposé aux parties à deux doigts de comparaître ? Je m’interroge.

Monsieur le Procureur général près la Cour d’appel de Bamako, Monsieur le Ministre de la Justice, vous le savez déjà, parce qu’élèves du Doyen Carbonnier, la forme en droit n’est que le fond qui remonte à la surface. Elle détermine tout, on gagne et on perd en la forme sans examen au fond. On dit d’ailleurs magnifiquement à ce sujet que «la forme est la rançon du droit ».  Veiller au respect scrupuleux des délais imprescriptibles de la détention préventive et au respect du droit d’être jugé lorsque le dossier est en état sont des servitudes qui pèsent sur chaque citoyen de la République.

La raison d’État ne met pas l’Etat, sujet de droit,  au-dessus du droit et au mépris des droits d’autres sujets de droit.

Un groupe d’individus à qui on reproche les mêmes crimes commis ensemble, se trouve divisé en deux sous-ensembles, ceux qui sont encore des hommes, libres de leurs mouvements et qui présumés innocents occupent des fonctions nobles dans la société et ceux qui ne sont encore que des sous-hommes, qui gardent prison au mépris de la loi même présumés innocents.

L’avocat que je suis ne peut se taire sur une telle discrimination inqualifiable.

Rétablissez l’équité et la justice, libérez-les tous, parce que les gens de la justice que nous sommes, n’avions pas peur de juger. Nous l’avions fait avec les Tiecoro Bagayoko et Kissima Doukara, princes de l’armée malienne d’un autre temps, nous l’avions refait avec Moussa Traore et sa clique comme cela fût dit en son temps.

Libérez-les tous si le gouvernement n’a pas le front de regarder son propre reflet dans le miroir. Ayayien!

Libérez-les, en attendant un procès digne de ce nom,  au nom de la Justice et de  la Constitution, loi fondamentale du Mali.

La justice du Mali se portera mieux.

Me Alassane Aldior DIOP

Source : Info-Matin

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