Interpellation dans l’affaire dite des ristournes: Après Bakary Togola, à qui le tour?

C’est la question que d’aucuns se posent désormais, après l’interpellation, suivie de l’incarcération de Bakary Togola, président de l’Apcam. L’intéressé avait été d’abord placé en garde à vue pendant quarante-huit heures par le commandant de la brigade du Pôle économique et financier pour les besoins de l’enquête, avant d’être présenté le vendredi 13 septembre au juge du 8ème cabinet d’instruction du Tribunal de grande instance de la commune III.

Placé sous mandat de dépôt par le magistrat instructeur à l’issue de son interrogatoire de première comparution, le truculent président de l’Apcam fait partie depuis ce vendredi fatidique des pensionnaires de la Maison d’arrêt de Bamako.

Que reproche-t-on au fait à Bakary Togola et comment en est-on arrivé à une telle situation ?

Rappel sommaire des faits

Bakary Togola, président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture du Mali (Apcam) a été cité dans plusieurs dossiers de détournement de fonds, notamment par voie de presse. Le tout Bamako était depuis plusieurs mois au parfum des frasques et prodigalités supposées ou réelles de celui qui est passé en un temps record du statut de paysan modèle enrichi à la sueur du front à celui de prédateur insatiable de fonds publics. L’arrogance, les largesses bruyantes et les fanfaronnades du natif de Koumantou ont, semble-t-il, fait le reste. En tout état de cause, le parquet du Pôle économique de la commune III, encouragé par la volonté affichée du nouveau Garde de Sceaux de mener une lutte implacable contre la corruption, s’est, pour  ainsi dire, engouffré dans la brèche. En se saisissant de l’affaire de détournement des ristournes dues aux paysans, le Procureur Mahamoudou Kassogué, fraîchement nommé à la tête du parquet, tenait entre ses mains une occasion rêvée de crédibiliser les nouvelles orientations assignées à son parquet.

L’obstination du journal Mali Tribune a payé certes, mais il a surtout rencontré la compréhension d’un parquet désireux de redorer le blason terni de la justice malienne. Notre confrère, qui a levé le lièvre des détournements massifs commis au préjudice de l’Apcam par son président, aura involontairement servi, même l’on ne peut décemment l’en blâmer à mettre en route la nouvelle politique anti-corruption du gouvernement.

Mais, aux yeux de l’opinion publique, l’épilogue provisoire de l’inculpation et de l’arrestation de Bakary Togola ne permet pas, loin s’en faut, de mettre fin aux interrogations qu’ont suscitées les déclarations du Procureur Kassogué à propos de la croisade qu’il déclare, urbi et orbi mener contre la délinquance financière. Quelle est la suite du film, c’est la question qui revient sans cesse lorsque le Malien lambda s’exprime. C’est la même que se posent également les observateurs avisés.

La suite du film

Elle sera constituée d’abord par les développements de l’affaire dite des ristournes, et logiquement ensuite par les affaires portant sur les scandales déjà révélés.

Il s’agit, entre autres, des affaires dites des «avions cloués au sol»: de celle dite de l’engrais frelaté et de la fameuse affaire de l’avion présidentiel. La liste n’est pas exhaustive. Les Maliens et les partenaires au développement attendent non plus des mots, mais des actes concrets du pouvoir. Les prochains jours seront à cet égard un test pour les uns et les autres. Les déclarations faites mercredi par le Procureur Kassogué, lors d’une conférence de presse très suivie et abondamment relayée par la presse, se veulent rassurantes. A l’en croire, nul ne sera épargné par les investigations lorsque son implication dans des malversations sera établie. Six autres personnes seraient d’ores et déjà dans le collimateur du parquet de la commune III, toutes suspectées de complicité dans la commission des  faits reprochés au toujours Président de l’Apcam. Wait and see.

Birama FALL

SourceLe Prétoire

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