Haidara à la presse: ce pays-là n’est pas reconnaissant…

Après la célébration de la 35e édition du Maouloud, le guide spirituel de la Fédération Ançar-Dine Internationale (FADI), le Chérif Ousmane Madani HAÏDARA, président du Haut conseil islamique du Mali, a animé sa traditionnelle conférence de presse bilan, ce mercredi 20 novembre 2019, à son domicile, à Banconi Diaguinébougou.

 

Au cours de cette rencontre avec la presse, les échanges ont porté sur : la promesse non tenue du président IBK, à propos des 150 hectares à octroyer à la Fédération Ançar-Dine internationale ; la polémique autour du bilan des blessés de la bousculade du 16 novembre 2019 ; l’arrestation d’un présumé jihadiste en possession d’une carte de l’Association Ançar-Dine, etc.
Plus de 148 637
Au total, ils sont 148 637 pèlerins qui ont faire le déplacement dans la capitale, dont 75 453 hommes et 73 184 venus de 29 pays sur les 38 membres de la FADI, à l’occasion de l’édition 2019 du Maouloud du chérif Ousmane Madani HAÏDARA. Parmi les 148 637 pèlerins figurent 1375 qui ont animé 36 203 séances de prêche.
Au sujet de l’actualité nationale et internationale, l’image d’un présumé jihadiste arrêté au cours d’une opération des FAMa à la frontière entre le Mali et le Burkina Faso et qui avait sur lui la carte de membre de l’Association Ançar-Dine, diffusé sur la télévision nationale, s’est invitée dans les débats. Face à cette polémique, le Chérif Ousmane Madani HAÏDARA a exprimé son indignation quant à l’ampleur donnée à cette information avant de faire une mise au point.
Polémique
« Je ne vois pas pourquoi les Maliens s’étonnent du fait que la carte de membre de Ançar-Dine a été retrouvée sur un présumé jihadiste. Ceux qui prient dans les mosquées, qui se disent disciples du Prophète sont les mêmes qui tuent et qui volent. Celui qui se réclame militant de Ançar-Dine alors qu’il n’est pas fidèle aux valeurs de l’Association peut se retrouver dans les rangs des jihadistes. Cela n’est nullement une surprise. Mais dans ce cas, ces actes n’engagent que la personne incriminée. Même si mon propre fils rallie les rangs de ces islamistes, peu importe, cela ne m’engage pas. Surtout qu’il nous revient que ce ne sont pas, en réalité, des jihadistes qui ont été pris. Vous avez vu sur les réseaux sociaux une lettre du ministre burkinabè de la Défense, adressé son homologue malien, dans laquelle il précise que ces gens arrêtés sont ses compatriotes qui n’ont rien à voir avec le terrorisme et invite le gouvernement malien à les libérer. Je crois que cette précision est de taille. Mais même s’il s’avérait que c’est le cas, l’acte n’engage que la personne qui le commet. Ce qui est évident, c’est que nous sommes contre le radicalisme religieux. Car il est bien clair pour nous que celui donne volontiers la mort à un être humain n’aura pas le pardon d’Allah. Nous nous désolidarisons de toute personne qui quitte nos rangs pour les jihadistes. Quand l’ORTM a diffusé les images, nous avons demandé des explications au directeur de la télé et au DG de l’ORTM. Ils ont juré qu’il n’y a pas ma photo sur la carte. Le lendemain, les responsables de l’ORTM m’ont appelé pour me confirmer que cette carte incriminée porte effectivement ma photo. J’ai répondu qu’il n’y a aucun problème. Mais je pense que le Mali pouvait être un peu plus reconnaissant envers moi. Ça me fait 7 ans de lutte contre le radicalisme religieux dans les milieux jeunes. Pour moi, je dois être soutenue dans son combat. Dans tous les cas, je pense que les choses ne devaient pas se passer comme ça à mon sujet. De toute façon, même si tous les éléments arrêtés au cours de cette opération étaient tous des militants de Ançar-Dine, cela n’engage que leur personne. Ce qui est sûr et certain, c’est que nous avons appelé tout le monde à renoncer à la violence. Et celui qui le fait répond de ces actes », a-t-il tranché.
22 blessés lors de la bousculade
Parlant de la bousculade du 16 novembre, il a expliqué que ce mouvement de panique a été causé par l’explosion d’un bidon contenant une décoction traditionnelle. Rappelons qu’à la suite de cette bousculade, un communiqué du ministère de la Santé et des Affaires sociales fait état de 80 blessés. Un bilan rejeté le Chérif HAÏDARA qui précise que c’est 22 personnes qui ont été blessées, dont deux graves.
« C’est étonnant de voir que certains ne se réjouissent que du malheur des autres », s’est-il indigné face aux différentes versions contradictoires du bilan.
À la question de la contribution de l’État à l’organisation de l’événement, HAÏDARA tranche : « Les Ançars n’ont jamais demandé un franc et l’État aussi ne nous jamais aidé. Notre problème n’est pas que l’État nous donne de l’argent, mais qu’il prenne sa part de responsabilité dans l’organisation de cet événement ».
Visiblement très déçu des attaques contre sa personne et son organisation, le président du HCIM, le Chérif Ousmane Madani HAÏDARA a laissé entendre que ce pays n’aime pas ses fils les plus méritants. en clair, il estime que le pays n’est pas reconnaissant. Pourtant, dit-il, il a besoin de la mobilisation de ses fils et filles valeureux pour sortir de la crise.
Près de 170 hectares à Fia
Une autre polémique et pas des moindres s’est invitée à la conférence, à savoir la promesse des 150 hectares non tenue par le président de la République IBK. Sur cette question, le Chérif Ousmane a, d’entrée de jeu, indiqué qu’il a déjà renoncé à cette promesse présidentielle. Ce qui est évident, c’est que personne ne va se soulever pour défendre le droit de HAÏDARA au Mali.
« Dans ce pays, si tu ne montres pas tes muscles, personne ne respectera tes droits », a-t-il déploré. Avant d’ajouter qu’il a décidé de ne jamais utiliser la violence comme moyen de revendication de ses droits.
Selon lui, à la suite de la polémique qui a entouré la promesse des 150 hectares, un site lui été offert par les populations, les autorités communales, coutumières et la jeunesse de Fia.
‘’C’est un espace de près de 170 hectares que nous avons déjà débroussaillé’’, a-t-il fait savoir. Le hic, c’est qu’après l’attribution de cet espace, l’obtention d’un titre foncier sur le site a été un parcours du combattant pour le Chérif. Pour obtenir le titre foncier, l’État a demandé de payer 150 millions de F CFA. Après le versement de cette somme, la délivrance du TF a pris beaucoup de temps.
« J’ai dû faire recours plusieurs fois à des personnalités de l’administration ou des membres du gouvernement pour franchir chaque étape », s’est-il désolé.
400 millions de F CFA de dépenses
Par rapport au site pour abriter le Maouloud face aux capacités très limitées du stade du 26 Mars, le chérif a invité ses partisans à s’armer de patience. Selon lui, les Ançars sont en train de tout mettre en œuvre pour qu’un nouveau site soit aménagé. En attendant, le stade du 26 Mars reste le site retenu. En tout état de cause, une délocalisation du Maouloud n’est pas à l’ordre du jour, selon le guide des Ançars.
Parlant de l’organisation de l’événement, il a fait savoir que chaque année, la FADI dépense plus de 17 millions de francs CFA pour entretenir le stade du 26 Mars.
« Nous travaillons avec nos propres appareils de sonorisation, on fait l’entretien des lieux, la réparation des toilettes ». Pour couvrir toutes les dépenses du Maouloud, la FADI a mobilisé 400 millions de F CFA et cela sans compter les volontaires qui se sont investis sans récompense.
Dans son intervention, il s’est réjoui du fait que l’événement s’est déroulé sans incident majeur.

Par Abdoulaye OUATTARA

Info-Matin

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