Mali : Quand le premier ministre méprise les enseignants.

Monsieur le Docteur Boubou Cissé, premier ministre, ministre de l’économie et des finances, « Après le pain, l’enseignement est le premier besoin d’un peuple ». C’est pourquoi, aucun sacrifice n’est trop grand chaque fois qu’il s’agit de l’enseignement. Monsieur le premier ministre, l’Ecole de Montesquieu nous enseigne que les lois sont faites pour être appliquées. Si cela n’est pas, à quoi elles serviront? « Dura lex, Sed lex », la loi est dure mais  c’est la loi. Monsieur Boubou Cissé, l’article 39 a été adopté, il faut l’appliquer sans atermoiement même si chaque enseignant touche le million. En d’autres termes, les enseignants ont raison de revendiquer.

C’est dommage de voir qu’on veuille interpréter cet article autrement quand bien même il est exprimé en français clair et précis. C’est semer la confusion chez les pauvres populations. Dans cette affaire qui oppose les enseignants au premier ministre, il y a eu un manque d’anticipation parce que depuis bien longtemps on aurait pu parer à cette grève. Mais, il y a un mépris, un manque de considération pour les enseignants. Allez jusqu’à dire que les enseignants sont trop nombreux, c’est méconnaitre la valeur de l’enseignement. Menacer les enseignants de licenciement, pour les remplacer par 15 000 autres des IFM, c’est ignorer le droit de grève. L’histoire nous enseigne que tous ceux qui ont emprunté ce chemin en ont fait les frais. On ne reviendra pas sur l’histoire mais  il y a deux faits qu’il faut retenir. La première est que lorsque les populations ont commencé à se plaindre des exactions de la milice populaire, Modibo Keita a dit que l’Etat leur pardonnera au nom du parti. C’était au cours de l’une de ses tournées en mai 1968 dans l’un des cercles de la Région de Sikasso. Bamada.net Le deuxième fait est que lorsque les fonctionnaires se sont plaints de faire trois mois sans salaire, certains ministres de Moussa Traoré ont réagi avec mépris en disant que ceux  qui ne pouvaient pas faire ces trois mois sans salaire n’avaient qu’à rendre leur démission. Conséquence, Moussa Traoré en a fait les frais. Il est bon de retenir que la roue de l’histoire tourne et que les mêmes causes produisent les mêmes effets.  Si Monsieur le premier ministre peut recruter tout de suite 15 000 enseignants, pourquoi ne va-t-il pas investir cet argent pour donner satisfaction à la revendication légitime des maitres. Par ailleurs, demander aux enseignants de renoncer à leur revendication, à accepter une trêve sociale parce que la défense de la patrie s’impose, pourquoi avoir accordé aux autres fonctionnaires  les 20%. Boubou Cissé a-t-il renoncé à une seule de ses indemnités au nom de l’intérêt national parce que le pays est en guerre ? Lui qui a paradoxalement deux casquettes : Premier ministre et ministre des finances. C’est donc créer une frustration, une discrimination et c’est impensable que cela soit fait avec la bénédiction d’un  des premiers responsables du pays.

Monsieur le premier ministre, ces enseignants que vous voulez renvoyer pendant six mois, n’oubliez pas qu’ils sont Maliens et qu’ils servent leur patrie avec honneur. Très souvent, beaucoup oublient que les diplômes dont ils se vantent, ils les ont gagnés grâce aux enseignants. Ne faites pas glisser le Mali dans un pays de dictature. N’ayons pas cette haine viscérale envers ces pauvres enseignants qui ne font que revendiquer un droit. Pas de fuite en avant parce que, au Mali, IL y a bientôt un enseignant dans chaque famille.  N’ajoutons pas aux problèmes du Mali car le Mali est trop important pour ça. Même ce bon professeur de lycée sortant de l’EN SUP Porte- parole du gouvernement Monsieur Yaya Sangaré sait très bien qu’il est de cette famille enseignante. IL doit bien comprendre que sa fonction première, c’est l’enseignement et non porte-parole du gouvernement qui n’est que passager.

Puisse la sagesse assister certains de nos décideurs.

 

Abdoulaye Yérélé

Source: Ségou Tuyè

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