Disparition de Monseigneur Jean Gabriel Diarra L’évêque de brousse s’en est allé

Monseigneur Jean Gabriel Diarra, premier évêque autochtone du Diocèse de San, nous a quittés le 28 octobre 2019, à l’âge de 74 ans. Quatrième prêtre du Diocèse du BWATUN, il est nommé évêque par le pape Jean Paul II le 24 juin 1988, année du Centenaire de l’Eglise du Mali. Ordination épiscopale faite le 20 novembre,  en même temps que  Monseigneur Jean Zerbo, aujourd’hui Cardinal (qui avait  grand plaisir à l’appeler mon frère jumeau tant les deux se complétaient à travers une complicité positive à toute épreuve) pour le bonheur du Mali et le triomphe de la Foi au Dieu unique. Mgr Jean Gabriel repose désormais dans l’une des ailes de la Cathédrale de San. Gloire soit rendue au Seigneur.

 

Notre rencontre date de 1979, alors qu’il dirigeait le petit séminaire PIE XII logée, à l’époque, au Lycée Prosper Kamara. Nos relations fraternelles bâties sur l’estime réciproque se sont approfondies au fil des ans et des échanges intenses au point qu’il sera par la suite mon préparateur spirituel pour le mariage puis mon confesseur de tout temps, à qui j’ouvrais totalement mon cœur sans crainte aucune.

Que n’a-t-il pas entendu de la part de l’étudiant puis du jeune journaliste trentenaire dans un Bamako des années 80 où la jeunesse trépignait, surtout les weekends dans les dancings animés par divers orchestres : Rail Band au Buffet Hôtel de la Gare, les Ambassadeurs au Motel, Le virevoltant Zani Diabaté au Coq Sportif devenu Carrefour des Jeunes, l’Orchestre de la Garde Nationale, le Badéma et j’en oublie certainement. Ah si jeunesse savait !!! Et pourtant il faut que jeunesse se fasse.

D’un air moqueur, j’avais plaisir à appeler Monseigneur «  l’évêque de brousse  » parce qu’il me parvenait souvent, lui si propre, avec une soutane blanche tachetée de terre qui signifiait bien que, durant son trajet, il avait fait des escales dans des champs pour saluer des paysans et  que des enfants qu’il adorait tant l’ont agrippé.

Sans jamais se fâcher, sa réplique était invariable.  » Oui, j’assume ma ruralité. Mais il est temps que, vous les citadins, preniez conscience que c’est la brousse qui vous nourrit des fruits de ses labeurs. Et faites attention car, lorsque la brousse se réveillera, la ville tremblera et aucun doute que le destin national changera « . Je changeais de sujet pensant aux vérités du livre prémonitoire d’Alain Peyrefitte sur la Chine.

Cet homme au sourire fin savait trouver l’argument juste sans polémique pour plonger son interlocuteur dans une profonde réflexion après qu’il lui eut tourné le dos. Par exemple, du temps où l’on parlait avec intensité de la «  moralisation de la vie publique « , il me fit cette remarque :  » c’est toujours bon d’avoir une clairvoyance courageuse. Mais ne croyez pas que ce sera facile, car rien ne vous sera épargné« .

Ces mots ne sonnent-ils pas vrai aujourd’hui plus qu’hier face aux maux qui ont gagné en largeur et en profondeur le tissu social. Homme d’une ouverture à tous et d’une connaissance encyclopédique baignant dans une humilité en toute circonstance au point qu’on le croirait timide. Que non ! Seulement, il ne voulait point offenser inutilement mais plutôt convaincre que vaincre.

Guide religieux, il préférait être respecté que craint. Toute une vie marquée par le service. Service rendu à San, à la 4è  Région du Mali, à l’église universelle. Bref, à l’humanité et cela dans tous les domaines de promotion et d’épanouissement du corps et de l’âme. Il rendait fécond tout projet de développement à lui soumis.

Des acteurs du développement rural à ceux de la santé, de l’éducation, de la formation en passant par ceux de la diffusion de la foi, témoignent des œuvres qu’il laisse et qui profitent à tous ses compatriotes sans distinction de race et de religion.

Lors des célébrations, on sortait rarement indemne après audition de ses homélies.  » Ouvres toi à tous, à ta famille, à la communauté où tu vis, à ton pays, au monde ; d’une ouverture  sincèrement positive et la paix se construira « , avait-il coutume de dire. Au fait comment peut-on espérer progresser si chacun s’agrippe à ses positions et convictions, ne laissant aucune place à la concertation ?

Rien d’étonnant si les obsèques de Jean Gabriel, ce natif du village  de Vanekuy, près de Tominian, ont  réuni une immense foule de croyants de toutes confessions (chrétiens, protestants et musulmans) du Mali et des Etats voisins. C’était le 9 novembre, jour anniversaire de la chute du mur de Berlin. Un mur de  séparation des cœurs abattu par des hommes assoiffés de paix. Heureuse coïncidence puisque l’évêque de San était un artisan de paix. Et n’allez surtout pas sourire qu’il nous laisse orphelins. Jamais, car tout en cet homme-paroles, actions-était Espérance.

D’un physique frêle, il était comme une liane de la savane. Plier sans  jamais rompre; optimiste jusqu’à la moelle des os mais pas naïf. Ils ont raison nos griots qui disent que «  les hommes passent ici-bas ; mais ils ne se ressemblent pas. Et que seul Allah détient effectivement la clé du temps attribué à chaque vie « .

Dès lors qu’on est convaincu de cette vérité avec foi, on ne peut plus être inconsolable de la perte d’un proche. Mon cher évêque de brousse, que Dieu que tu as tant servi soit satisfait de toi. Amen !

Tiona Mathieu Koné-Journaliste

Source: l’Indépendant

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