Coronavirus (1) : Magic Cinéma, le mouton du sacrifice ?

Le cinéma ne peut constituer une exception dans l’infection généralisée des activités humaines par cette pandémie. Elle qui défonce toutes les portes ne peut avoir d’égard pour l’art, en particulier le septième, frappé au cœur même de ce qui fait sa puissance, la fréquentation de ses salles obscures.

Elles sont l’une des premières victimes des mesures de protection prises par les autorités contre cette culture virale du fait des foules qu’elles drainent dans un espace clos à la merci d’une transmission stratosphérique .
Dans les pays de grande culture cinématographique, c’est toute l’industrie du cinéma qui est à l’arrêt. Avec la fermeture des salles, le report des tournages et le confinement de la population, la profession s’inquiète pour l’avenir. Même le prestigieux Festival de Cannes est officiellement reporté, sans date fixe. Un coup dur, notamment pour les sociétés de vente internationales de films pour qui Cannes représente 70 % de leurs chiffres d’affaires.
Au Mali où l’industrie cinématographique est presque inexistante, les conséquences de ces mesures ne troublent pas, outre mesure, le sommeil des animateurs du cinéma. Hormis le Magic Cinéma (ex Babemba) qui a le privilège d’offrir au pays les deux salles dignes de ce nom actuellement en service et dont les propriétaires ne dorment plus que d’un œil.
Qu’il est loin le temps où cette terre de culture offrait à ses citoyens près d’une centaine de salles de cinéma, Bamako s’accaparant près de la moitié. Les cinéphiles, jeunes comme vieux, se faisaient un plaisir d’en faire leur passetemps favori. Particulièrement les weekends et lors des exclusivités ou avant-premières, la fréquentation des salles était si impressionnante que pour se procurer le billet d’entrée, il fallait s’y prendre tôt le soir, au risque de se trouver à la queue d’une déroutante file et même de rater le début du film ou tout simplement de ne pas trouver de place.
Au Magic Cinéma, c’est la consternation ainsi exprimée sur son site web : « Bonjour,
Suite aux mesures prises par le Gouvernement pour faire face à la crise sanitaire Coronavirus, le cinéma est fermé à partir de ce jeudi 19 mars jusqu’à nouvel ordre.

A très bientôt. »
Bien que jugeant la mesure de fermeture de ses salles de cinéma inévitable en ce temps de pandémie, le gérant, Siriki Mete, n’est pas très optimiste quant à l’avenir de son établissement. « Nous risquons de fermer définitivement après la crise, car on n’arrive pas à supporter les charges ».
Et d’en définir les raisons : «  Les finances sont au point zéro pour des salles dont la rentabilité n’est pas évidente en temps normal, à plus forte raison avec l’arrêt des activités. Le personnel, en chômage technique, n’est plus payé, en attendant des jours meilleurs. Nous avons les salles et le matériel à entretenir, notamment des appareils de haute technologie qui doivent être maintenus sous haute tension.
Il se demande comment honorer les engagements avec les fournisseurs de films que sont entre autres, Warner, Sany, Disney, Paramount. Il cite particulièrement le cas de films africains qui lui ont été expédiés. Ils n’ont pu être diffusés du fait d’être arrivés au mauvais moment.
Ce sont des dettes qui s’accumulent ainsi, mettant en danger la survie du Magic Cinéma essentiellement composé de deux salles de cinéma contigües d’une capacité de 180 et 79 places et équipées d’un matériel de projection moderne.
L’existence de ces salles est mise en danger par les pertes liées à leur fermeture, estime le gérant qui ne voit d’autres issues pour son salut que le recours à l’aide financière de l’Etat. Il estime que le Magic Cinéma est le symbole de la résistance face à la faillite de ces nombreuses salles de cinéma qui prospéraient dans le pays, mais qui n’ont pas pu résister, principalement, à l’évolution technologique.
Le Mali se doit donc de préserver ce précieux outil de communication qui fait figure de ‘’dernier des Mohicans’’ par une mesure de sauvetage, en attendant que d’autres salles viennent s’y ajouter pour justifier son statut de place forte du cinéma africain.

Source : L’ESSOR

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