« Balkissa, les démons de minuit » : Des lendemains prometteurs pour le cinéma malien ?

De prime abord, pour l’entendre, il faut bien tendre l’oreille à moins de lui placer un amplificateur dans la voix. Car Aïda Mady Diallo, réalisatrice-scénariste de « Balkissa », du haut de ses cent-soixante-cinq centimètres, au regard discret, donne l’impression d’être d’une timidité maladive. Mais cette perception tranche avec le rythme fulgurant imprimé à son premier long métrage dont la première eut lieu vendredi 29 mars à Bamako.

Une heure trente minutes trépidantes qui laissent peu de répit aux spectateurs pris dans un tourbillon de scènes qui s’enchaînent dans une cadence époustouflante. Forcément, le titre du film en soi, « Balkissa, les démons de minuit », en dit long sur le vertige dans lequel Aïda Diallo nous entraîne, peinture torride des mœurs et valeurs d’une société à la boussole grippée. Le thème du film aurait tout aussi bien pu être : « Les hommes résistent à tout, sauf à la tentation de la chair !».

« Balkissa, les démons de minuit », est une allusion à l’expression usitée «le démon de midi», cette tentation aveuglante de la chair qui s’empare des humains au milieu de leur existence. Certes, la fresque brossée par Aïda est une tentative pour décrire les mœurs en vigueur aujourd’hui au Mali. Mais, en réalité, ces mœurs ont une dimension à la fois diachronique (universalité, simultanéité dans l’espace) et synchronique (similitude dans le comportement des humains, depuis la nuit des temps) à laquelle les auteurs des tragédies grecques nous ont habitués. Sophocle, Euripide, Eschyle…, des siècles avant notre ère, ont produit sur ces thèmes des œuvres immortelles qui foisonnent.

Si la lâcheté, l’égoïsme, la vénalité, la luxure dans les relations humaines, qui prospèrent allègrement dans le film d’Aïda, sont devenus des traits de caractère du Mali contemporain, force est de reconnaître  qu’ils ne sont pas propres à notre seule société ; ils sont permanents sous d’autres cieux, aujourd’hui comme hier et sans doute comme demain !

Bamako, Ségou, Kayes, Sikasso, Gao, Tombouctou…et même nos plus petits hameaux pullulent de « Dramane », délaissant leur compagne d’hier pour des midinettes croqueuses de diamants, vampires assoiffés du magot de vieux barbons impénitents dont le vieillissement ne saurait être un handicap et pour qui, comme l’affirmait un journaliste français, « le démon de midi n’est qu’un bon diable » à qui il ne faut pas désobéir !

De ce point de vue, Aïda Mady Diallo, nous a gratifiés d’un divertissement honorable qui jure avec la grisaille culturelle accablante qu’on ne peut que déplorer. Du reste, le public bamakois ne s’y est pas trompé en prenant d’assaut le millier de places de la salle du cinéma Magic (ex-Babemba) remplie comme un œuf, jusqu’aux allées qui regorgeaient de monde. Le constat qui s’impose, démontrant la soif inextinguible du public malien pour la production cinématographique nationale et africaine, doit interpeller les autorités maliennes. Le combat pour la survie du ventre va de pair avec celui pour la survie de l’esprit, car l’homme ne vit pas que de pain.

Bravo, Aïda ! Bravo à toute votre équipe ! Ce coup d’essai laisse entrevoir des perspectives prometteuses, d’autant que vous vous exprimez sous le coaching généreux de maîtres à l’envergure de Cheikh Oumar Sissoko. En vous faisant confiance, l’opérateur Afribone a, manifestement, fait le bon pari. Ce pari ne restera certainement pas vain si vous continuez dans la voie de la persévérance. Chapeau l’Artiste, Djénéba Koné, talent admirable au jeu si naturel, à Oumou Coulibaly dans le rôle de Youma qu’elle interprète avec un aplomb impressionnant ! Toute l’équipe, dont la plupart font du cinéma pour la première fois, mérite des encouragements. Il est vrai qu’ils ont pu compter sur la maestria et la vigilante protection d’un de nos plus grands acteurs de théâtre, Aguibou Dembélé, alias Dramane dans le film, qui officie au Conservatoire des Arts et Métiers Multimédia Balla Fasséké Kouyaté de Bamako.

La qualité technique du film, sous la direction du cameraman Gaoussou Bassékou Tangara, assisté d’Israël Oron, a été appréciée. Dommage qu’elle ait pâti, lors de la projection, de la faible qualité des projecteurs de la salle, donnant aux images une impression de léger flou.

Journal du mali

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