A Mopti, les vendeuses de beignets font de la résistance

Si le pain des boulangeries et pâtisseries reste le plus consommé, les vendeuses de beignets de Mopti arrivent à se faire une place dans la gastronomie locale.

Il est 17h. Le soleil n’a pas encore dit son dernier mot et l’ambiance morose qui caractérise ce mois de ramadan contraste avec le va-et-vient des conducteurs de tricycle, qui ont détrôné les taxis traditionnels à Mopti. Au milieu de ce mouvement de foule, près de la grande mosquée de Komoguel, quartier de la ville de Mopti, se trouve une dame confortablement assise au bord de la route avec ses ustensiles autour d’un petit feu et entourée par quelques personnes qui semblent former une file.

De loin, on n’y comprend pas grand-chose, mais quand on s’approche, c’est Tante Dicko, environ 50 ans,  et « sa poêle magique » que l’on voit. « Je ne sais plus à quel moment j’ai réellement commencé ce travail, mais il est plus âgé que certaines de mes filles qui sont dans la vingtaine aujourd’hui », m’explique-t-elle.

La concurrence rude

Plus d’une décennie après le « boom » des boulangeries et pâtisserie, la vente des beignets continue de survivre à la concurrence rude de ces nouveaux acteurs, en raison de son originalité et de son adaptation au niveau de vie des populations. Même si ce gérant d’une pâtisserie au centre commercial de Mopti préfère, lui, ne pas parler de concurrence : « Loin de nous l’idée de concurrencer nos braves mamans qui font les beignets le petit matin, parce que nous n’avons pas la même clientèle.»

Moussa Diarra, amateur de beignets depuis de longues années, confie avoir fait son choix en fonction de sa bourse : « Je mange les beignets au petit déjeuner depuis plus de quinze ans. C’est moins cher par rapport au gâteau fabriqué dans les pâtisseries, car je ne dépense que 200 francs CFA chaque matin.»

Le coût bas semble pousser les clients à préférer davantage les beignets au petit déjeuner. En général, les pâtisseries ont une clientèle venant plutôt d’une catégorie un peu plus aisée de la population. « Beaucoup de nos commandes viennent des hôtels », ajoute le gérant de la pâtisserie.

Les vendeuses de beignets ont su résister au temps et à la concurrence grâce à leur savoir-faire, car, il faut le dire, c’est un travail difficile qui demande beaucoup de courage et de technique pour avoir le produit fini.

Un mois béni

Si le pain est de très loin le plus consommé dans la ville de Mopti, avant les beignets et les gâteaux des pâtisseries, la donne change avec le ramadan. Ce mois est une occasion pour les vendeuses de beignets de grossir davantage leur chiffre d’affaires. La demande est plus élevée, de nouvelles vendeuses viennent s’ajouter aux anciennes. Certaines familles aussi s’y mettent en faisant des beignets pour leur propre consommation.

Les horaires habituels changent : au lieu du matin, la vente commence le petit soir, car les clients viennent acheter pour la rupture du jeûne. « J’ai terminé très tôt aujourd’hui, alors que j’ai préparé le triple de ce que je faisais avant le début du ramadan. Malgré cette augmentation, des clients sont retournés les mains vides », témoigne fièrement Tante Dicko.

À la question de savoir si ce métier nourrit son homme, la réponse de Fatoumata, une ancienne vendeuse est claire : « J’ai fait plus de dix ans dans la vente de beignets au marché, et Dieu merci j’ai pu nourrir ma famille avec les bénéfices que j’en tirais ».

Dans les jours à venir, pour aider la gastronomie malienne et le savoir-faire des hommes et femmes qui la font vivre, le pays peut chercher à inscrire la fabrication des beignets à la malienne au patrimoine culturel immatériel. Mais en attendant, nos vendeuses ne certainement sont pas prêtes à raccrocher tout de suite. Comme le dit une sagesse populaire : « Elles ont l’esprit tranquille comme le petit fils d’une vendeuse de beignets.»

Par Yacouba Dramé

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