Surpeuplée et sous blocus, Gaza enregistre ses deux premiers cas de coronavirus

Deux premiers cas de nouveau coronavirus ont été recensés dimanche dans la bande de Gaza, une enclave palestinienne surpeuplée et quasi coupée du monde où une propagation de l’épidémie pourrait conduire selon l’ONU à un désastre.

Deux millions de Palestiniens s’entassent dans cette étroite bande de terre pauvre, coincée entre Israël, l’Egypte et la mer Méditerranée et gouvernée par le mouvement islamiste palestinien Hamas, ennemi d’Israël.

Israël y impose un blocus depuis 2007. Mais l’Egypte, après des années de fermeture quasi permanente, laisse depuis 2018 régulièrement ouvert le poste-frontière de Rafah, la seule ouverture sur le monde des Gazaouis qui ne soit pas aux mains d’Israël.

Selon un communiqué du ministère de la Santé du Hamas, deux Palestiniens âgés de 30 et 40 ans, de retour du Pakistan, ont contracté le virus. Mais ils ont été aussitôt placés dans un centre de quarantaine près de la frontière avec l’Egypte et n’ont eu aucun contact avec la population. Ils sont dans un état stable.

Néanmoins l’apparition de premiers cas à Gaza inquiète. Une délégation de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) est d’ailleurs arrivée dimanche dans l’enclave, selon une source de sécurité locale.

Dès la propagation de l’épidémie du Covid-19 dans le monde, des experts avaient souligné les risques pour la bande de Gaza en raison de sa très forte densité de population, du taux de pauvreté élevé et des infrastructures sanitaires défaillantes.

“Gigantesque désastre”

“Il est illusoire de penser qu’on peut gérer une telle situation dans un espace clos comme celui-ci”, a affirmé en il y a quelques jours le responsable de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) à Gaza, Matthias Schmale, s’inquiétant d’un éventuel “gigantesque désastre”.

Si le virus se répand, “la situation sera comparable à celle du bateau de croisière au large du Japon”, avait-il prévenu, en référence au “Diamond Princess”, à bord duquel le virus s’est rapidement propagé début février, contaminant plus de 700 personnes sur les 3.700 passagers.

Les Gazaouis se sont préparés en avance face au nouveau coronavirus, après que 945 cas et un décès ont été enregistrés en territoire israélien, frontalier de l’enclave et dont il est séparé par une barrière.

A Gaza, les grands rassemblements sont interdits, les écoles fermées et des milliers de personnes sont confinées chez elles, la plupart après leur retour d’Egypte, pays touché par le virus.

Près de la frontière avec l’Egypte, le Hamas a construit 1.000 chambres d’isolement, qui s’ajoutent au centre de quarantaine où sont confinés les deux malades.

Mais la bande de Gaza ne dispose pour le moment que de 60 lits en soins intensifs et est confrontée à une pénurie de personnel, selon Gerald Rockenschaub, qui dirige le bureau de l’OMS dans les Territoires palestiniens.

Restrictions en Cisjordanie

Israël affirme faire tout son possible pour s’assurer que du matériel médical parvienne à Gaza et dit avoir facilité l’acheminement de 600 kits de dépistage et 1.000 tenues de protection.

L’Etat hébreu impose un blocus à Gaza pour, dit-il, contenir le Hamas, alors que les deux ennemis se sont livré trois guerres depuis 2008. Les critiques dénoncent ce blocus comme une punition collective.

Pour l’heure, Israël autorise la sortie des Gazaouis souffrant d’un cancer ou d’une autre maladie grave pour un traitement en Israël ou en Cisjordanie. Mais il n’est pas clair si cette autorisation est maintenue avec l’arrivée du virus dans l’enclave.

En Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël mais séparé de Gaza par le territoire israélien, 57 contaminations ont été recensées.

Dimanche, l’Autorité palestinienne a renforcé les restrictions interdisant les déplacements non essentiels pour une durée de deux semaines.

 

lepoint

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