Réforme du système de santé au Mali d’ici 2030 : IBK décrète la gratuité de beaucoup de soins curatifs et préventifs dont la dialyse

Le système de santé du Mali est gravement malade. Il a besoin d’être réformé en profondeur. Le processus de cette réforme a démarré le lundi 25 février 2019 au CICB avec le lancement par le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita de l’atelier de haut niveau sur la réforme du système de santé. Il s’agissait au cours de cet atelier de partager la vision et l’orientation stratégique de la réforme du système de santé du Mali à l’horizon 2030 et de valider le document cadre de sa mise en œuvre. A l’ouverture de l’atelier, le président a annoncé la gratuité de nombreux soins curatifs et préventifs, dont la dialyse.

La réforme du système de santé du Mali est devenue indispensable, car ce système s’est fortement dégradé par la crise socio-sécuritaire, la forte croissance et le changement démographique ainsi que l’urbanisation. Cette situation a révélé la faiblesse et les limites du système de santé mis en place par la politique sectorielle de santé et de population en 1990. Les indicateurs de santé du Mali sont parmi les plus faibles de la sous-région avec des taux de mortalité maternelle et infantile respectifs de 368 décès pour 100 000 naissances vivantes et 56 pour 1000 naissances vivantes (EDSM-V).

Les évaluations récentes ont révélé des insuffisances dans la mise en œuvre du Prodess. Il s’agit, entre autres, de l’absence de cartographie et l’insuffisance de ressources humaines en quantité et en qualité et leur répartition inéquitable; l’insuffisance dans la gouvernance à tous les niveaux du système de santé; le sous-financement du secteur de la santé; l’insatisfaction des utilisateurs dans les structures de santé; la faible motivation du personnel soignant; les faiblesses de l’offre et de la demande des services de santé qui affectent son efficacité.

Dans la lettre de mission du président de la République et la Déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre de juin 2017, certaines réformes du système de santé au Mali sont annoncées. Et pour la traduction du DPG en actions concrètes, le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique a engagé une réflexion sur des réformes clés tendant à renforcer le système de santé et à accélérer la marche vers la couverture universelle dans la perspective de l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD).

C’est ainsi que par décision n°000735/MSHP-SG du 28 juin 2017, il a été mis en place auprès du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique une commission de réflexion sur la réforme du système de santé au Mali. Les quatre sous-commissions de cette commission ont été mises en place sur les domaines offre de services de soins de qualité, restructuration des services, financement de la santé, développement des ressources humaines, gouvernance du système de santé, communication sur la santé.

Et à la suite des travaux qui ont impliqué l’ensemble des acteurs, un projet de document-cadre a été élaboré. C’est ce document-cadre qui sera validé au cours de l’atelier de haut niveau sur la réforme du système de santé du Mali qui s’est tenu du 25 au 28 février derniers au Centre international de conférence de Bamako (CICB) et dont l’ouverture était présidée par le président Ibrahim Boubacar Kéîta.

Les sollicitations du ministre de la Santé et de l’Hygiène publique

Selon le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Pr. Samba Ousmane Sow, cette dégradation du système de santé au Mali est illustrée par l’augmentation de la mortalité infantile, passée de 95 à 101 décès pour 1 000 naissances vivantes entre 2012 et 2018. La mortalité maternelle reste l’une des plus élevées dans la région avec 587 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2015. A son entendement, l’investissement du gouvernement dans la santé et la politique de recouvrement des coûts doivent être revisités.  “En effet, le Mali n’a dépensé que 0,85 % du PIB en soins de santé et 4,32 % du budget national révisé en 2018. Les frais d’utilisation quant à eux représentent un obstacle financier majeur aux soins de santé. 46 % de la population ayant besoin de soins n’auraient pas utilisé les services de santé parce qu’ils sont trop chers. C’est donc conscient de cette situation et de ses causes que le gouvernement du Mali s’est engagé dans une réforme en profondeur du système de santé pour corriger ces maux et créer la dynamique qui lui permettra d’améliorer de façon significative et durable l’état de santé de sa population”, a-t-il signifié.

Pour cette réforme du système de santé, il a laissé entendre que le Mali est sur le chemin de la renaissance même s’il y a encore de nombreux à surmonter. “Nous sommes prêts à relever le défi, la renaissance du système national de santé commencera aujourd’hui sous votre leadership éclairé M. le président de la République, père de notre nation et chef suprême des urgences sanitaires. La santé et le bien-être de la population constituent la pierre angulaire de la renaissance et du développement de la nation et de son peuple. Cette renaissance commencera par la réforme du secteur des soins de santé primaires. Il s’agit là de votre propre initiative, M. le président de la République, celle de réformer de façon profonde et progressive le secteur de la santé au Mali. La santé primaire parce que c’est fondamental. La santé primaire parce que c’est essentiel. Nous sommes donc très reconnaissants de votre soutien. Aujourd’hui, nous annonçons un nouveau départ pour les soins de santé au Mali”, a-t-il déclaré.

Le ministre de la Santé de l’Hygiène publique a informé le président de la République qu’au cours des premières années, la réforme sera axée sur les soins de santé primaire. Et pour cela, le département propose la gratuité des soins curatifs et préventifs pour les enfants de moins de 5 ans, les femmes enceintes (en périodes pré et post-natale), les services de planification familiale et les premiers soins d’urgence.

Il a aussi proposé la prise en charge dans le dispositif de santé des agents de santé communautaire (ASC) offrant des services essentiels sans frais aux communautés. A ses dires, une réforme du système Asaco-Cscom est nécessaire pour résoudre les problèmes majeurs qui paralysent le système de soins primaires.

La réforme des soins de santé primaire commencera immédiatement et son coût annuel, hors dépenses d’investissement, est estimé à 6 milliards F CFA la première année en 2019 et augmentera à 69 milliards F CFA en 2022. Ceci demandera d’augmenter le budget national alloué au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique sur les 4 prochaines années pour atteindre au moins 6 % en 2022. Le département de la Santé s’engage en parallèle à conduire une restructuration et une rationalisation de ses services et des processus de gestion de son administration pour faciliter et accélérer la réforme du secteur de la santé. Ceci est à notre portée M. le président, car nous connaissons votre attachement à la santé et au bien-être de la population et en particulier à celle de l’enfant et de la mère”, a-t-il soutenu.

Pour l’atteinte de cette réforme, d’après lui, la synergie d’actions de tous les acteurs sera l’élément catalyseur. “Et tous ensemble, nous réussirons, grâce à votre accompagnement et à votre soutien, à sauver un million de vies à l’horizon le plus proche. A travers cette réforme, le gouvernement fera du Mali un modèle et un leader en matière de réforme du système de santé en Afrique”, a-t-il espéré.

IBK décrète la gratuité des soins curatifs et préventifs pour les enfants de moins de 5 ans, les femmes enceintes (en périodes pré et post-natale), les services de planification familiale et les premiers soins d’urgence, la prise en charge dans le dispositif de santé des agents de santé communautaire (ASC) offrant des services essentiels sans frais aux communautés, la planification familiale, les dialyses, les premiers soins en cas d’urgence dans toutes les structures sanitaires

Les propositions de gratuité de certains soins par le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique ne sont pas tombées dans des oreilles sourdes. En réaction, le président Ibrahim Boubacar Kéita a décrété la gratuité des soins curatifs et préventifs pour les enfants de moins de 5 ans, les femmes enceintes (en périodes pré et post-natale), les services de planification familiale et les premiers soins d’urgence, la prise en charge dans le dispositif de santé des agents de santé communautaire (ASC) offrant des services essentiels sans frais aux communautés, la planification familiale, les dialyses, les premiers soins en cas d’urgence dans toutes les structures sanitaires.

“Nous validons, M. le ministre, la gratuité des soins de santé primaire curatifs et préventifs pour les enfants de moins de 5 ans, les femmes enceintes y compris les accouchements et les personnes de plus de 70 ans, moi-même j’en fait partie, de la planification familiale, des dialyses, des premiers soins en cas d’urgence dans toutes les structures sanitaires (accidents et catastrophes), la mise en place d’un réseau d’agents de santé communautaire (ASC) intégré aux Cscom et aux maternités rurales qui fournira des services essentiels gratuits à tous ceux qui en ont besoin au niveau de la communauté. Parallèlement, il faudra réfléchir sur une nécessaire restructuration du système Asaco-Cscom et maternités rurales afin de résoudre les principaux problèmes qui affaiblissent le système de soins de santé primaires, l’amélioration de la gouvernance et le renouvellement du plateau technique en ce qui concerne les soins de santé secondaires et tertiaires, le réseau Centres de santé de référence de district, les hôpitaux régionaux et les hôpitaux spécialisés, une restructuration approfondie. La création des services au niveau du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique pour plus d’efficacité et d’efficience  doit être faite. Le gouvernement s’engagera également à examiner la possibilité d’accroître l’allocation de son budget national consacré à la santé”, a répondu le chef de l’Etat à l’ouverture de l’atelier.

L’affirmation de l’engagement des PTF

Auparavant, à l’ouverture de l’atelier, Mme Josiane Yaguibou, le chef de file des partenaires techniques et financiers (PTF) de la santé au Mali, a rappelé que les réformes du système de santé sont inscrites parmi les priorités du Programme présidentiel d’urgences sociales visant la réduction de façon significative des inégalités dans l’accès aux services sociaux de base pour la période 2017-2020 dans les secteurs de l’eau, de la santé, de l’énergie et des pistes rurales, des secteurs qui contribuent à assurer la couverture sanitaire universelle.

A ses dires, la mise en œuvre des réformes, à travers les différents axes stratégiques, permettra ainsi le rapprochement des services et des soins de santé de qualité aux populations maliennes, la disponibilité des médicaments à moindre coût, la prise en charge adéquate et rapide des malades, la disponibilité de personnels de santé qualifiés à tous les niveaux du système de santé.

“Les partenaires techniques et financiers de la santé ont témoigné leur engagement en participant activement et en manifestant leur intérêt tout au long du processus de réflexion autour des nouvelles réformes du système de santé. Ils se réjouissent fortement de l’élaboration du document-cadre de réformes du système de santé dont la mise en œuvre permettra sans nul doute d’accroître fortement la performance du système de santé au Mali”, a-t-elle affirmé.

Le tableau sombre du système de santé au Mali

D’après elle, malgré les progrès réalisés, le système de santé du Mali est caractérisé par une faiblesse des principaux indicateurs de santé en particulier ceux relatifs aux couches les plus vulnérables que constituent les femmes/mères, les nouveau-nés, les enfants et les adolescents/jeunes. Selon elle, l’EDS Mali 2012-2013 a révélé que le ratio de mortalité maternelle reste parmi les plus élevés avec 368 décès pour 100 000 naissances vivantes, 56 enfants sur 1000 décèdent avant leur premier anniversaire, 95 enfants sur 1000 ne fêtent pas leur 5e anniversaire, la prévalence contraceptive est de 10 % avec des besoins non satisfaits estimés à 26 % et près de 2 adolescents sur 5, soit 39 %, ont déjà commencé leur vie féconde.

Avec une prévalence nationale de 1,1 %, le Mali compte plus de 130 000 personnes qui vivent avec le VIH. Ce chiffre, à ses dires, constitue un véritable défi pour réaliser les trois 90 et mettre fin au Sida d’ici 2030. Et ce tableau noir a été encore noirci par la crise socio-sécuritaire que le pays traverse depuis quelques années, réduisant considérablement l’accès de certaines populations aux services sociaux de base, notamment aux services et aux soins de santé.

“Face à cette situation, il s’avérait nécessaire que le système de santé puisse s’ajuster en vue d’apporter des réponses plus adaptés aux besoins des populations. Cette démarche qui vise à renforcer le système de santé pour qu’il assure au mieux la réalisation du service public de santé qui est de garantir l’accès aux soins essentiels de qualité pour l’ensemble de la population, s’inscrit en droite ligne avec la mise en œuvre des Objectifs de développement durable, notamment l’ODD-III pour permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge”, a-t-elle dit.

                              Siaka Doumbia

 

Source: Aujourd’hui-Mali

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