le Mali des prédateurs et des incompétents -II-: HGT, irresponsabilité à ciel ouvert

Le Vérificateur général a initié une mission de vérification de performance de la gouvernance et de la gestion administrative du Centre hospitalier universitaire Gabriel Touré (CHU-GT) sur la période 2016-2018 (1er semestre). Les travaux de vérification ont porté sur les organes de pilotage, de gestion et de consultation ainsi que sur les services techniques. Dans le rapport, le vérificateur général met en cause non seulement l’illégalité du Conseil d’administration du CHU Gabriel TOURE, mais aussi sa gestion administrative.

Dans cette structure de 3e niveau très sollicitée, les enquêteurs ont constaté un manque de matériels et d’équipements pour contrôler la fréquence cardiaque, la tension artérielle, la fréquence respiratoire, la saturation en oxygène et la température des patients, au département de la pédiatrie. Pendant la période sous-revue, le rapport déplore que sur un total de 19 154 enfants hospitalisés à la Pédiatrie, 4 633 soient décédés, soit un taux de mortalité de 24 %. De 2016 à 2017, les décès enregistrés à la pédiatrie sont passés de 64 % à 96 % du total des décès hospitaliers du CHU-Gabriel Touré.

Le CHU-GT reçoit le plus grand nombre de patients au Mali, avec une moyenne de plus de 125 000 consultations et 17 000 hospitalisations par an et accueille près de 90 % des cas d’urgences de Bamako, selon le rapport. Cela s’explique à la fois par sa situation géographique et par le nombre important de services techniques opérant en son sein. Dans ce cadre, l’État du Mali accorde une subvention représentant plus de 70 % des ressources de l’hôpital, soit respectivement en 2016 et 2017, 3,70 milliards de FCFA et 3,89 milliards de FCFA.

Constatation

La vérification fait ressortir que l’organe délibérant du CHU-GT n’est pas conforme à la réglementation. Ainsi, le CA du CHU GT est composé de membres ne disposant pas de la qualité requise. En effet, selon le rapport du Vérificateur général, les 11 Administrateurs siégeant ont remplacé les titulaires alors que leurs nominations n’ont pas été formalisées par un décret pris en Conseil des ministres, tel qu’exigé par les textes en vigueur. Pire, il y a des membres que continuent à siéger malgré l’expiration de leurs mandats, depuis au moins quatre ans, et d’autres n’ont jamais siégé pendant la période sous revue. Le hic est que ces derniers sont les représentants des départements socio-sanitaires du budget de l’environnement et de l’enseignement supérieur. Naturellement, cette composition du CA ne lui permet pas de fonctionner ni légalement ni efficacement, dénonce le rapport du BVG.

« Le CA n’exerce pas ses responsabilités. Les documents de pilotage et de gestion, tels que la politique générale, le projet d’établissement et différents rapports techniques et financiers ne sont ni soumis à l’approbation du CA, ni sollicités par ce dernier. Dans ces conditions, le CA ne peut remplir adéquatement ses fonctions et obligations, ce qui peut impacter la gouvernance de l’hôpital et l’efficacité des prestations rendues », a critiqué le bureau du vérificateur.

Le rapport fustige que le CHU-GT n’est pas géré suivant un cadre stratégique règlementaire. En effet, explique le rapport du vérificateur général, la Direction du CHU-GT ne dispose pas de projet d’établissement validé. Ce qui a pour conséquence, l’impossibilité de conclure des contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens entre la Direction et le Département de la santé. Ainsi, précise-t-il, le département de tutelle ne dispose pas de cadre d’appréciation de la performance du CHU-GT permettant à l’État de s’inscrire dans le Plan Décennal de Développement Sanitaire et Social (2014-2023), l’un des principaux cadres de référence en matière de santé.

Autre fait important évoqué par le rapport est qu’au CHU-GT, les organes de gestion et de consultation ne sont pas fonctionnels. En effet, depuis leur création en 2005, pour un mandat de trois ans, les différents Directeurs du CHU-GT n’ont pas procédé au renouvellement de l’acte de nomination des membres du comité de direction ni de ceux des quatre comités consultatifs. Les membres desdits organes dont les mandats ont expiré depuis plus de 10 ans ne font d’ailleurs plus partie du personnel de l’Hôpital. Dès lors, il n’y a plus lieu d’être surpris des nombreuses plaintes formulées par les patients vis-à-vis de cette structure hospitalière. Seul le représentant du personnel, ancien membre du comité de direction, en fait partie, selon le rapport. Ces insuffisances ont eu pour conséquences un manque de concertation et d’implication du personnel dans les prises de décisions importantes, notamment, celles relatives aux soins, à la formation, à l’hygiène et la sécurité des personnes au sein de l’Hôpital.

Gestion administrative du CHU-GT

En plus de ces nombreuses insuffisances citées plus haut, le rapport du VGAL reproche aux responsables du CHU-GT de n’avoir pas mis en place un dispositif de contrôle interne efficace. Le rapport révèle que les activités de soins, de traitements et d’examens effectués dans les services ne font pas l’objet de suivi.

« Il en résulte des cas d’actes médicaux illégaux au niveau du service de l’imagerie, du laboratoire et du service de cardiologie, tel qu’il ressort des contrôles effectués conjointement par la mission de vérification et la commission de contrôle du CHU-GT. À cela, s’ajoute l’existence d’un service de comptabilité-matières fonctionnel ne permettant pas le suivi exhaustif de la situation du patrimoine », dénonce le rapport.

Selon la même source, les services du CHU-GT ne gèrent pas de façon optimale leurs activités de maintenance. Ainsi, il ressort des constats que l’ensemble des besoins de maintenance n’est pas pris en compte lors de l’affectation des crédits budgétaires. Les crédits accordés pour la maintenance ne couvrent principalement que les matériels acquis, à travers des contrats assortis d’une option de service « après-vente ». Ainsi, les équipements acquis sans option de maintenance et ceux reçus par donation ne font pas régulièrement l’objet d’entretien et de réparation surtout lorsque le matériel exige des compétences plus pointues.

Pire, le CHU-GT n’élabore pas de plans d’entretien préventifs des matériels et ne dispose pas, non plus, de ressources humaines qualifiées pour assurer la maintenance de matériels bio médicaux. Des insuffisances qui ne permettent pas au CHU-GT d’assurer efficacement la maintenance de ses équipements et matériels pour offrir aux usagers des prestations de qualité.

Par ailleurs, le rapport déplore que le CHU-GT ne dispose pas d’un plateau technique assurant une prise en charge efficace des patients. Comme preuve, précise-t-il, le département de la pédiatrie souffre d’un manque de matériels et d’équipements pour contrôler la fréquence cardiaque, la tension artérielle, la fréquence respiratoire, la saturation en oxygène et la température des patients.

Pendant la période sous-revue, le rapport déplore que sur un total de 19 154 enfants hospitalisés à la Pédiatrie, 4 633 soient décédés, soit un taux de mortalité de 24 %. De 2016 à 2017, les décès enregistrés à la pédiatrie sont passés de 64 % à 96 % du total des décès hospitaliers du CHU-Gabriel Touré.

Par Modibo KONE

Source: info-matin

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