Ralliements et Co signe de vote pour le second tour: Soumi esseulé…

La grande détermination et l’ébauche d’alliance des candidats, pour remettre en cause les résultats du 1er tour, n’auront pas résisté à l’arrêt de la Cour Constitutionnelle de ce mardi 7 août. Non seulement la plupart des candidats semblent avoir accepté la proclamation officielle de la juridiction constitutionnelle, mais déjà certains postulants ont clairement pris position pour la suite des événements, soit en s’alliant avec l’un des candidats, soit en se refusant à donner toute consigne de vote.

Dans l’absolu, on peut classer les attitudes des candidats non qualifiés en trois registres : les ralliements au président sortant, apparemment bien parti pour se succéder à lui-même ; les candidats qui se refusent à donner toute consigne de vote et enfin les incertitudes d’alliances autour de Soumaïla Cissé.

Soumi au Second Tour
S’il est une certitude confirmée, sans équivoque, du côté du challenger du Président IBK, c’est bien qu’il ira au charbon ce 12 juillet affronter son destin. Le candidat de l’URD et de la Restauration de l’Espoir écarte toute idée de boycott du second de cette présidentielle et compte bien en découdre avec Ibrahim Boubacar Kéita, dans un remake de 2013.
Le candidat de la Restauration de l’Espoir vient de couper court à une rumeur, que les récentes déclarations avaient tout de même contribué à nourrir quant à un éventuel boycott de sa part du second tour : « En tant que candidat de l’URD et de la plateforme d’alliance « Ensemble Restaurons l’Espoir », je reste fidèle à mes engagements en participant au second tour de l’élection présidentielle prévu, le dimanche 12 août 2018 ».
Les derniers événements avaient pourtant fait craindre un retrait de la candidature du Chef de file de l’opposition, tant les autres candidats regroupés sous divers formats, les ‘’17-1 = 16’’, puis les ‘’18’’, avaient multiplié les déclarations menaçantes. Après moult reproches faites à l’administration, notamment le département de tutelle, pour des multiples déconvenues dans la conduite du processus, ces candidats avaient clairement fait savoir en de multiples occasions leur détermination à ne pas ‘’accepter’’ les résultats provisoires si d’aventure la Cour Constitutionnelle les proclamait sans tenir compte de ce qu’ils avaient estimé constituer ‘’fraudes massives’’, ‘’bourrages des urnes’’, et autres actes contraires à l’esprit et à la lettre de la loi électorale, comme les distributions d’argent, signe d’achat de conscience et de corruption, etc. Les dernières déclarations, notamment celle en date du 6 août dernier, laissaient planer de sérieuses hypothèques sur l’atmosphère du second tour. Plus particulièrement, les requêtes incriminant 6 juges constitutionnels, dont la Présidente de la Juridiction Suprême elle-même, avaient renforcé les incertitudes autour de la participation de ces 18 candidats majeurs tout de même, à la suite de la compétition.
Cependant, l’arrêt constitutionnel de ce mercredi 8 août semble avoir mis tout le monde d’accord, au moins sur un point : tous les candidats, y compris les plus déterminés à dénoncer les résultats provisoires, mettant leur esprit républicain en avant, ont accepté les attendus, insusceptibles de recours, d’une Cour pourtant vouée peu auparavant aux gémonies. Ceci survient, bien que la Cour Constitutionnelle n’ait pas fait dans la dentelle, en rejetant en bloc toutes les contestations majeures et même en réduisant de quelques décimales les points du challenger tout en augmentant dans les mêmes proportions sinon plus celui que tout le monde accuse des tripatouillages dénoncés.
Tout esprit républicain qui ne profite guère cependant à Soumaïla Cissé. Et pour cause, l’ébauche d’une solide alliance, amorcée au lendemain du 29 juillet et qui a culminé avec le meeting du mardi 7 août, n’a pu aboutir à une unité de vue et d’actions. Non plus pas en alliance électorale autour de celui d’entre eux qui est arrivé en seconde position. Comme avant les campagnes et la présidentielle, les mouvements d’opposition n’ont pu se transformer en mouvement unitaire d’opposition. Et tout, comme pour la présidentielle, l’unité de l’opposition, déjà en rangs dispersés, a volé en éclats. En ce lendemain de proclamation des résultats définitifs du premier tour, aucun candidat majeur, au moment où nous mettions sous presse, n’avait encore déclaré sa flamme à Soumaïla Cissé.

Des consignes claires de vote pour IBK
Ce qui n’est pas le cas du Président sortant, premier arrivé à mi-parcours et classé comme tel par la Cour Constitutionnelle. En effet, d’ailleurs aussitôt après la proclamation des résultats provisoires, le religieux Harouna Sangaré et la seule candidate parmi les 24 postulants, Mme Kanté Djènèbou N’Diaye, avaient tous deux appelé à voter pour IBK. Il est vrai que les deux candidats, déjà n’avaient pas grand-chose à reprocher au candidat de l’EPM, mais de plus avaient toujours reconnu ses mérites à travers son bilan qu’ils n’ont d’ailleurs jamais brocardé au contraire d’autres candidats. Les deux candidats n’avaient guère attendu la proclamation de la Cour Constitutionnelle pour prendre déjà position en faveur de IBK, tant l’appui au président sortant leur apparaissait presque naturel, à travers une identité de vues et de projets.
À ces deux candidats, dont on retient la symbolique forte du ralliement, Modibo Koné vient d’appeler à voter pour IBK. Ce ralliement est d’importance pour le candidat de l’EPM quand on sait que l’ancien PDG de la CMDT fait partie des candidats qui n’ont pas été avares en critiques acerbes. Pourtant, après avoir ‘’analysé les deux candidats’’, Modibo Koné n’hésite pas une seconde pour faire un choix, partagé, selon lui, par ses partisans.
« Ce choix (…) est motivé par le désir de (…) donner une chance (à IBK) pour parachever les chantiers en cours et de mettre en œuvre les autres projets qu’il nourrit pour le Mali », se justifie l’ex-PDG de la CMDT. Ce qui ouvre toutes les options et probablement, les discussions intenses en cours que l’on subodore et qui, dans les 48 heures séparant du 12 août, feront pencher la balance des soutiens d’un côté comme de l’autre.
Ce souci de continuité se retrouve également chez le Dr Mamadou Oumar Sidibé du PRVM FASOKO, candidat de la Coalition pour le Renouveau Politique (CRP). C’est pourquoi, le Dr Sidibé annonce qu’après « consultation avec les structures de base, les Partis décident en toute responsabilité de soutenir le candidat Ibrahim Boubacar KEITA au second tour de l’élection présidentielle. » Aussi, appelle-t-il lui aussi ses militants et électeurs à « traduire cette décision en vote massif en faveur du candidat Ibrahim Boubacar KEITA afin de lui assurer la victoire au soir de ce dimanche 12 août 2018 ».
Parmi les ralliements au candidat IBK, on peut noter également celui du maire de Wankoro, Harouna Sankaré, qui avait jeté son dévolu sur le candidat de EPM, depuis la proclamation des résultats provisoires par l’Administration territoriale.

Des appels à la résistance et au boycott
Néanmoins, la troisième catégorie d’attitudes, concerne des candidats qui ont clairement indiqué leur refus de quelle que consigne que ce soit ou qui ont prôné autre chose que le soutien.
Ainsi, en est-il de Choguel Maïga qui dresse un constat sévère de l’état d’un système, à ses yeux, grabataire et en grand danger de survie. Les solutions constituaient les viatiques de sa campagne électorale. Les convictions qui sont celles du Tigre en chef ne lui permettent pas de se reconnaître dans le projet d’un des deux qualifiés, en dépit d’une commune appréhension et analyse de la situation électorale des derniers jours avec plusieurs candidats dont Soumaïla Cissé, pourtant promu au second tour. Pour Choguel Maïga, qui affirme clairement « «ne pas (se) reconnaître dans les résultats proclamés les jeudi 2 août et mercredi 8 août 2018», le second tour de cette présidentielle est comme la quadrature du cercle. Aussi, appelle-t-il plutôt le peuple malien à la résistance pour que « (son) honneur, (sa) dignité et (sa) souveraineté (lui) soient restitués».
À la suite du patron du MPR, Daba Diawara rejette également «des résultats de la mascarade électorale du 29 juillet 2018» qui sont, à ses yeux, «le fruit d’une grotesque manipulation des chiffres, de la fraude massive, de l’achat de conscience et de l’utilisation éhontée des moyens de l’État et des agents véreux de l’Administration». Face à cette situation, Daba Diawara s’assume et déclare avoir «décidé de ne pas voter le 12 août prochain». Le président du PIDS va d’ailleurs plus loin : «J’appelle donc toutes les Maliennes et tous les Maliens qui m’ont accordé leurs suffrages au 1er tour, les militants du P.I.D.S et les membres du Mouvement Mali Debout à boycotter le scrutin du 12 août prochain».
La neutralité dans la défiance
L’absence de consigne de vote traduit aussi la défiance que certains candidats nourrissent vis-à-vis des conditions de conduite du processus. Parmi ceux-ci, Mamadou ‘’Igor’’ Diarra dresse un sombre tableau de la situation et reconnaît : «Après ce réquisitoire, mon verdict est sans appel : je rejette catégoriquement ce processus dans son ensemble, sans même me donner la peine de commenter tel ou tel chiffre, ou encore moins, tel ou tel rang.» Avec une telle attitude, le candidat estime qu’il «ne se considère pas propriétaire des votes exprimés en ma faveur et n’estime pas décider pour celles et ceux qui veulent poursuivre leur participation au processus. A cet effet, je respecterai le libre choix ultérieur de toutes celles et de tous ceux qui m’ont soutenu en tant que candidat indépendant», déclare-t-il, renvoyant dos à dos le duo de tête.
Sur ce même registre, Cheick Modibo Diarra est très clair : «Remplacez Ibrahim Boubacar KEITA par Soumaila CISSE n’est pas l’alternance, n’est pas le changement pour nous, ce n’est ni plus ni moins qu’un simple jeu de chaises musicales. (… Car sa) conviction reste que ni l’un ni l’autre ne correspond à notre idéal de changement». Aussi, laisse-t-il le choix à ses électeurs de faire leur choix, car porté par un regroupement, au-delà de sa propre formation, l’ancien Premier ministre de la Transition s’en remet à cette coalition, en concluant que ce «regroupement conserve son autonomie et est donc libre de son choix à ce deuxième tour».
Bien qu’arrivé troisième, comptant donc pour être l’un des poids lourds de ce scrutin, Aliou Boubacar Diallo, en dépit de ses 8,03% des voix, se refuse à toute consigne de vote au second tour. Visiblement sourd aux appels du pied de la part de Soumaïla Cissé, qui a fait le ‘’pélérinage’’ de Nioro auprès du Chérif, mentor et inspirateur de l’ADP-Maliba, Aliou Boubacar Diallo, à la suite du leader religieux, s’est retranché derrière une neutralité défiante, en se contentant de souligner que «chacun d’entre vous sait en toute conscience quel est son devoir républicain. (…) Je souhaite au Mali de connaître un scrutin apaisé». Signe qu’en réalité, la contestation virulente de la gouvernance de IBK, dont il s’était fait le héraut e cette campagne du 1er tour, ne peut le conduire à se joindre à un camp, celui de Soumaïla Cissé que visiblement il abhorre tout autant. Quant à Modibo Sidibé des FARE An Ka Wuli, il avait déjà dit toute sa défiance au lendemain du scrutin du 29 juillet, dans sa vision des choses, la suite n’a fait que confirmer ses appréhensions. D’où, une absence de consigne pour un processus qu’il juge de toute façon pipé !
Il ne faut guère attendre autre chose, en matière de soutien du moins, d’un Général Moussa Sinko Coulibaly, dont la réaction ne laisse planer aucun doute quant à ses intentions. Au cours du meeting du mardi 7 août, l’ancien ministre de l’Administration de la Transition et de IBK, n’avait pas eu de mots assez durs pour caractériser son ancien mentor de même que le processus électoral ainsi que la Cour Constitutionnelle elle-même. En effet, le Général démissionnaire avait été très précis dans sa résolution : «Si la Cour cautionne la fraude électorale en mettant IBK comme président, nous aussi, nous allons donner notre résultat et investi notre président le 04 septembre», avait-il assuré lors du meeting du collectif des 18 candidats tenu, ce mardi au Palais de la Culture.
À voir les différentes déclarations qui continuent de tomber, déterminant les attitudes adoptées par les uns et les autres, tout porte à croire que cette position extrême était loin d’être partagée et que ce dimanche 12 août, il y aura bel et bien un second tour au Mali.

Yaya TRAORE

Info-matin

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