Processus de sortie de la crise sécuritaire : Des efforts d’IBK faiblement soutenus

Le président Ibrahim Boubacar Keïta a appelé, lundi soir, ses compatriotes à “l’union sacrée” derrière l’armée nationale, alors que l’existence même du pays est en jeu après les attaques terroristes les plus meurtrières subies de ces derniers mois

 

Face aux attaques, le président de la République a révélé avoir ordonné récemment pour l’armée l‘élaboration d’un « nouveau concept opérationnel qui donne une part importante à l’offensive ».
Le soutien des forces étrangères, française, africaine et onusienne déployées au Mali “nous est plus que jamais nécessaire et c’est pourquoi je demande à ce que nous ne nous trompions pas d’ennemis”. Comme pour dire qu’en tentant de jeter l’opprobre sur les partenaires militaires étrangers du pays, les efforts qu’il déploie sont en train d’être affaiblis. Car, si les troupes étrangères se savent critiquées ou vilipendées par une certaine opinion, cela les démotive.

Or, il est de notoriété que certains acteurs politiques maliens s’évertuent souvent à vouer aux gémonies les forces de la MINUSMA, de Barkhane pour les résultats auxquels ils parviennent et qui sont en deçà des attentes.

En visite à Bamako, la semaine dernière, la ministre française des Armées, Florence Parly dira que  «le combat contre le terrorisme est un combat de longue haleine. Une guerre ne s’évalue pas à chacune des batailles qui est menée». Avant de mettre l’accent sur de «grands progrès» accomplis, comme la destruction annoncée lundi 4 novembre, dans la soirée, par l’armée malienne d’une base logistique et la saisie d’armes et de matériel de l’ennemi. «Rien ne serait pire que de donner raison aux terroristes en baissant la garde», a-t-elle dit. Elle a fait part au président IBK des condoléances mais aussi de la «détermination» française.

Rares sont les acteurs politiques maliens qui mettent en doute le patriotisme du président IBK. Sauf que l’homme a le malheur d’arriver au pouvoir quand son pays traversait les pires moments de son histoire. Conséquences : le président sera mal aimé et incompris.

Il était arrivé au palais de Koulouba à la tête d’un pays surchargé de défis. Ibrahim Boubacar Kéita alias IBK, c’est de lui qu’il s’agit, apparaissait du coup comme un messie, censé faire le miracle ! Le pouvait-il, dans un environnement aussi délétère ? Le pouvait-il dans une crise multidimensionnelle aux facteurs (endogènes et exogènes) complexes ? Rien n’est moins sûr.

Le temps pour le locataire de la colline du pouvoir de comprendre tous les contours de cette crise sera celui que certains qualifieront de phase d’atermoiements ou de tergiversations. Comment pouvait-il en être autrement ? La perception des choses n’étant pas identique quand on n’est pas au pouvoir et quand on l’exerce. Cela aussi fera l’objet de nombreuses incompréhensions et des interprétations tendancieuses en défaveur du chef de l’Etat.

IBK optera tout de même, et résolument pour la paix pour le peuple malien, pourvu que les fondements de la République : unicité et intégrité du territoire, caractère républicain et  laïc de l’Etat, etc. Il enclenchera les pourparlers avec ceux qui avaient pris les armes contre le pays. La suite est connue. L’accord pour la paix, signé en 2015, souffrira aussi de diverses incompréhensions. Ce qui ne facilitera aucunement sa mise en œuvre.

De nombreux acteurs politiques l’ont vertement critiqué, mais faute d’alternative immédiate, des efforts sont faits pour l’appliquer. Du moins, sur les points les moins rejetés. C’est dans ce sens que sa relecture s’impose de plus en plus dans le discours politiques.

Au plan politique, le chef de l’Etat était sollicité et tiraillé dans tous les sens pour un… « Partage de gâteau ». Plusieurs privilégiés entrent au gouvernement et certains n’hésitent pas à poignarder le bienfaiteur dans le dos. Quelques indélicatesses pourraient être soupçonnées. IBK procédera à de nombreux réaménagements gouvernements. Il s’en trouvera mal aimé, haï à la limite par certains ex-collaborateurs. Certains d’entre eux ne sont-ils virulents sur les réseaux sociaux, et au sein de l’opinion comme pour prendre leur revanche sur le président incompris ? Comme quoi les calculs politiciens finissent par freiner les efforts du chef de l’Etat, dont la tâche est de plus en plus ardue.

Et quand il faut aller un dialogue national inclusif, renforcer la lutte contre la corruption, préparer la révision constitutionnelle et hâter la sortie de crise, les mêmes réflexes politiciens semblent resurgir… Ce qui plombe les choses et convainc sur le fait qu’IBK est un président incompris.

Baba Djilla SOW

 Mali Horizon

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