Procès Sanogo: les vraies raisons du report

Attendu pour ce 13 janvier 2020, conformément souhait exprimé par le Procureur général près la Cour d’Appel de Bamako, le 20 novembre 2019, à l’issue des travaux de la 2e session d’assises de Bamako, le procès du chef de la junte militaire de Kati, Amadou Haya SANOGO et 17 de ses coaccusés, a été à nouveau remis à une date ultérieure, sans plus de précisions. Que cache ce nouveau report ? Cet énième report nous donne-t-il raison de croire avec le commun des Maliens que ce procès ne pourrait se faire, à cause des révélations que le chef de la junte militaire serait prêt à faire et qui accableraient les autorités au plus haut niveau de l’État ?

 

Le procès d’Amadou Aya SANOGO et de ses 17 coaccusés a été reporté à la prochaine session de la Cour d’Assises de Bamako. L’annonce a d’abord été faite par le ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement, M. Yaya SANGARE. Sur son compte Twitter, celui-ci a indiqué qu’« en raison des contraintes majeures liées à la préservation de l’ordre public et de la cohésion au sein des Forces Armées mobilisées pour la défense de la patrie, le procès Amadou Aya Sanogo, prévu pour ce 13 janvier est reporté à une prochaine session de la Cour d’Assises de Bamako ».

L’information sera confirmée quelques heures plus tard par un communiqué du Procureur près la Cour d’Appel de Bamako, Idrissa Arizo MAIGA. Cependant, ni le ministre SANGARE encore moins le Procureur MAIGA ne détermine la nature des contraintes qui pèsent sur l’ouverture du procès.

Toutefois, il est incontestable que ce procès intervenait au moment où notre pays, en particulier, les États du Sahel, en général, traverse une phase cruciale de leur existence à cause de la pression exercée par des terroristes sur nos populations et nos forces armées et de sécurité. Aussi, intervenait-il à quelques encablures d’un sommet décisif entre les présidents des pays du G5 Sahel, et le chef de l’État français dont l’armée est un acteur clé dans la lutte contre les narcojihadistes dans la zone.

Ce qui fait dire à de nombreux observateurs que ce report est lié à la présence du général Ibrahim Dahirou DEMBELE, actuel ministre de la Défense et des anciens Combattants, dans le gouvernement Boubou CISSE. Chef d’État-major général des Armées à l’époque des faits, le ministre DEMBELE est cité comme témoin, dans cette affaire. La tenue de ce procès entraînerait de façon incontournable la démission de ce dernier, et un remaniement gouvernemental précipité, à la veille de ce sommet de Pau. Or, les initiateurs de la rencontre de Pau ont préconisé le principe « un plus trois », c’est-à-dire, le président de la République, le ministre des Affaires étrangères et celui de la Défense. Pour ces observateurs, dans ce contexte, le Mali avait le choix entre maintenir le ministre qui a déjà une certaine maîtrise des Dossiers (Ibrahim Dahirou DEMBELE) et un novice. Le Président, dit-ont, aurait fait le choix de cette façon, en maintenant le gouvernement actuel et en reportant le procès. L’un dans l’autre, il ne s’agit que d’une solution alternative, puisque ces détenus ne resteront pas indéfiniment en état de privation de liberté.

Il convient de signaler que Amadou Aya SANOGO et autres sont poursuivies pour « meurtres et assassinats, complicité de meurtres et assassinats » d’une vingtaine de militaires de l’armée malienne. Un premier procès avait été ouvert le 30 novembre 2016 à Sikasso qui a finalement été renvoyé avant son terme. A la base du report en 2016 du procès de Sikasso, la reprise du rapport d’expertise des tests ADN effectués sur les restes des corps des militaires assassinés. Cette préoccupation, selon des sources proches du dossier, est maintenant prise en charge. « Ce rapport est une pièce capitale dans le dossier, parce que s’il n’est pas bon ou s’il est déclaré non fiable, cela remet tout en cause », confie Me Cheick Oumar KONARE, l’un des avocats de l’ex-maître de la junte de Kati.

« Il y a des tests ADN dans le dossier. Un deuxième test a été versé après le premier », ajoute également Me MARIKO, autre avocat.

Auteur du coup d’État du 21 mars 2012 qui a renversé le Président de la République, le général Amadou Toumani TOURE, le capitaine Amadou Haya SANOGO est à son tour arrêté un 27 novembre 2013 sur ordre du tribunal par le colonel Abass DEMBELE et écroué à Bamako. Après un emprisonnement, il est assigné à résidence dans une villa à Sélingué à 140 kilomètres de Bamako dans l’attente de son procès. Celui-ci s’ouvre le 30 novembre 2016 à Sikasso. SANOGO comparaît avec 17 autres prévenus inculpés pour l’exécution d’au moins 26 bérets rouges capturés après l’échec de leur coup de force avorté. Le procès est suspendu depuis le 8 décembre 2016, mais la libération des accusés est refusée.

PAR SIDI DAO

Source : Info-Matin

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