Militarisation du régime: la philharmonique paradoxale des hypocrites

Le conseil ordinaire des ministres de ce mercredi 25 novembre 2020 est-il sorti de l’ordinaire avec la nomination de deux douzaines d’officiers supérieurs des forces armées et de sécurité à de hautes fonctions de l’État (3 généraux, 21 colonels, un commandant et un commissaire divisionnaire de Police) ?

Accaparement du pouvoir et de tous les leviers de l’État par les putschistes qui veulent préparer un des leurs pour être le prochain président ? Militarisation outrancière de la Transition à travers la nomination d’officiers dont la présence est plus requise sur le terrain que dans les bureaux climatisés à Bamako ? Mauvais signal donné par les fuyards du front qui veulent faire main basse sur la démocratie au mépris de la violation de tous les serments ? Etc.
Chacun y va de son commentaire, de son coup de gueule, de sa rancœur, de sa désillusion, de la déception de ses ambitions et de son agenda personnels…
Pour être la cause causale de la levée de boucliers, disons des monologues insipides sur les réseaux si ce n’est des débats périphériques sur les réseaux, en tout cas, le fameux conseil des ministres de ce mercredi entrera dans l’histoire. Car, il aura eu pour effet de provoquer comme dans une maïeutique socratique une catharsis au sein de la classe politique et de la société. Tel un miroir, le communiqué du conseil des ministres renvoie chacun devant sa responsabilité, sa part de responsabilité dans ce qu’on appelle ‘’militarisation de la Transition’’.
Les Bambaras traduisent bien la situation à travers un dicton : au lieu de s’en prendre à son point de chute, il faut tancer là où on a trébuché. En laissant pourrir sans grande réaction la situation insurrectionnelle, voire en l’encourageant et en y prenant part, les politiques, démocrates et patriotes, comme proclamés, ont pris le risque de regarder le régime du Président IBK s’effondrer. Or, l’effondrement du régime démocratique (que d’aucuns ont même qualifié d’autocratique) était synonyme de la fin du système démocratique. Tous ceux qui ont fait tant soit peu leurs humanités connaissent cette belle et infaillible expression de Antoine de Loysel qui traduit la complicité passive : ‘’qui peut n’empêche pèche !’’
Le second risque pris par ces démocrates et patriotes, mus uniquement par le souci morbide de voir le Président IBK quitter Koulouba avant terme, a été de ‘’prendre acte’’, de constater, d’enregistrer, ne pas s’opposer, de cautionner, d’accepter le renversement de son régime. Chacun et tous, toutes les bannières et toutes chapelles confondues ont sinon souhaité en tout cas accepté ce crime imprescriptible contre le peuple malien comme l’énonce si clairement l’article 121 de la Constitution de 1992. Nul fard, nul dard n’amnistiera les putschistes, les complices et leurs supporteurs politiques et civils si ce n’est une loi.
En prenant le risque d’avaliser un coup de force contre l’ordre démocratique et républicain, nos démocrates et patriotes alimentaires devraient au moins prendre des provisions, des garanties que le M5-RFP a cherchées vainement sans obtenir aucun appui même pas une petite sympathie.
A ce troisième risque, ils ont ajouté la fameuse ’’carte blanche’’ octroyée au CNSP et omerta totale moyennant désormais, chacun le sait, juteux portefeuilles ministériels et «autres ».
Quand on lâche son ami, on devient la proie de son ennemi disent les Peulhs. En laissant renverser un des leurs, les politiques et assimilés, tous ceux qui piaillent aujourd’hui sur les réseaux contre les militaires, avaient parié sur les militaires, avaient donné caution et aval aux militaires, et donc avaient pris le risque de laisser les mains libres aux militaires pour régenter la Transition et caporaliser la démocratie.
De quoi veut-on aujourd’hui se plaindre ? Des militaires aux commandes de l’État ? Mais quand les partisans de l’ancien régime ont été gazés et matés parce qu’ils ont tenté de s’opposer au coup d’État que n’a-t-on pas entendu ? Quel est le démocrate qui a osé dire que la Constitution garantit la liberté de manifester ? Quand un hystérique soutien sans cervelle de la junte a demandé un décret pour interdire les grèves, quel démocrate et quel défenseur des droits de l’homme a-t-on entendu ?
Trêve de démagogie et d’hypocrisie ! Est-ce la première fois qu’on nomme un militaire comme gouverneur ou dans un cabinet ministériel ? À moins qu’on dise que c’est avec cette transition qu’on a vu les officiers dans les ministères ou que c’est Assimi GOITA qui décidé, après un rêve, de nommer les gouverneurs de régions créées depuis février 2012 !
Quand on rappelle l’Armée du front pour renverser un régime, qu’on l’acclame en héros sauveur de la nation, qu’on festoie avec elle sur le Boulevard de l’indépendance, il faut beaucoup de jugeote pour se plaindre que cette armée a déserté le front au profit des privilèges et honneurs de la fonction civile… C’est vous qui les avez appelés, en tout cas qui les avez encouragé, en tout cas, votre silence et votre complicité qui les ont maintenus. Arrêtons ce petit jeu-là. Vous avez joué, vous avez perdu. Sortons des tranchées et soyons fair-play !

PAR BERTIN DAKOUO

Source : INFO-MATIN

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