Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta reçu par le pape

Ibrahim Boubacar Keïta a été reçu jeudi 13 février au Vatican, alors que la situation humanitaire au Mali se dégrade sur fond de crise sécuritaire alimentée par les groupes djihadistes.

Le pape François a reçu, jeudi matin 12 février au Vatican, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta, accueilli très chaleureusement sur le seuil de sa bibliothèque privée.

Les deux hommes ont ensuite un entretien d’un quart d’heure où il a été notamment question du dialogue interreligieux, comme l’a confié le pape en offrant au président Keïta un exemplaire du Document sur la fraternité humaine signé l’an dernier à Abou Dhabi avec le grand imam d’Al-Azhar.

Très amical avec un hôte qui semblait ému par leur rencontre, François a également offert au président malien un médaillon en bronze représentant saint Martin offrant son manteau au pauvre.

« C’est tout lui, ça ! », s’est exclamé « IBK » à l’adresse du pape auquel il avait confié, un peu plus tôt combien le discours du pape et son « souci d’humanité » sont un réconfort pour son pays en difficulté.

La situation sécuritaire et humanitaire du Mali

« Le monde entier apprécie ce que vous dites, lui avait-il glissé. Nous avons beaucoup pleuré mais, dans notre nuit, nous avons cette lumière. »

De son côté, Ibrahim Boubacar Keïta a offert au pape un tapis en cuir, travail d’artisanat malien réalisé par des femmes de Konna, près de Mopti (centre du Mali), une des régions les plus éprouvées par les affrontements entre djihadistes et forces maliennes en 2013.

La situation sécuritaire et humanitaire du Mali, comme du reste de la région sahélienne, a d’ailleurs été au centre des discussions qui ont suivi avec le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, et Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les rapports avec les États.

« Vaincre la plaie du terrorisme »

Une situation dont le communiqué du Vatican soulignait qu’elle est « mise en danger par la diffusion du radicalisme religieux et du terrorisme ».

Dans son discours de vœux au corps diplomatique, début janvier, le pape François, tout en appelant à « la lutte pour vaincre la plaie du terrorisme », avait plaidé pour une stratégie qui ne soit pas que sécuritaire.

« Il est nécessaire que des stratégies soient mises en œuvre avec des interventions non seulement dans le domaine de la sécurité, mais aussi dans la réduction de la pauvreté, du développement et de l’assistance humanitaire, de la promotion du bon gouvernement et des droits civils, de l’amélioration du système de santé, avait-il insisté. Ce sont les piliers d’un vrai développement social. »

Dialogue avec certains groupes djihadistes

Depuis quelques mois, les organisations humanitaires mettent en garde contre la dégradation de la situation humanitaire dans l’ensemble du Sahel, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

Engagée au Mali depuis 2013, la France tente d’ailleurs d’apporter à la crise une réponse qui ne soit pas que militaire, essayant notamment de mieux coordonner les actions de l’opération Barkhane avec le travail des humanitaires dans une région où le terrorisme trouve aussi ses racines dans une crise sociale et un sentiment d’abandon de la part des pouvoirs locaux.

« Nous étions piégés par un narratif qui misait sur le rétablissement des États, en fermant les yeux sur la mal-gouvernance, confiait à La Croix un diplomate en poste au Sahel lors du sommet de Pau, mi-janvier. Au Mali, nous avons certes contribué au retour à l’ordre constitutionnel mais rien n’a changé dans le système : corruption, népotisme, méfiance et double jeu. »

De son côté, conscient de la nécessité d’une solution politique, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta vient d’annoncer avoir noué un dialogue avec certains des groupes djihadistes, tandis que des unités de l’armée malienne comprenant d’anciens rebelles, ont commencé un timide redéploiement dans le nord du pays.

Nicolas Senèze, à Rome 

Source: africa.la-croix.com

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