La visite du PM à Kidal et à Taoudéni: Entre doute et espoir !

La capitale des Ifoghas est-elle pour autant revenue dans le giron national ? Les Maliens se sentent-ils concernés par cette visite, qui, sans le souhait de Paris et le concours de la Minusma, n’allait jamais pouvoir se réaliser ?

Longtemps annoncée, maintes fois reportés, la venue du PM Boubou Cissé à Kidal a fait la ‘’une de la presse nationale, internationale et des réseaux sociaux depuis le mercredi dernier. Et pourtant, la primeur en avait été donnée par le Président français, Emmanuel Macron. Cette visite sonne-t-elle le glas de l’irrédentisme à Kidal ?

En tout cas le moins que l’on puisse dire, depuis la ‘’convocation’’ à Pau des chefs d’État du Sahel et le tollé général qu’elle a provoqué ont mis en sourdine et autre maladresse préjudiciable du chef de l’État français. Mais voilà ! À la grande surprise des Maliens, la visite inespérée s’est concrétisée mercredi 4 mars 2020, grâce, entre autres, aux moyens de la Minusma et sous l’œil vigilant et bienveillant de Barkhane. Deux forces d’interposition pour éviter tout incident, les mémoires étant encore fraiches sur le désastre de cette autre visite d’un PM, en l’occurrence Moussa Mara en 2014 et celle plus ‘’négociée’’ du PM Soumeylou Boubèye Maiga, en 2018, plus discrète certes, mais entourée de conditionnalité des jihado-rebelles et à l’ombrelle des drapeaux séparatistes.  Ces deux visites guidées pour les raisons obscures et précipitées sont restées de triste mémoire pour les Maliens.

La visite de Boubou Cissé, elle, intervient six ans après le désastre de la rentrée de Mara dans la capitale des Ifoghas, trois semaines après l’entrée des FAMA  reconstituées. Cependant, cette armée, encadrée et protégée, est loin d’avoir de la faconde à Kidal où elle assure la symbolique d’un retour de l’État négocié et voulu par toutes les parties maliennes. Certes, l’indépendance de l’azawad a été mise sous le boisseau avec les déclarations de plusieurs dignitaires de la CMA, partie prenante au DNI. Mais, l’accord dit d’Alger reste une pomme de discorde entre la CMA qui souhaite, à défaut de son application stricte, une révision consensuelle à l’aune des dispositions dudit accord et l’autorité centrale, notamment, IBK qui a insisté sur la nécessité de la révision de certaines de ses dispositions inapplicables en l’état.

Le changement de ton de paris à l’égard du statut de Kidal, consécutif lui-même aux interpellations de Paris sur la question du statut de la ville par le Président Issoufou du Niger plein de bagout à l’époque et des chefs d’État du G5 sahel, n’a-t-il pas été aussi pour beaucoup dans la nouvelle attitude conciliante de la CMA ?

Pour preuve, la meilleure illustration de cette attitude de la CMA que nous ayons à l’esprit ce sont les propos de Mossa Ag Attaher, son porte-parole, lors du Dialogue Nationale Inclusif. ‘’Nous ne voulons plus d’indépendance, nous voulons juste la paix et la stabilité’’ a-t-il proclamé.  Un discours nouveau, qui en dit long sur les souffrances des Kidalois sevrés de la patrie malienne et de son apport, en tant que mère nourricière, depuis plus de six ans.  Macron, dès lors, n’a donné que le coup de grâce salvateur qui a permis l’entrée de l’armée reconstituée et la visite du PM lequel doit avoir à l’esprit le pied de nez à notre glorieuse armée, en se laissant encadrer et protéger par des forces étrangères en plein territoire Kidalois du Mali.

Pour certains cadres maliens avec le Pr Ali Nouhoum Diallo en tête, Macron doit créditer les Maliens d’un minimum d’intelligence. Cependant, le 10 février 2020, le président de la République du Mali, chef de l’État, chef suprême des armées, a annoncé  à la face du monde, qu’il ouvrira des pourparlers avec Iyad  et Koufa, les principaux chefs djihadistes, qu’il entend ainsi désormais respecter les décisions du peuple malien, s’y soumettre, s’efforcer de les mettre en œuvre. Sans naïveté aucune, sans candeur, sans grande illusion. Avec cependant l’espoir que les fils du Mali, Iyad Ag Ghali et Koufa prendront la main tendue.

Donc pour quelle raison le président de la République, veut-il désormais et maintenant se conformer aux décisions du peuple malien qu’il doit normalement redouter plus que tout autre ? Pour  arrêter l’effusion de sang au Mali.  Pour éviter que continue à couler le sang de tous ceux qui sont venus aider les Maliens à recouvrer l’intégralité de leur territoire national, à stabiliser le pays, à sauvegarder la forme républicaine  et la laïcité de l’État, à restaurer la cohésion sociale, le bon vivre ensemble, à en finir avec la terreur au Mali, dans tout le sahel. Le président Ibrahim Boubacar KEITA n’a jamais cessé de dire que son pays constitue un rempart pour l’Europe, pour toutes les anciennes puissances coloniales.

Au fait, que veulent négocier les Maliens ? Ceux qui ne savent pas ce que l’on peut négocié avec Iyad et Koufa ne sont blâmables que lorsqu’ils se dressent contre toute volonté de régler les problèmes par le dialogue.  Ils ne savent pas quoi négocier, ils sont pardonnables.  Quel homme sensé peut en vouloir à celui qui  ne sait pas ? Mais s’ils ne savent pas, qu’ils se taisent et laissent ceux qui savent, et à qui on a confié la tâche de négocier de le faire.

Depuis l’expression publique de sa ferme volonté d’écouter désormais davantage ce que dit le peuple malien et d’user de tout ce dont Allah l’a doté d’intelligence, de savoir, de savoir-faire et de savoir-être pour mettre en œuvre,  autant que faire se peut, les décisions de ce peuple ; une certaine presse de France, ses affidés du Mali et du Sahel se sont déchainés pour tenter d’intimider, voire d’effrayer le président IBK . Cette presse tente aussi d’ébranler la détermination du peuple malien à prendre son destin en main. Pour ce faire, des vedettes de la communication, indéniablement populaires en Afrique, ont été mises en mission commandée.  Juan Gomez et Alain Foka de RFI le premier a même appelé un jour, « cerise sur le gâteau ». Tous les deux ont à cœur de réussir leur mission de marquer l’intelligentsia malienne, de la détacher du président. Ils s’échinent à donner des complexes aux cadres, étudiants et élèves du Mali lors du forum de Bamako. « Le débat africain », « appels sur l’actualité » sont consacrés à la réussite de la mission. C’est-à-dire isoler le président IBK, l’emmener à renoncer à entamer des pourparlers avec des citoyens maliens en vue de stopper l’effusion de sang des soldats de toutes les nationalités qui sacrifient tous les jours leurs vies pour sauver le Mali.  Quand un président de la République décide d’ouvrir des pourparlers avec l’accord de son peuple, que doit-on faire sinon bénir, accompagner la décision de toutes ses forces politiques, diplomatiques, morales, intellectuelles, et bien sûr militaires ? Au lieu d’une telle attitude de compréhension, de compassion, d’encouragement de la part de la France, mais des questions fusent : Que seriez-vous devenus, que serait devenu le mali, s’il n’y avait pas eu l’opération serval ? Négocier avec les jihadistes d’accord ! Mais négocier quoi avec eux ? Ne faudrait-il pas des lignes rouges qu’il ne faudrait pas franchir ? Peut-on et doit-on négocier en position de faiblesse ? Négocier avec Iyad et Koufa au moment où ils ne sont probablement plus les maitres des lieux ? Autant de questions pour tenter d’embarrasser, de complexer les Maliens !

Selon le Pr Aly Nouhoum Diallo, les propos de son Excellence monsieur l’ambassadeur Toumani Djimé Diallo devant les sénateurs français, signent l’agacement, l’exaspération même des intellectuels maliens, jugés à leurs yeux, indignes de réfléchir par eux-mêmes, de penser par eux-mêmes et de décider eux-mêmes ce qu’ils doivent proposer au président de la République comme feuille de route pour les pourparlers. Que le président Macron et son gouvernement créditent les Maliens d’un minimum d’intelligence et de meilleure connaissance qu’eux de ce qui convient au Mali.

Le complot de la France contre le Mali date depuis le pouvoir de Sarkozy. Que les Maliens se ressaisissent et voir le danger en face qui quête notre pays. Toutefois, ne désespérons guère, car l’histoire des grandes nations finit toujours par se réécrire en permanence de la meilleure des Façons.

Seydou Diarra     

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