Gouvernance moderne adaptée au substrat institutionnel endogène : Lettre ouverte à Assimi Goïta, Président de la Transition du Mali

prendre dans sa multiplicité et son unité et l’enrichir avec les apports d’autres régions du monde. Le réel est un construit qui ne se fortifie qu’avec des mouvements différents.

Nous nous sommes longtemps laissés aspirer dans la spirale d’un monde où nous sommes privés de toute dynamique de réflexion, de tout moyen d’évasion. La mise en perspective de notre développement global est prise dans l’étau de pesanteurs multiformes de domination étrangère (éducation, culture, finance, économie, ingérence militaire.), symbolisant notre état d’aliéné via la conduite de vie qui nous est imposée. L’immensité de notre aliénation nous limite à nous morfondre dans une sphère qui malheureusement ne dépasse guère l’environnement perçu par nos organes de sens. Et notre fidélité à une telle réalité n’offre point de félicité.

La tête est céleste, le tronc est atmosphérique et les jambes sont terrestres. Physiquement enchaîné, l’on est simplement empêché de tout mouvement. A contrario, l’aliénation morale et spirituelle signifie perte de dignité et de personnalité, de l’essentiel somme toute. Ne restent plus que vanité, orgueil, égoïsme, duplicité, ignominie et j’en passe.

Pour nous libérer de ces pesanteurs, nous devons nous servir d’une seule arme : la volonté, la révolte, le dépassement. Nous devons nous détourner définitivement de notre aliénation, faire le saut qualitatif qui mène des ténèbres vers les hauteurs, vers la lueur dorée de l’aurore vermeille du Mali Kura. Commence une phase de transition avec son corollaire : dérapages, remises en question, nouveau dépassement.

Un grand nombre d’observations endogènes paraissent bien indiquer qu’à l’origine le culte politique africain était bien adossé à un culte agraire, marquant l’union du groupe humain avec le sol, d’abord «terre nourricière» avant de devenir «terre ancestrale» dont les ressources sont fortement marquées par une manne biologique végétale.

Ainsi, la présence permanente de l’arbre dans nos aires socioculturelles sert de lien entre les morts et les vivants, de passage du simple au complexe et de l’unique à la multiplicité. Il symbolise l’autorité ou la coutume et joue sous son aspect redoutable, le rôle de justicier. Sa dimension transitoire le dédie au culte des anciens, avec pour but de distinguer le Bien du Mal et consolider l’éthique du groupe.

La victoire du Bien sur le Mal soutenait la trame d’une part importante de notre conventionnel ancestral. Les trésors tirés de la nature peuvent être interprétés comme ceux d’une quête initiatique humaine qui permet à l’honnête citoyen son intégration dans les normes de la société des adultes, expression de l’accomplissement de la grandeur et de la dignité. Ainsi, l’honnêteté du bon citoyen se mesure à sa capacité de gestion du bien commun à lui confié dans la transparence.

Nous Maliens, fils, petit-fils et arrière-petit-fils de dignes producteurs ruraux (vivant essentiellement de la nature et de ses ressources agricoles, pastorales sylvicoles, halieutiques et cynégétiques), devons prendre le leadership de la passerelle intergénérationnelle dans la réhabilitation, la capacitation et l’appropriation de nos institutions à substrat endogène tirées d’une manne socioculturelle originale.

Sortir le peuple des ténèbres

Dans un monde en voie de multi-polarisation où toutes les certitudes sont bousculées, la guerre en Ukraine est une aubaine pour le Pôle-Afrique. Déjà dans les années1960, au summum de sa diplomatie agissante, le Mali figurait parmi les leaders du Mouvement des non-alignés qui préfigurait la multi-polarisation qui nous tend désormais les bras. Nous devons nous ressaisir à l’instar de la Chine, de la Russie, de l’Inde, du Brésil, de l’Afrique du Sud, de l’Indonésie, du Japon, du Vietnam, de la Corée, de la Thaïlande, de Singapour, de l’Iran, de la Turquie, et de tous ces pays qui ont su garder tout ou partie de leur souveraineté cultuelle et culturelle leur garantissant des institutions stables de gouvernance à substrat endogène.

Aujourd’hui, au Mali, le constat est sans équivoque. Nous avons tenu dignement tête à la France. Elle ne nous le pardonnera jamais. Restons vigilants et posons les actes salutaires de la rupture pour l’avènement d’un Mali Kura débarrassé de la pensée unique proche-orientale de domination et d’asservissement dans laquelle nos peuples sont empêtrés et soumis depuis plus de 400 ans.

Osons quitter notre zone de confort pour garantir la survie et le développement du Mali. L’heure n’est plus à la division. Le Mali se doit d’unir toutes ses filles, tous ses fils, pour la défense de la patrie en danger et bâtir le Mali Kura dans sa multiplicité et son unité. Le Peuple malien ne trouvera son Salut que dans la Mobilisation Générale de toutes ses filles et de tous ses fils à travers un Appel Officiel Solennel à la Déclaration de l’Etat de Guerre pour sauver la patrie en danger. Le Mali va et doit procéder au maillage de son territoire en le quadrillant militairement pour optimiser sa sécurité et faire face à une guerre de longue durée.

Au regard de la multiplication des attaques ennemies sur la totalité du territoire, nous réitérons notre proposition de Mobilisation générale contre la guerre qui nous est imposée avec le recrutement, dans un premier temps, de 75 000 volontaires dans les 49 anciens cercles du Mali et le District de Bamako (1 500 recrues par cercle). Ces nouvelles recrues volontaires, patriotes, aptes au combat opéreront immédiatement et définitivement sous le commandement militaire des Forces Armées du Mali (FAMa) car la lutte risque d’être âpre et longue.

Dans la perspective de sauvegarde de l’intégrité territoriale et de la préservation de l’unité nationale, les Autorités de la Transition, à travers les FAMa, ont fait preuve d’un grand réalisme tiré de notre vécu historique héroïque. Le tremplin d’un tel réalisme porte en lui le sceau d’un cocktail d’inspiration, d’engagement, de volonté, de transpiration et de capacité d’adaptation, susceptibles de muer en une dynamique positive. La mise en perspective du fait socio-politico-militaire pour son institutionnalisation dans le corpus de la gouvernance du Mali Kura insufflera une dynamique inéluctable dans la refondation de la Nation malienne. La pérennisation de ce triptyque institutionnel est gage d’une stabilité durable.

Ainsi, les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) prendront toute leur place dans l’édification du Mali Kura que nous appelons de nos vœux. Loin de paraître une disposition qui nous est étrangère, l’avènement du triptyque institutionnel socio-politico-militaire s’avère le marqueur essentiel des types de gouvernance qui ont prévalu au sein de nos grandes aires socioculturelles du Ghana, du Mali, du Songhoy aussi bien que sur nos territoires de résistance à la pénétration coloniale (Khasso, Kaarta, Birgo, Bélédougou, Méguétan, Djitoumou, Ouassoulou, Kénédougou, Miangala, Baniko, Ségou, Macina, Pays Bobo, Plateau Dogon, Séno, Tacoubao, Iwllimidden).

Les Ngana, les Tonta Jon, les Wangari, les Ton Jon, les Sofa, les Ardo… étaient les corps « spécialisés» dans les travaux guerriers pour la défense et la protection de leurs familles, de leurs cités, de leurs terroirs, de leur province et de leur nation. Ainsi, dès que la stabilité revenait, ils rejoignaient leurs espaces de production agricole, pastorale, aquacole ou cynégétique. Cette dernière activité reste l’apanage des chasseurs ‘Donso’.

Aujourd’hui, nos experts de la guerre sont nos Forces de Défense et de Sécurité (FDS). Le meilleur gage de reconnaissance pour cette catégorie est de renforcer sa posture heureuse actuelle en la hissant durablement sur le podium du triptyque institutionnel de la gouvernance socio-militaro-politique à substrat endogène adaptée à la modernité.

 

Dr. Alassane Diarra

Expert: Développement rural durable

Comité de Pilotage d’Espoir Mali Koura – EMK, Magnambougou 202 rue 372, CVI

Bamako, le 11 juillet 2022

Source: Mali Tribune

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