Général Yamoussa Camara, à propos de l’affaire dite des bérets rouges : « Le procès fait peur au gouvernement….»

L’ancien ministre de la Défense et des Anciens combattants, ex-Chef d’Etat-major particulier du Président de la République, Général Yamoussa Camara, mécontent du report du procès du Général Amadou Haya Sanogo.

 

Dans un Tweet posté le 9 janvier 2020 à 17h 53 mn, le ministre de la Communication, chargé des relations avec les institutions, porte-parole du gouvernement, Yaya Sangaré, annonçait le report du procès de l’affaire dite des bérets rouges en ces termes : « En raison des contraintes majeures liées à la préservation de l’ordre public et de la cohésion au sein des Forces Armées mobilisées pour la défense de la patrie, le procès Amadou Aya Sanogo, prévu pour ce 13 janvier est reporté à une prochaine session de la Cour d’Assises de Bamako ». Par la suite, un communiqué signé par le Procureur général près la Cour d’Appel confirmait le report d’un procès suivi de près à l’échelle nationale et internationale.

Si l’Association Malienne des Droits de l’Homme (AMDH) et la Fédération internationale des ligues des Droits de l’homme (FIDH) appellent à une nouvelle date du procès, ce report a suscité le courroux du général Yamoussa Camara, ancien ministre de la Défense et des Anciens combattants, mis en liberté pour des raisons de santé après plus de quatre (4) ans de détention. Dans une tribune intitulée : « La rançon de l’imposture », publiée par le journal en ligne « Malicanal », le Général Camara s’insurge contre le mensonge d’Etat et se présente comme la victime de la vanité et de l’orgueil démesuré. « Aucune imposture ne devrait plus prospérer dans cette affaire des bérets rouges. En outre, aucun mensonge n’est éternel. Pour s’être un peu trop engoncé dans la désinformation de façon inconsidérée, le procès fait peur au gouvernement. Celui-ci se tord et se torsade pour faire peur à la justice qui organise le procès. C’est le triptyque de l’absurde », dénonce-t-il.

Je refuse d’être un essuie-pieds politique du régime d’IBK…

« Pourquoi autant de frilosité ? », s’interroge-t-il. Dans sa réponse, le Chef d’Etat-major de la Garde nationale avant le coup de force militaire du 22 mars 2012 voit une manœuvre du gouvernement de protéger les vrais complices. Le Général Yamoussa Camara cite nommément le Général Oumar NDaou, Chef d’Etat-major particulier du Président de la République, ancien Sous-chef d’Etat-major chargé des opérations à l’Etat-major général des armées, le Général Ibrahim Fané, Secrétaire général du ministère de la Défense et ancien Chef d’Etat-major de l’Armée de Terre et le Général Didier Dakouo, ambassadeur du Mali en Chine et ancien Chef du Poste de commandement opérationnel (PC) à Sévaré. « Parce que l’échafaudage du gouvernement qui a consisté à protéger les vrais complices (Gal Oumar NDaou, le Gal Ibrahim Fané, le Gal Didier Dakouo et autres) s’écroulerait comme un château de cartes. Je refuse de payer à leur place. Je ne serai plus une victime résignée : 6 années de séquestration et de lynchage médiatique », écrit Yamoussa Camara.

L’ancien ministre de la Défense affiche sa détermination à se battre pour son honneur et sa dignité. « On m’a accusé de tous les péchés d’Israël. Je refuse d’être un essuie-pieds politique du régime d’IBK. Je refuse d’être accusé d’un crime simplement par la vanité des hommes. Je refuse de vivre dans l’opprobre. Le Gal Yamoussa Camara est un homme d’honneur et de devoir. Victime de l’orgueil démesuré de prédateurs débridés, il se bat pour son honneur et sa dignité. Le gouvernement qui bat tous les records d’impopularité ne pouvait se permettre un tel spectacle, un tel procès. La communauté humaine serait abasourdie devant un tel échafaudage, un tel déni de justice. Ce pays est notre patrimoine commun. Si nous nous couchons, nous sommes morts. Demain, à qui le tour ? Menons ensemble le combat contre l’imposture! Battons-nous pour la vérité, la justice et la liberté. Il n’y a pas de liberté sans sécurité juridique. Battons-nous pour le droit et l’État de droit ! », souligne-t-il.

Une affaire encombrante pour IBK

Une affaire encombrante pour le Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta et son gouvernement. Interrogé par Jeune Afrique en juillet 2019 sur la date du jugement du général Amadou Haya Sanogo, le président IBK avait répondu : « Vous m’avez déjà posé cette question et je vous fais la même réponse : au Mali, la justice est indépendante. En ce qui me concerne, je souhaite qu’il soit jugé dès que possible, mais le temps de la justice n’est pas celui des hommes ».

À cette autre question de l’hebdomadaire parisien, « Votre nouveau ministre de la Défense, le général Dahirou Dembélé, est cité dans le cadre de l’affaire dite des bérets rouges. Cela vous pose-t-il problème? », Le chef de l’Etat répond : « Aucun. Il n’est pas, que je sache, inculpé ». Cette réponse est plus qu’étonnante de la part d’un président de la République qui semble ne pas être suffisamment informé sur ce qui se passe réellement dans son pays. Quand le général Ibrahim Dahirou Dembélé a mis sur la table sa démission vers le 19 décembre dernier pour se mettre à la disposition de la justice, le président de la République a su qu’il reste inculpé en dépit de la levée de son contrôle judiciaire.

Une mise en liberté imminente du général Sanogo ?

Le président du Mouvement patriotique pour le Renouveau (MPR), Dr Choguel Kokalla Maïga, estime que le général Sanogo et ses co-accusés doivent être jugés ou libérés. « A ce même Congrès, en décembre 2016, le MPR avait demandé de vider le dossier de Sanogo et ses co-accusés. Il n’est pas acceptable de garder en détention des citoyens des années durant sans jugement. Notre position n’a pas changé. Sanogo et ses co-accusés doivent être jugés ou libérés, pour qu’on tourne la page et qu’on aille vers une vraie réconciliation et le pardon au sein des FAMA. Toute autre démarche ne procède que des règlements de comptes entre anciens amis et alliés, dont le peuple malien n’a nullement besoin », a-t-il confié à notre confrère du quotidien « L’indépendant ».

Va-t-on vers un règlement politique de ce dossier sous le couvert de la loi d’entente nationale ?

En attendant, tous les regards sont tournés vers la Chambre d’accusation de la Cour d’Appel qui doit incessamment se prononcer sur la demande de mise en liberté formulée par les avocats du Général Sanogo. D’ores et déjà, les avocats de la partie civile ne s’opposeront pas à cette requête. Il reste évidement la position du Parquet général. Va-t-il s’opposer ?

Le général Amadou Haya Sanogo, placé sous mandat de dépôt depuis le 27 novembre 2013, n’a jamais été aussi proche de la liberté que maintenant.

Chiaka Doumbia

Source : Le Challenger

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