Focus : Coups de gueule !

Il ne manquait plus que ce désaveu de figures emblématiques de l’ADEMA pour parachever le chemin de croix de IBK qui n’a lésiné sur aucun moyen pour conjurer le puissant rejet suscité par sa candidature à une réélection. La colère de Richard TOE, Ali Nouhoun Diallo et de tous les signataires de la déclaration du 19 juillet est certes d’expression tardive mais elle vient légitimer le refus ultra majoritaire de la Conférence sans débat qui a décidé au forceps d’aligner le PASJ derrière le président-candidat. 

Le fiasco de l’accueil et du meeting de IBK au stade Makoro à Sissoko en dit long sur le faible écho de cette alliance opportuniste auprès des militants du parti de l’abeille. Sinon comment comprendre que dans une ville (Kayes) où IBK a engrangé en 2013, 75000 voix contre 14000 au candidat de l’ADEMA leur union ne puisse remplir un stade de 12000 places ?

Les signataires de la protestation contre le soutien à IBK sentent bien que la mayonnaise n’a pas pris et redoutent que la direction actuelle ne précipite le parti dans le gouffre au bout d’une campagne laborieuse et à l’issue incertaine. En politiques avertis, ils savent bien que l’ADEMA n’a rien à gagner d’une victoire du président sortant, au-delà de quelques carrières individuelles à consolider ou à relancer. Un membre fondateur soutenait fort à propos que IBK s’est royalement passé des avis de l’ADEMA au cours de son premier mandat, quel intérêt a-t-il à être plus attentif au compagnonnage au moment où aucun enjeu électoral ne se présente à lui après l’obtention d’un second mandat ? Et si le pays optait pour l’alternance,  le nouveau pouvoir fera payer la bande à Tiémoko jusqu’au dernier kopeck son alliance avec le RPM.

Pour en arriver à ce soutien qui porte les prémices d’un désastre pour l’ADEMA, le Comité Exécutif aura cédé à IBK ce qui ne fut jamais concédé à Alpha Oumar KONARE qui s’est soumis à un vote sur sa candidature à défendre les couleurs d’une formation politique dont il est un des pères fondateurs. Rester dans les bonnes grâces de Boua vaut quelques entorses aux statuts du parti et aux règles démocratiques. Le choix fut fait dans un climat d’intimidation et sous haute protection policière, rien n’étant de trop pour complaire au président IBK.

La renaissance du PASJ prônée par les pétitionnaires se fera, demain, au prix d’un élagage indispensable à son sommet. Jamais un parti n’a autant abandonné ses valeurs pour se transformer en un GIE de cogestion marginale du pouvoir en renonçant de concourir à sa conquête. Terrible destin pour une formation politique qui avait vocation à être un phare et qui s’est transformé en un risible club de soutien.

Le coup de gueule des « historiques » n’est pas le seul caillou dans les mocassins bien vernis de Boua. La révélation par le Directoire de campagne de Soumaïla Cissé de graves anomalies sur le fichier électoral qui recélerait un potentiel de 1.200.000  électeurs fictifs vient semer le trouble sur les intentions réelles du pouvoir. L’aveu du Directeur général des Élections, le général Siaka Sangaré, même sous l’euphémisme « d’erreur informatique » entache désormais la sincérité des organisateurs du scrutin.

Pourquoi attendre que ce soit l’opposition qui, à une semaine du vote, découvre la manipulation d’un fichier censé avoir été audité et donc sanctuarisé jusqu’à l’élection ? Ou faut-il accréditer l’idée d’un fichier électoral parallèle qui ouvrirait la voie à toutes les suspicions ?

Cet épisode obscur éclaire sans doute d’un jour nouveau l’élection présidentielle de 2013 où les scores lénifiants de 39% et 77% au premier et second tour cachaient une fraude organisée avec les cartes NINA notamment les 900.000 cartes soustraites à tout contrôle. En 2013, une protestation trop véhémente pouvait coûter cher à tout politique sous une junte militaire mobilisée en faveur de la victoire de IBK.

Cinq ans après, la fraude n’est plus couverte par l’impunité et l’élection placée sous haute surveillance de nos partenaires comme l’union Européenne ou l’union africaine, même si cette dernière se signale par son silence depuis la dénonciation de la manipulation du fichier électoral.

Ce vol programmé permet de mieux comprendre la sérénité qu’affiche le camp du président sortant contre l’évidence des dynamiques de campagne largement défavorables à Boua.

Le Takokelen dans la bouche d’un candidat qui mobilise très moyennement tout en ayant fait l’impasse sur des pans entiers du territoire national pendant sa compagne ? Il est vrai qu’avec plus d’un million de voix d’avance, soit plus de 12% des inscrits, on ne participe pas à la même élection que ses concurrents. Le pot aux roses découvert  chacun sait désormais à quoi s’en tenir.

A l’opposition d’imposer les corrections nécessaires et aux citoyens de ne pas transiger avec le respect de leur vote.

C H Sylla

Source: L’ Aube

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