Enquête sur la mort de l’agresseur du président: L’État peut-il être en même temps juge et partie ?

Suite au décès de l’auteur de la tentative d’assassinat du président Assimi Goïta, le débat est de plus en plus ouvert avec des positions contradictoires au sein de l’opinion.  Mais de l’avis des spécialistes des questions du droit, il ne revient pas à l’État d’ouvrir une enquête autour des circonstances ayant conduit au décès de celui-ci ; c’est aux parents de la victime d’exiger une autopsie. La faire, l’État se met dans un rapport “juge et partie’’, selon un spécialiste.  

 

C’est le dimanche 25 juillet 2021 dans un communiqué que le gouvernement a annoncé la mort de l’agresseur du président de la Transition. Dans ce communiqué, les autorités ont rappelé “toutefois que son décès ne fait pas obstacle à la poursuite de l’enquête’’. Cependant, l’identité de l’intéressé n’est toujours pas connue, et ni ses parents ni  ses proches n’en font cas. C’est le doute absolu qui gagne l’opinion.   

C’est après la grande prière du jour de la fête que cet individu encore méconnu a tenté de poignarder le président de la Transition. Mis à la disposition des services de la sécurité d’État, le gouvernement annonce environ une semaine après le décès de l’auteur de cette tentative d’assassinat.  

 

Selon le communiqué des autorités de la Transition, c’est au cours “des investigations qui ont permis de mettre en évidence des indices corroboratifs des infractions sus visées, que son état de santé s’est dégradé’’. “Une autopsie a été immédiatement ordonnée pour déterminer les causes de son décès’’, précise le document.  

 

Par ailleurs, le gouvernement annonce que les premiers indices collectés et les informations recueillies indiquent qu’il ne s’agissait pas d’un élément isolé. L’enquête se poursuit sur l’affaire, souligne également le communiqué.  

Le silence sur l’identité de l’agresseur et sa mort laissent planer un véritable doute. Selon un spécialiste, l’issue de cette affaire peut mettre en cause la crédibilité des autorités de la transition. Selon un juriste malien interrogé par le journal studiotamani.com, le gouvernement agit en juge et partie.  

“Dans le principe même, ce sont les parents de la victime qui devraient demander à ce qu’il y ait des autopsies. Si le gouvernement se propose de faire une autopsie, c’est comme si le gouvernement joue le rôle de juge et partie. Ce qui donne un sacré coup à la crédibilité de l’affaire aux yeux de l’opinion vu le mode d’opération à la grande mosquée, un couteau qui arrive à franchir le cordon sécuritaire. Il y avait déjà une certaine légèreté dans l’action, et vu que le suspect est aujourd’hui décédé, va encore susciter plus de doute’’, a expliqué Abdourahmane Ben Mamata Touré, avocat au Barreau malien.   

 

Du côté de la population, des questions restent sans réponses et les avis divergent sur le sujet. Certains estiment qu’en agissant ainsi, l’agresseur s’est lui-même donné la mort alors que d’autres demandent au gouvernement de faire la lumière sur les circonstances du décès.  

“Je m’attendais à tous sauf son décès. Est-ce qu’il n’y a pas une complicité là-dessus?’’, s’interroge un citoyen. “Qu’on nous donne le nom, le prénom et l’ethnie du monsieur, car on ne le connait pas’’, réclame un autre. Un troisième de prononcer : “il faut que le gouvernement dise la vérité à la population, car tout est flou’’.   

Ce citoyen, toujours au micro de studiotamani.com, “pense qu’il s’est lui-même donné la mort en agissant de la sorte, c’est à dire essayer d’égorger le président. « L’agresseur du président doit être même tué parce qu’il a agressé le président dans la mosquée, ce n’est pas joli à voir’’. « Je dirai que les autorités ne se sont pas assumées. Sinon des trucs comme ça, on devait le tirer au clair et situer les responsabilités. On ne peut pas comprendre qu’en si peu de temps, le Monsieur a succombé’’, a émis le doute, un dernier.  

Bourama Kéïta  

Source : LE COMBAT

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