Dialogue national inclusif : Le processus démarre sans une grande partie de la classe politique, de la société civile et de l’ex rébellion

Le Dialogue national inclusif a démarré, hier, lundi 7 octobre 2019, sur toute l’étendue du territoire national du Mali principalement dans les 611 communes retenues par les organisateurs. Mais forces est de reconnaitre que plusieurs partis politiques, des regroupements de partis politiques, des membres de la société civile ne prennent pas part à ce processus. Parmi ceux qui ont refusé d’y participer, on peut citer entre autres : le Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD), piloté par le chef de file de l’opposition malienne, l’honorable Soumaïla Cissé, la CNAS Faso Hèrè de l’ancien Premier ministre, Soumana Sako, la Plateforme « ANW KO MALI DRON », présidée par l’ancienne ministre, Mme Sy Kadiatou Sow, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA).

«Bonjour chers membres du Comité national d’Organisation du Dialogue national inclusif. Je suis en mesure de vous confirmer à partir de cet instant que les concertations se tiendront dans les 611 COMMUNES RETENUES les lundi 07 et mardi 08 octobre 2019. Les concertations dans les cercles et dans les 6 communes du District de Bamako se tiendront les lundi 14 et mardi 15 octobre 2019. Les concertations dans les régions, dans le District de Bamako et dans les Ambassades et consulats auront lieu les 21 et 22 octobre 2019. La date de la réunion niveau national sera fixée ultérieurement », a souligné le Président du Comité national d’Organisation du Dialogue national inclusif, l’Ambassadeur Cheick Sidi Diarra, le week-end dernier dans un communiqué. Contacté par nos soins, hier dans l’après midi, le maire d’une commune nous confirme effectivement le démarrage du dialogue national inclusif dans sa commune. Mais le hic dans tout cela, c’est qu’une frange importante de la population malienne refuse de participer à ce dialogue national inclusif dont l’un des buts est de diagnostiquer les maux dont souffre le Mali et de proposer des solutions de sortie de crise. Parmi ceux qui ont refusé d’y participer, on peut citer entre autres : le Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD), piloté par le chef de file de l’opposition malienne, l’honorable Soumaïla Cissé. Le FSD est un regroupement de partis politiques composé entre autres de l’URD, du FCD, du CNID FYT, du MODEC, du MPR, du FAD etc. La Plateforme « ANW KO MALI DRON », présidée par l’ancienne ministre, Mme Sy Kadiatou Sow, regroupant l’Adema Association, le parti Fare Anka Wuli de l’ancien Premier ministre, Modibo Sidibé, refuse également d’y participer. Idem pour la CNAS Faso Hèrè de l’ancien Premier ministre, Soumana Sako. La Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), le plus grand regroupement armé au nord du Mali a décidé de suspendre aussi sa participation. « Excellence Monsieur le Président de la République reprenez la main. Il y a la quelque chose qui ne va pas. Le CNID, FSD, URD, MPR, MODEC, FAD, MSR, FARE, SADI, RpDM, ADP, CNAS, de nombreuses organisations de la Société civile, la CMA ….ne peuvent pas tous refuser de participer au Dialogue National Inclusif s’il n’y a pas un problème », a indiqué Souleymane Dé, Professeur de droit à la Faculté de droit de Bamako.

Que vaut donc le dialogue sans un pan important de la nation malienne ?

« La CMA suspend sa participation aux travaux sur le Dialogue National Inclusif suite aux propos du Président de la République qui officialisent la possibilité de rediscuter de certaines dispositions de l’accord pour la paix », a tweeté, le mardi 24 septembre dernier, Mossa Ag Attaher, le porte parole de l’ex rébellion. En effet, le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) dans son adresse à la nation lors de la célébration du 59ème anniversaire de l’accession du Mali à l’indépendance, n’exclut pas une relecture de certaines dispositions de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger. A l’occasion, le président a réaffirmé « l’attachement du gouvernement malien à cet accord, quitte à en discuter certaines dispositions, l’essentiel étant d’en conserver l’esprit ».

Le Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD), le principal regroupement de l’opposition et dirigé par Soumaïla Cissé, a décidé, le samedi 21 septembre dernier, de ne pas participer au dialogue national inclusif. La décision a été prise suite à la non-prise en compte des propositions du FSD pour la réussite du Dialogue national inclusif par l’atelier de validation des Termes de référence tenus du 14 au 16 septembre dernier. Pour la réussite du dialogue national, le FSD avait soumis plusieurs propositions à l’atelier de validation des Termes de référence. Ces propositions sont, entre autres , revenir au concept de Dialogue national inclusif ; évaluer l’utilité de tous les participants et allier l’inclusivité à la représentativité paritaire, tant de la majorité, de l’opposition que de la société civile, en évitant la surreprésentation de l’État qui devrait se limiter strictement à la facilitation logistique, sécuritaire et budgétaire; préciser à l’avance le processus décisionnel qui devrait être sanctionné par une majorité qualifiée des trois quarts (3/4), à défaut de consensus sur un point donné; débattre sur les raisons des retards et blocages de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger et, le cas échéant, envisager sa relecture ; apprécier l’opportunité et la pertinence de la révision constitutionnelle en ce moment en raison, entre autres, de l’absence de l’État à Kidal et dans bien des localités du centre et du nord, de la persistance voire l’aggravation de l’insécurité ; et de la nécessaire mise en place des règles et mécanismes permettant la transparence des consultations électorales ou référendaires. Le FSD a également voulu que soit affirmé clairement le caractère exécutoire et contraignant des résolutions adoptées; mettre en place le mécanisme d’un Comité de suivi indépendant et participatif. «Nous sommes au regret de constater que nos espoirs d’un véritable « Dialogue national inclusif », franc, sincère, démocratique et participatif, s’amenuisent de jour en jour, alors que notre Nation recherche, au travers de cet exercice, une ultime opportunité de faire le point de la crise multidimensionnelle, et de définir les fondements d’un Mali nouveau », a indiqué Soumaïla Cissé. Les partis politiques membres du FSD ont également fait un a un leur communiqué signifiant qu’ils ne prendront pas part au dit dialogue en l’occurrence l’Union pour la République et la démocratie (URD) qui demande à ses militants à travers un communiqué en date du 04 octobre 2019 de ne pas pendre part à quelque niveau que ce soit au dialogue national inclusif.

Le 12 septembre, à la veille de l’atelier de validation des termes de référence du dialogue national, la plateforme Anw Ko Mali Dron (AKMD) composée de plusieurs partis politiques et organisations de la société civile dont l’Adema Association, les Fare-Anka Wuli… a décidé de ne pas participer à l’atelier afin de ne pas cautionner le lancement d’un « dialogue politique inclusif » administré.

Selon le parti de Soumana Sako, le dialogue politique inclusif devenu dialogue national inclusif n’a pour seule motivation et finalité que de chercher les voies et moyens d’une « légitimation » de l’Accord d’Alger. En outre, la CNAS de Soumana Sako précise que le dialogue politique inclusif est aussi un cheval de Troie pour faire entériner le projet de « révision constitutionnelle ». Selon le parti CNAS FH, le dialogue politique inclusif ne saurait être autre chose que de la poudre aux yeux. « Au regard de tout ce qui précède, le Bureau Politique National du Parti de l’Avant-garde militante et révolutionnaire du Peuple malien décide de ne pas participer au soit disant ‘’dialogue national inclusif/dialogue politique et social inclusif », indique la CNAS dans un communiqué de presse en date du 5 juillet 2019.

Le président de l’Alliance démocratique pour le peuple malien (ADEPM), Dr Aboubacar Sidick Fomba rejette aussi le Dialogue nationale inclusif qui, selon lui, n’est pas souverain.

Au regard de tout ce qui précède, des voix s’élèvent pour demander le report du dialogue national inclusif afin que toutes les forces vives de la nation malienne puissent prendre part au processus. Les personnalités chargées de conduire le processus du dialogue national (le Pr Baba Akhib HAIDARA, Médiateur de la République ; Ousmane Issoufi MAIGA, ancien Premier ministre et Aminata Dramane TRAORE, ancien ministre et l’Ambassadeur Cheick Sidi Diarra du Comité national d’Organisation du Dialogue national inclusif) devraient donc prendre acte !

Aguibou Sogodogo

SourceLerepublicainmali

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