Sans Tabou: Bourbier de la corruption, le piège suicidaire du gouvernement

Depuis quelques semaines, les dénonciations de détournement ou de mauvaise gestion des biens de l’État se multiplient, notamment celle des hélicoptères PUMA et des équipements militaires. Malgré tout, aucune action judiciaire n’est annoncée ou entreprise pour élucider ces différentes affaires malgré l’assurance donnée par le ministre porte-parole du gouvernement, Yaya Sangaré. Face à l’inaction et au silence entretenus par les autorités nationales autour de ces affaires du moins rocambolesques, la grogne sociale s’amplifie.

Mieux que les différentes mises en garde et les appels à l’action des autorités face aux affaires de corruption qui éclaboussent le pouvoir en place, l’Association ‘’Appel patriotique : soutien à l’armée malienne’’ appelle déjà à des manifestations à l’intérieur et à l’extérieure du pays, les 24 et 31 août prochains. À Bamako : un lieu de regroupement unique (le Boulevard de l’indépendance). À l’intérieur, l’association appelle le peuple épris de justice et de liberté à prendre d’assaut les gouvernorats de région et enfin à l’étranger, les manifestants sont appelés à se mobiliser devant les consulats.
Selon des organisateurs de ces manifestations anti-corruption, face à l’autisme d’un régime qui continue de cacher ses faiblesses et son incompétence par la promotion de ses propres opposants, seule la mobilisation de l’opinion permet de voir le bout du tunnel.
Par son immobilisme, le Mali est en train de perdre toute sa crédibilité face à ses partenaires, dans un contexte d’insécurité grandissante et de lutte contre le terrorisme. Et pour cause ?
Dans une interview, encore non démentie, le diplomate allemand en fin de mission au Mali, S.E Dietrich Becker ” confiait à nos confrères de l’Indépendant : « Je n’encouragerais pas un Allemand à investir au Mali vu l’état de corruption de la justice ». Le diplomate qui dit pourtant aimer « beaucoup le Mali », a poursuivi : « Malheureusement, à l’heure actuelle, si un investisseur allemand me demande conseil pour investir au Mali, je me sens obligé de lui répondre ‘’non’’ ». Et pourquoi ? Selon lui, « le secteur formel est étouffé par la corruption ». Un investisseur de son pays n’a pas de chance « de sortir victorieux d’un verdict de la justice malienne ». Depuis, cette accusation qui a fâché les deux syndicats de la magistrature, les dénonciations de corruption se suivent sans aboutir à une action judiciaire concrète.
Il s’agit d’abord du rapport d’audit commandité par les partenaires du Canada réalisé sur la période 2005-2017. Il dénonce qu’un montant de 1,13 milliard d’euros (environ 700 milliards de F CFA) a été dépensé de manière irrégulière par les autorités maliennes au cours de la période indiquée. Ce montant représente, selon le même document, 4,4% des dépenses totales du gouvernement au cours de la période allant de 2005 à 2017.
À la suite, d’autres affaires de soupçon de détournement des deniers publics font surface : ainsi, dans son rapport 2018, le VGAL fait état de mauvaise gestion et d’irrégularités financières aux Aéroports du Mali d’un montant de plus d’un milliard de francs CFA ; l’affaire des hélicoptères cloués au sol ‘’faute de maintenance appropriée’’ ; l’acquisition des équipements militaires mettant principalement en cause l’ancien Premier ministre et d’autres personnalités perchées au sommet de l’État…
Suite à plusieurs appels en direction des autorités pour élucider les ces affaires, des regroupements de partis politiques et d’organisations de la société civile, le gouvernement, par la voix de son porte-parole, non moins ministre de la Communication, Yaya Sangaré, s’est voulu rassurant, sur sa page Twitter que justice sera faite ‘’suite sera donnée aux révélations faites sur l’achat des hélicoptères PUMA. Toute la lumière sera faite, les responsables nationaux et extérieurs seront identifiés et punis conformément aux lois de la république, à la gravité des faits incriminés’’.
Au regard de la tension qui couve à cause de la convergence de plusieurs facteurs socio-économique, les autorités nationales, par leur silence et inaction, se barricadent dans un piège pouvant leur être fatal.

Par Sidi DAO

Source: info-matin

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