Compassion et condamnations unanimes des Maliens

100 jours que le président de l’URD Soumaila Cissé, chef de file de l’opposition, est entre les mains de ses ravisseurs. Pour ce numéro Spécial, nous avons recueilli les impressions de certains de nos compatriotes. Tous compatissent sur son triste sort et condamnent cette situation qui perdure.

Dramane Siaka Coulibaly, enseignant: «100 jours de déshonneur et de désespoir»

«Ces 100 jours sont ceux du déshonneur et du désespoir, pour tout le peuple malien, et surtout pour la famille de Soumaïla Cissé, toute l’opposition politique et son parti l’URD. Donc, nous devons tous cesser de croire à cet État, censé sécuriser les citoyens ; leurs biens et l’intégrité territoriale. C’est dans ce pessimisme viscéral, qu’est longuement tant attendu par tous ses proches et collaborateurs, le retour sain et sauf du chef de file de l’opposition. Le président de l’URD est une personnalité influente, ayant servi le Mali et la sous-région. En toute responsabilité, tous les efforts devraient se converger autour de sa recherche, même s’il fallait reporter les élections législatives lors desquelles il a été enlevé. Les autorités ont menti au peuple malien en leur disant que les élections étaient sécurisées. En somme, l’Etat étale sur la place publique son incapacité à protéger les citoyens. Les 100 jours de détention pour un chef de famille, de surcroit une personnalité politique comme Soumaïla Cissé sont tout simplement inadmissibles ».

Bintou Doucouré, commerçante: «mon cœur saigne quand je pense à sa situation»

« J’imagine dans quelles conditions Soumaïla Cissé vit tout ce temps entre les mains de ces hommes sans foi, ni loi. Pire, depuis son enlèvement, aucun signe de vie et nous ne connaissons pas les vrais ravisseurs. Vous savez, mon cœur saigne quand je pense à cette situation. Par ailleurs, son enlèvement nous enseigne que nous sommes dans un pays où les dirigeants ne contrôlent rien. L’insécurité règne partout même ici à Bamako. Et puis ce qui est plus choquant, malgré les sollicitations des appuis de la communauté internationale avec ses forces, à savoir la MINUSMA et Barkhane, Soumaïla Cissé reste introuvable pendant 100 jours avec ses ravisseurs. Vraiment c’est étonnant et triste. Nous demandons au Bon Dieu de nous ramener Soumaila Cissé sain et sauf, sinon les autorités sont incapables qu’on le veut ou non. Sinon il y a eu des mobilisations partout mais sans suite ».

Djibril Traoré, un étudiant malien à l’extérieur : «Soumaïla Cissé ne mérite pas ça»

«100 jours entre les mains des djihadistes c’est trop et Soumaïla Cissé ne mérite pas ça. Pour moi, c’est l’État qui a failli, car il n’arrive pas à sécuriser ses populations et leurs biens. D’ailleurs, c’est pourquoi je donne raison au M5-RFP. Parce qu’un président de la République doit être capable de sécuriser son peuple et s’il n’arrive pas qu’il démissionne. Même à Bamako, il n’a pas de sécurité à plus forte raison dans le Centre et le Nord du pays. Nous savons tous que l’État n’existe pas dans ces endroits. Certes, Soumaïla Cissé est entre les mains de ces bandes, mais lui aussi devrait connaître la réalité de son pays pour aller faire ses campagnes sans escorte militaire. Mais cela n’est pas important. Le plus important c’est que les autorités du Mali notamment IBK fassent tout pour ramener son cadet sain et sauf.».

Ousmane Diarra, carreleur : « Ce qui est arrivé à Soumaïla Cissé, c’est du jamais vu »

« Ce qui est arrivé à Soumaïla Cissé c’est du jamais vu. Mais quelle qu’en soit la situation on doit réfléchir pour en tirer les enseignements. Aujourd’hui, ça fait 100 jours exactement que Soumaïla Cissé est entre les mains des terroristes non identifiés. Ce qui n’est pas du tout normal. Face à cette insécurité grandissante, pour moi, ce sont les populations qui en souffrent le plus surtout celles qui vivent dans cette partie du pays où l’État malien est carrément absent. Je suis convaincu que même si c’était IBK, il allait être enlevé par ces gens-là. Aujourd’hui, le Mali fait face à un défi sécuritaire, et les dirigeants doivent nous sécuriser au lieu de piller nos maigres ressources. Sans la sécurité, il n y a pas une vie paisible. Imaginez un peu comment vivent les populations dans le centre avec les attaques récurrentes. Bref, je demande à la communauté internationale à travers sa fameuse MINUSMA d’aider les autorités du Mali pour libérer Soumaïla Cissé dans un bref délai ».

Bassirou Ben Doumbia, analyste politique : « c’est un aveu d’impuissance de nos autorités »

 «100 jours de captivité de Soumaïla Cissé est un indicateur de l’insécurité de l’ensemble du peuple malien. Parce que Soumaïla Cissé, au-delà de la personnalité qu’il incarne en sa qualité de chef de file de l’opposition, est un Malien, un chef de famille. Donc, pour moi, 100 jours de captivité, sans qu’aucun Malien ne puisse dire exactement où il se trouve, c’est un aveu d’impuissance ou manque de volonté de nos autorités, de nos services de renseignements qui sont incapables de protéger même pas les hauts représentants de nos autorités à plus forte raison un citoyen ordinaire. C’est difficile de l’admettre, moi, je ne suis pas surpris, lorsque certains analystes parlent de rétention d’informations ou de règlement de compte au vu du laxisme dont l’État fait montre dans cette affaire. Pour moi, au même titre qu’IBK, Président de la République, le chef de file de l’opposition incarne également une Institution qui est un contre-pouvoir dans une République. IBK en tant que garant de la Nation ne peut pas se permettre de dire que bientôt Soumaïla Cissé serait parmi nous et que cela fasse plus de deux semaines sans aucune suite».

Propos recueilli par Seydou K. KONE

Source: Bamakonews

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