Climat de terreur politique : Les citoyens sont dans l’anxiété.

Que se passera demain ça et là ? C’est la grande question que les Maliens, complètement déboussolés par les violences qui n’en finissent pas, se posent. Angoisse légitime quand les plus hautes autorités se complaisent dans un silence complice.

Un homme qui crie n’est pas un ours qui danse, dit Aimé Césaire. On lui reprendrait volontiers sa phrase pour dire au président de la République et à son gouvernement que le peuple qui manifeste et proteste maintenant contre les injustices multiples et multiformes qui assaillent et malmènent la nation n’est pas un singe espiègle. C’est parce qu’il ne peut plus se complaire dans l’attitude du loup de Vigny. C’est parce qu’il est las de tant de vols, de détournements de deniers publics, de surfacturations éhontées, de concussions, de fraudes et hold-up électoraux sous le poids desquels est en train de crouler la république.

Alpha Oumar Konaté, qui eut le bonheur singulier d’être le premier président malien élu au suffrage universel en 1992, alors jeune ministre de la Jeunesse et des Sports, posait déjà publiquement, à la faveur de la clôture de la biennale artistique, culturelle et sportive, la grave question dans les années 80 : « Que reste-t-il à un peuple trahi, volé, pillé, trompé? Il ne lui reste que la violence. La violence ne découle jamais de rien… ». Il reprendra dans les colonnes du journal Les Échos les propos jugés virulents par le régime de l’époque. Mais, fait notoire qui vaut enseignements et pédagogie dans l’histoire politique de notre pays, le général Moussa Traoré voué aux gémonies par les chercheurs de pouvoir qui s’improvisaient démocrates n’adressera pas un mot de reproche à Alpha Oumar Konaré, a fortiori de le faire convoquer par la Brigade d’Investigations Judiciaires ou de le faire enlever par la Sécurité d’État. La roue de l’histoire a tourné. Aujourd’hui, du haut de ses 84 ans, le Général Moussa Traoré peut se contenter d’arborer les oripeaux de la vieille démocratie tandis que ses tombeurs, singulièrement le pouvoir actuellement en place, flottent dans la toge de « DÉMOCRATES SINCÈRES ET DE PATRIOTES INTRANSIGEANTS ».

Le régime d’IBK, par ses travestissements, donne tout l’air de croire qu’il a choisi de violenter et de terroriser les citoyens pour se maintenir. Ou, à sa décharge, il faut croire que le diablotin de la discorde s’est emparé des manettes de l’État pour imprimer au pays une navigation vers l’apocalypse. Mais le problème est que le diablotin ne fraie sa voie que là où les balises sont posées pour lui.

Dans la nuit du dimanche au lundi, 12 mai, alors que le couvre-feu avait été levé, sans que l’on sache exactement pourquoi, des bavures policières ont endeuillé la ville de Kayes : des morts, des blessés. Il y a quelque chose de pourri au royaume du Mali depuis 2013.

Ces bavures dans la cité des rails interpellent les consciences. Vingt-quatre heures avant les douloureux évènements, disons quelques heures seulement après l’annonce officielle de la fin du couvre-feu, Me Mountaga Tall avait appréhendé la situation en posant la bonne question : « Nul ne nous a dit pourquoi le couvre-feu a été instauré, ni pourquoi il est levé et encore moins après quelle évaluation. Était-ce utile ou inutile? Quel bilan peut-on en dresser? Hier, le pouvoir s’est sauvé sans la République. Aujourd’hui, il se sauve sans les Maliens ». L’instauration du couvre-feu est allée avec des violences. Dès la première nuit, un policier a été froidement tué à Bamako. Les nuits suivantes ont installé la terreur : braquages des citoyens peu respectueux du couvre-feu, pillages de magasins même fermés, courses-poursuites entre policiers et jeunes, jets de grenades dans les domiciles, provoquant des morts (cas de Vieux-Ba au Badialan III, et ce n’est pas le seul).

Ce qui est évident et que nul ne peut plus nier, c’est que le pouvoir a choisi la répression pour faire taire toute contestation. En réaction aux protestations post-électorales, il a envoyé les Forces spéciales tirer à balles réelles sur les populations à Sikasso. Acte prémédité s’il en est, car tout le monde sait pourquoi les Forsat ont été constituées et pour quelles missions. Des blessés graves souffrent toujours, dont certains porteront à vie les séquelles des balles. Toujours, on ne sait pas qui a donné l’ordre de tirer à balles réelles. Ponce Pilate a ses disciplines. Dans la foulée, Pr. Clément Dembélé est enlevé pour incitation à la violence et Nouhoum Sarr est interpellé pour propos diffamatoires. À qui le tour demain? Tout le monde. À moins que tous les patriotes, tous les républicains, tous les démocrates et tous les citoyens recourent d’eux-mêmes à la muselière pour arrêter toutes critiques et toutes contestations. Vive la démocratie !

Pendant ce temps, ceux qui sont auteurs de surfacturations et de détournements à hauteur de milliards de nos francs et dont les délits sont dûment documentés par les services compétents de contrôle sont soustraits des mailles de la justice qui souffre de mille obstructions et intrusions. Encore : Vive la démocratie !

Mais pour sauver ceux qui se trouvent être pris dans les perfides filets de l’État oppresseur, on pourrait demander au Général Moussa Traoré de venir dispenser à la télévision publique des cours de démocratie. Ceux d’en haut peuvent bien en profiter. Ils en ont urgemment besoin.

Malick Oumar Sow

Source: Le Combat
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