Baba Dakono sur la crise sécuritaire dans le Liptako-Gourma : « Nous avons des solutions qui sont dépassées »

L’hôtel Mandé a servi de cadre le samedi 27 juillet 2019 à une conférence-débat sur le thème « Les enjeux de la crise sécuritaire au Mali et dans le Liptako-Gourma ». Organisée dans le cadre du Tech Camp régional à travers le projet Voix de la Paix d’Equal Access International sur financement de l’USAID, cette conférence a été animée par Tiéma Hubert Coulibaly, Baba Dakono et Dr Mariam Maiga.

 

Une crise complexe et multidimensionnelle demandant des solutions immédiates et à long terme. C’est ce qui ressort des analyses des trois spécialistes invités pour discuter de la situation sécuritaire au Mali et au Liptako-Gourma.

Selon Baba Dakono, chercheur à l’institut d’étude de Bamako sur la sécurité en Afrique de l’Ouest, la crise sécuritaire au Mali et dans beaucoup d’autres pays a pris des proportions de plus en plus larges. D’après ses propos, « nous assistons à une expansion géographique de la menace ».  À ses dires, « nous avons des solutions qui sont dépassées ». Comme facteur aggravant de cette crise dans le Liptako-Gourma, il cite entre autres : l’atomisation des groupes terroristes qui recrutent parmi les populations locales, l’émergence de groupes intermédiaire, des attaques de plus en plus complexes et des cibles de plus en plus ambitieuses.

De son côté, Dr Mariam Maiga, directrice exécutive de la Coalition nationale pour la paix et la lutte contre la prolifération des armes légères, s’attèle à une analyse sur la situation des frontières. « Les frontières sont poreuses » et restent caractérisées par des trafics d’êtres humains, de drogues, indique-t-elle. Ce qu’elle déplore, c’est l’insuffisance de mesures prises et l’inefficacité des contrôles. Comme autre problème, elle évoque la multiplication des acteurs qui sèment la panique. Tous ces problèmes se ramènent, déplore-t-elle, à la mauvaise gouvernance, à la corruption, à la non-implication des acteurs chargés de la gestion de cette crise, au manque de mécanismes efficaces pour lutter contre la corruption, à la non-implication de la population dans les signatures d’accords, voire à la non-implication des femmes et des jeunes dans les prises de décision.  Des situations qui créent des frustrations qui aggravent la crise, remarque-t-elle.

Selon le jeune chercheur Dakono, la corruption est effectivement le facteur sur lequel prospère l’insécurité, sans pour autant qu’elle soit le seul. Il ne mâche pas ses mots et fait comprendre le drame dans cette situation. Les mesures prises pour contrecarrer la crise ne sont pas adaptées ou sont dépassées, indique-t-il. Cela, parce que les terroristes ont une longueur d’avance sur ces mesures.

Pour appuyer son analyse, il prend en exemple la création du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans dans les années 2014. Une création qui a coïncidé avec celle de la force conjointe du G5 Sahel.

À côté de cet aspect, M. Dakono a touché la question récurrente du désarmement des milices. Sur ce point, il incite à une analyse approfondie du contexte de création de ces milices. Le désir de protection de soi, voire de leur communauté reste, dit-il, la motivation principale.

Quant à Tiéma Hubert Coulibaly, ancien ministre de la Défense et des Anciens combattants, cette crise est le corollaire d’un problème d’articulation entre les féodalités anciennes et les nouveaux États. Dans son intervention, il a invité ceux qui demandent le départ des forces étrangères à ne pas faire d’amalgame. « C’est nous avons demandé à ces forces françaises de nous épauler quand ça n’allait pas. On ne peut pas se lever et demander leur départ. Il faut être cohérent », a-t-il invité.

S’agissant des efforts que fournissent les autorités dans la lutte contre cette crise sécuritaire, Baba Dakono ne fait aucun doute quant à ses efforts, mais il s’abstient à toute analyse sur le bilan du G5 Sahel puisqu’il s’agit d’une analyse assez complexe. Selon l’ancien ministre Coulibaly, la résolution de cette crise ne se fait pas en un seul jour. C’est une question de temps et nous ne pouvons pas l’inscrire dans un mandat politique.

Rappelons que les rideaux des activités du Tech Camp régional sont tombés le dimanche 28 juillet dernier par un concert et des séances de slams sur cette question de la paix. À cette occasion, plusieurs messages d’incitation à la paix ont été diffusés depuis l’acropole du Parc national de Bamako.

F. TOGOLA

Source : Le Pays

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