Mali : Rokia Traoré arrêtée en France à la demande de la justice belge

Selon son avocat, la chanteuse est détenue à la prison de Fleury-Mérogis en France. Un contentieux l’oppose avec son ex-compagnon sur la garde de leur fille.

 

 

La célèbre chanteuse malienne Rokia Traoré a été arrêtée en France en vertu d’un mandat d’arrêt européen émis par la justice belge, lié à un litige sur la garde de sa fille, née de père belge. L’information avait été donnée dès jeudi 12 mars par Radio France Internationale. Elle a été confirmée ce vendredi par l’avocat de la chanteuse, Me Kenneth Feliho, joint par l’Agence France-Presse.

 

Un mandat d’arrêt international

En effet, la chanteuse de 46 ans a été arrêtée mardi 10 mars à l’aéroport parisien de Roissy à sa descente d’un avion en provenance de Bamako, précisé son avocat. Selon Me Feliho, l’interpellation est liée à un mandat d’arrêt européen émis à Bruxelles pour « enlèvement, séquestration et prise d’otage ». Ce mandat d’arrêt découle du non-respect par la chanteuse d’un jugement rendu fin 2019 exigeant d’elle la remise de sa fille de cinq ans à son père belge, dont Rokia Traoré est séparée. Un juge d’instruction de Bruxelles est à l’origine de ce mandat d’arrêt, a indiqué à l’AFP le parquet de la capitale belge, sans autre précision.

Selon une longue note qui a été finalement publiée hier sur la page Facebook de Rokia Traoré, on apprend que le tribunal de première instance de Bruxelles avait décidé de confier « la garde exclusive » de l’enfant à son père. Une décision que la chanteuse a contestée « dès le départ », d’après Me Feliho, du barreau de Bruxelles. Elle avait interjeté appel du jugement de première instance. « C’est incroyable que le juge belge ait décidé que le lien de rattachement (de l’enfant) soit la Belgique, alors que son père vit à Marseille », dans le sud de la France, a poursuivi l’avocat.

De vives réactions

Rokia Traoré a été incarcérée après son interpellation et une audience est désormais prévue à Paris le 18 mars pour examiner la demande de remise de la chanteuse à la Belgique. Vendredi après-midi, une pétition en ligne à l’initiative du Collectif des Mères veilleuses (Mères monoparentales de Belgique) pour exiger la libération de Mme Traoré avait recueilli plus de 5 000 signatures. La pétition dénonce entre autres « les dysfonctionnements de notre justice belge à l’égard des mères monoparentales, (…) sans cesse tenues pour responsables du désintérêt et du désinvestissement des pères à l’égard des enfants ».

Sur Twitter, le hashtag #FreeRokia, Libérez Rokia, a été lancé jeudi 13 mars dans l’après-midi par le compte de la chanteuse malienne Rokia Traoré. Selon l’internaute Élimane H Kane « élevons nos voix pour le respect de sa dignité de femme, mère et artiste de rang mondial qui a porté la voix de la culture africaine partout. Elle a chanté l’unité africaine dont elle a aujourd’hui besoin, autour d’elle. » Pour Amy Dicko, sur Twitter : « Rokia Traoré est une ambassadrice de la culture malienne, nos autorités doivent réagir ! Il faut dire à notre ministre de la Culture que son boulot ne se résume pas à porter des grands boubous. » Le monde culturel n’est pas en reste : « Rokia Traoré est une ambassadrice de la culture malienne. Elle ne doit pas être traitée en criminelle », s’indigne Alioune Ifra Ndiaye, promoteur culture. L’économiste sénégalais Felwine Sarr va plus loin et crie « au scandale ! » dans une longue lettre postée sur Facebook. Il s’indigne notamment du fait que « cette affaire, bien que privée et qui devait le rester, est devenue politique (…) elle reflète l’état des rapports politiques, juridiques et symboliques entre l’Afrique et le reste du monde ».

Rokia Traoré, chanteuse et guitariste, est notamment connue pour son engagement en faveur des réfugiés et pour avoir été nommée en 2016 ambassadrice de bonne volonté par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). En attendant une décision de la justice française la semaine prochaine, la voix d’or du Mali a entamé une grève de la faim.

 

 

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