Otage au Mali, Sophie Pétronin appelle son fils à la rejoindre

Mal en point, l’humanitaire française encourage son fils à faire confiance à ses ravisseurs.

« Oui j’aimerais te voir ». C’est l’appel de l’otage Sophie Pétronin à son fils Sébastien. Le comité de soutien pour la libération de l’humanitaire française, retenue au Mali depuis décembre 2016, a rendu publique ce jeudi à midi un message enregistré en juin dernier. « On prend conscience que les jours sont comptés et qu’il faut continuer à mobiliser », nous dit son neveu Arnaud Granouillac pour expliquer pourquoi ils ont tant tardé à diffuser l’enregistrement.

Sur ces images, la médecin de 75 ans, otage depuis plus de 620 jours, apparaît affaiblie, les traits tirés. « Elle est de plus en plus fatiguée. Son état de santé se dégrade. On la connaît, on voit bien que c’est de plus en plus compliqué », nous confirme Arnaud Granouillac. La septuagénaire serait atteinte d’un cancer et de paludisme.

« Ceux que tout le monde appelle mes ravisseurs ont tout fait pour alléger ma souffrance »

Un voile sur la tête et vêtue d’une chemise claire, Sophie Pétronin s’exprime depuis ce qui semble être l’intérieur d’une tente. On la voit un sourire ému aux lèvres, écouter une intervention de son fils dans un média français. C’est à lui qu’elle s’adresse en premier. « Coucou Sébastien. J’ai entendu ton message », commence la Française avant d’enchaîner et d’encourager son fils à venir la voir au Mali, en lui assurant qu’il ne craint rien des personnes qui la détiennent : « Je pense que oui, nous pourrions nous voir. De mon côté, ceux que tout le monde appelle mes ravisseurs ont tout fait pour alléger ma souffrance, contrairement à d’autres qui sont de l’autre côté, là-bas en Occident. Oui, j’aimerais te voir »

Celle que ses proches décrivent comme « une grande dame, une battante » insiste sur la confiance que son fils doit avoir en ses ravisseurs : « Je sais pour avoir partagé leur vie pendant plus de 17 mois maintenant que s’ils donnent les garanties, s’ils assurent que tu peux venir en toute sécurité, alors tu peux les croire. »

« Jamais elle n’enverrait sciemment Sébastien dans un guet-apens »

La septuagénaire se dit « vraiment fatiguée » et détaille : « Ils ont pris soin de moi, ont fait tout ce qu’ils pouvaient au niveau médicament, au niveau nourriture ». En essuyant ses larmes, elle ajoute : « Ils m’ont respectée, ils m’ont bien soignée. »

« Si tu décides de me rejoindre pour un moment, je prends l’engagement devant toi et devant Dieu que ce n’est pas eux qui te feront quoi que ce soit. Ils ont une parole et ils la respectent. J’ai pu m’en rendre compte », tente-t-elle de convaincre.

Selon le neveu de Sophie Pétronin, ce discours n’est pas téléguidé par ses ravisseurs. « Ma tante a déjà perdu son fils aîné qui est décédé. Jamais elle n’enverrait sciemment Sébastien dans un guet-apens. Arnaud Granouillac en est persuadé : « Elle parle avec son cœur de mère et Sébastien l’a entendue avec son cœur de fils. On ne veut pas entendre parler d’une quelconque manipulation. »

« D’otage oubliée » à « otage sacrifiée »

Dans la suite de la vidéo, Sophie Pétronin s’adresse à Emmanuel Macron et lui donne son sentiment : « Aujourd’hui je me dis que vous m’avez oubliée. Bah c’est pas très grave, mais d’otage oubliée, je vais basculer dans otage sacrifiée ».

Depuis plusieurs mois, la famille de Sophie Pétronin dénonce l’inaction du gouvernement pour libérer leur proche des griffes du désert. En mars dernier déjà, son fils prévenait : « Je suis très attristé, on ne peut pas laisser faire ça, c’est ma mère. Avec le comité de soutien, on va se débrouiller par nos propres moyens… » Selon Arnaud Granouillac, les relations avec le Quai d’Orsay se sont depuis « aplanies » et tous partagent désormais « un objectif commun » : libérer Sophie.

Sébastien Chadaud-Pétronin semble toutefois avoir tenu sa promesse et devrait prochainement aller à la rencontre de sa mère au Mali. Les proches de l’humanitaire refusent d’en dire plus, évoquent à peine un « interlocuteur autoproclamé » mais restent mystérieux sur les conditions de cette « négociation ». « C’est une prise de contact pour que Sébastien voie sa mère en toute sécurité », précise-t-on.

« Si je devais mourir avant qu’on se revoie tous. Sachez que dans la vie, c’est comme ça »

L’objectif principal de cette visite au Mali sur les lieux de détention de Sophie Pétronin n’est pas de repartir avec, affirme Arnaud Granouillac : « Ce serait le plus beau des cadeaux, mais on ne rêve pas ». Sébastien Chadaud-Pétronin veut « peut-être échanger avec les personnes qui la détiennent », mais surtout que « sa mère voit enfin quelqu’un ». La fondatrice d’un centre pour les petits orphelins de Gao au Mali n’a « vu personne depuis 20 mois », déplorent ses proches.

Dans la vidéo tournée début juin mais seulement diffusée ce jeudi midi, Sophie Pétronin conclut : « Je vous aime et quoi qu’il arrive, si je devais mourir avant qu’on se revoie tous. Sachez que dans la vie, c’est comme ça, un jour nous devrons tous quitter cette terre. Nous sommes à Dieu et nous retournerons à Dieu seul. »

Le Parisien

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