Mise en œuvre de l’accord pour la paix: le groupe d’experts de l’ONU dresse un bilan mitigé

Dans une lettre en date du 6 août 2019, adressée au Président du Conseil de sécurité, le Groupe d’experts créé en application de la résolution 2374 (2017) du Conseil de sécurité sur le Mali reproche aux parties à l’Accord pour la paix de ne pas suffisamment s’y mettre pour sa mise en œuvre. Ni le gouvernement ni les groupes armés n’ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour aboutir à un résultat appréciable. Si la démission forcée du Premier ministre SBM en mai de dernier a donné un coup d’arrêt aux réformes institutionnelles, sur le plan du DDR, 63 000 combattants inscrits attendent toujours la mise en route de l’opération de désarmement, démobilisation et réintégration. Alors que les différents groupes armés font face à des rivalités internes, le trafic de drogues et de divers stupéfiants ainsi que des collusions avec des groupes terroristes reprennent leurs droits dans plusieurs localités du nord. Voici le résumé du rapport du groupe d’expert créé en application de la résolution 2374 (2017) du Conseil de sécurité sur le Mali.

Résumé

S’y étant pourtant engagées à la suite de la réélection du Président Ibrahim Boubacar Keita en août 2018, les parties signataires de l’Accord de 2015 pour la paix et la réconciliation au Mali n’en ont pas hâté la mise en œuvre. Si deux textes d’application ont été adoptés à cet effet et si l’opération d’intégration d’anciens combattants dans l’armée a débuté, quoiqu’avec six mois de retard, la démission du Premier Ministre et de son Gouvernement, le 18 avril 2019, est venue mettre un coup d’arrêt à des réformes institutionnelles fondamentales, 63 000 combattants inscrits attendant ainsi toujours la mise en route de l’opération de désarmement, démobilisation et réintégration.

La montée des violences dans le centre du pays et la multiplication des manifestations d’envergure à Bamako ont poussé à la démission le Premier Ministre Soumeylou Boubèye Maïga, à qui on s’accordait à reconnaître le mérite d’avoir donné un nouvel élan à la mise en œuvre de l’Accord. Ayant décidé d’ouvrir un dialogue politique sans exclusive le but en étant de dégager des solutions consensuelles aux crises institutionnelle et sécuritaire, le nouveau gouvernement n’a cependant confié de portefeuille ministériel à aucun membre des groupes armés signataires. L’Accord étant largement dénoncé par la population, il reste à savoir si ce dialogue suscitera l’adhésion politique nécessaire.

Perdant du terrain aux groupes terroristes armés, les principaux responsables des groupes armés que sont la Plateforme des mouvements du 14 juin 2014 d’Alger et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et la formation dissidente du Mouvement pour le salut de l’Azawad des Daoussak (MSA-D) ont tenté de mettre en place, à la fin de 2018, un mécanisme de coordination qui viendrait leur permettre de faire face à tous problèmes de sécurité, parallèlement à la mise en œuvre de l’Accord et en attendant le déploiement de l’armée reconstituée dans le nord du pays. Minée par des rivalités entre groupes, des luttes intestines et la collusion de certains éléments avec les terroristes, cette initiative a fait long feu. La collusion entre Jama’a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM, QDe. 159) et certains éléments du Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), appartenant à la CMA, apparaîtra au grand jour pendant le conflit qui les a opposés au MSA-D à Ménaka en 2018 et à Talataye au premier semestre de 2019.

Les rivalités internes au Mouvement arabe de l’Azawad (MAA)-Plateforme, viendront compliquer la mise en œuvre de l’Accord et contribuer à l’échec de l’initiative de coordination. Voulant mettre leur hégémonie au service de leurs intérêts personnels et de ceux de leur tribu arabe des Lehmar de Gao, Mohamed Ould Mataly (MLi.008) et Hanoun Ould Ali, chefs du MAA-Plateforme, ont évincé du Comité de suivi de l’Accord (CSA) Moulaye Ahmed Ould Moulaye, leur homologue de Tombouctou, cependant que Harouna Toureh, leur allié et porte-parole de la Plateforme rejetait la liste de combattants affectés par Ould Moulaye aux unités mixtes du Mécanisme opérationnel de coordination à Tombouctou, la plupart desquels étaient censés être intégrés dans les Forces armées maliennes.

Les intérêts des chefs de la tribu arabe des Lehmar portent principalement sur le trafic de stupéfiants, qui est pour l’essentiel entre les mains de Mohamed Ben Ahmed Mahri (MLi.007), alias « Mohamed Rouggy », partie à un réseau de trafic de résine de cannabis et de cocaïne de millions de dollars, transitant ou censé transiter par le Mali, 3/105 19-12161 trafic qui a occasionné des saisies en cascade au Niger, au Maroc et en Guinée-Bissau. Des éléments de la Plateforme et de la CMA (ou se revendiquant comme tels) convoient des colis de drogue à différentes étapes de l’itinéraire de trafic en territoire malien. Les intérêts groupes armés sont d’autant plus enclins à perturber ou freiner la mise en œuvre de l’Accord et, singulièrement des réformes du secteur de la sécurité préalables au déploiement des Forces armées maliennes reconstituées dans le nord du pays qu’ils trouvent leur intérêt dans la criminalité organisée.

C’est dans le centre du pays que la situation humanitaire est la plus désastreuse. Jamais autant de civils n’y ont été tués que pendant les attaques de la première moitié de 2019, qui ont entraîné des déplacements de population et un afflux de réfugiés au Burkina Faso, au Niger et même en Mauritanie. Le Bureau administratif de la CMA à Kidal remet en cause la neutralité de l’action humanitaire et entrave l’acheminement de l’assistance en imposant en toute illégalité sous la menace de violences ou d’expulsion, des contraintes d’ordre réglementaire au personnel humanitaire. Ahmed Ag Albachar (MLi.004), chef de la commission humanitaire de ce Bureau, Ahmed Ag Albachar détourne également l’assistance humanitaire.

On assiste généralement dans la région du Sahel à la multiplication d’attaques violentes menées par des djihadistes et des groupes criminels proches, venant dresser les populations les unes contre les autres, le Burkina Faso et le Niger étant, outre le Mali, les pays les plus éprouvés par ces attaques. Les pays de la région s’inquiètent de plus en plus des liens qui se tissent entre terroristes partout sur le continent et de ce que les organisations djihadistes de par le monde se sont désormais donné pour ambition de déstabiliser l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, quand on sait que les mouvements non contrôlés de migrants ou de personnes en quête d’emploi, notamment dans le secteur de l’extraction minière artisanale, en pleine expansion, sont de nature à favoriser de tels liens.

Source: info-matin

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