Cadre d’échange sur l’extrémisme violent: La population de Tonka exprime sa détresse

Contribuer au renforcement de la résilience communautaire face aux nouvelles menaces liées à l’extrémisme violent, tel est l’objectif que vise l’ONG Instrument for Africa à travers son projet de festivals organisés dans différentes localités du Mali, avec comme vecteur fondamental la culture du dialogue en vue de mieux favoriser le contact entre les différents acteurs mais aussi faciliter l’appropriation des pistes de solutions. Voilà l’exercice auquel se sont donnés les organisations de jeunes, de femmes, élus, leaders religieux et communicateurs traditionnels de la commune rurale de Tonka, mercredi, 31 janvier, dans le cadre de la 3ème Edition du Festival Marissi qu’elle a abritée du 1 au 3 février 2018. C’était sous la présidence du 3ème adjoint au maire M. Mahamane Yattara et du coordinateur des activités de l’ONG Instruments for Africa M. Ibrahima Amadou Maiga.

C’est la salle de conférence de la Mairie de la commune rurale de Tonka qui a abrité ce cadre de dialogue sur diverses thématiques à savoir «défis liés à la paix et la sécurité: rôle et responsabilité des acteurs locaux»; «la jeunesse face à la problématique de l’extrémisme violent», et «problématique liée à l’engagement citoyen en faveur de la paix, la gouvernance et du développement local: enjeux et perspectives.»

Selon M. Ibrahima M. Maiga, cet échange sur ces différents thèmes s’inscrit dans le cadre des activités du festival Marissi de Tonka et consiste de recenser les préoccupations de la population et de contribuer également à la prise de conscience des communautés face aux défis liés à la paix et à la sécurité. Dans son exposé, M. Maiga a rappelé les fléaux auxquels le Mali fait face notamment l’extrémisme violent, le chômage des jeunes, la perte de repère et la dégradation de l’éducation. Et d’appeler ses interlocuteurs sur les alternatives à envisager face à ces défis afin d’aboutir à des projets de développement pour le bien-être social de la communauté.

La détresse des tonkois

Située à 32 km de son chef-lieu de cercle Goundam (région de Tombouctou), la commune rurale de Tonka n’est pas, elle aussi, épargnée de la barbarie des bandits armés de tout acabit. «Nous n’avons pas pris des armes. Mais nous sommes victimes de viols, de pillages de biens, des braquages de toutes sortes…», a souligné Mohamed, paysan. Aux dires de l’adjoint au maire M. Yattara, Tonka souffre et est stressée. Les braquages consécutifs sur ses tronçons respectifs et la confiscation des biens utiles ou utilisables, les viols, le paiement de rançon et taxes aux bandits armés et attaques sont entre autres maux causant un traumatisme moral aux populations qui demeurent impuissamment dans l’expectative de la résolution de cette situation chaotique et exacerbée à travers l’accélération du Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR) dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation.

L’APR, un processus à «huis-clos!»

La population de Tonka n’est pas partie par le dos de la cuillère sur l’Accord pour la paix et la réconciliation (APR). Elle y voit un processus à «huis-clos» dont le contenu est totalement ignoré des populations à la base au nom desquelles certains groupes signataires s’agrippent pour défendre leurs propres intérêts. «Nous ne sommes pas en conflit avec quiconque. Que l’Etat malien aille rencontrer ceux qui se sont révoltés. Nous n’avons rien contre eux. Mais ce sont eux qui doivent être sensibilisés et acceptés la cohésion sociale qui ne leur a jamais été refusée», a martelé un conseiller communal. Et à un notable d’ajouter que l’Etat malien devrait au préalable consulter la base. «On ne peut pas être dans des bureaux, couper des réalités du terrain et prétendre parler ou signer un accord au nom des populations qui ne savent rien du contenu de ce fameux accord. Nous nous connaissons tous, ici, au nord entre communautés. Et nous n’avons pas causé de tort. Ceux qui se sont révoltés prétendant défendre l’intérêt général ne vous ont pas dit la vérité plutôt ils défendent leurs propres intérêts au nom de toute une communauté. Donc, le Gouvernement malien devrait d’abord demander nos opinions parce que nous connaissons ces gens là mieux que quiconque.»

Les différents intervenants ont souligné que la partition du Mali n’arrangerait ni ceux qui le présagent, ni les communautés autochtones car elle pourrait éclater une autre rébellion intercommunautaire. Ils ont dénoncé les multiples exactions dont les populations sont victimes et sollicitent le Gouvernement malien d’entreprendre une vaste campagne de sensibilisation des populations sur les tenants et aboutissants de l’accord et s’imprégner des réalités du terrain.

L’engagement patriotique des FAMAs, salué

«Nous saluons l’Armée malienne dont la capacité n’est pas du tout à sous-estimer puisqu’elle est composée des hommes déterminés et animés d’un amour patriotique. Malgré le bilan macabre dans leur rang, les soldats maliens ne se découragent pas d’être redéployés au front malgré leurs moyens rudimentaires. Nous saluons vraiment leur sacrifice. Mais il est inacceptable que la hiérarchie leur y déploie sur le terrain sans les moyens nécessaires. Nous ne tôlerons plus qu’on envoie ces hommes qui ont laissé leurs parents, leurs femmes et enfants à la boucherie. Chaque fois qu’un soldat meurt, nous les femmes, nous nous sentons meurtries au plus profond de notre chair», a laissé entendre la coordinatrice des artisans de Tonka Fanta Maiga. Selon elle, comment une minorité de bande armée arrive t-elle à bout des soldats maliens s’il n’y’avait pas de complicité. D’où son appel à la population d’appuyer les FAMAs en signalant les suspects. Autre casse-tête évoquée par la population, la position de la force française au Mali qui demeure pour elle dubitative.

Elle se demande aussi pourquoi les FAMAs ne sont-elles toujours pas redéployées à Kidal?  La population de Tonka a réitéré son engagement pour un Mali, un et indivisible, et affiche son accompagnement indéfectible au Gouvernement. Pour elle, il est impératif d’organiser des journées de sensibilisation, des marches pacifiques, des sit-in pour se faire entendre. Ils sollicitent l’implication sans relâche de l’Etat malien pour résoudre définitivement cette situation qui perdure.

L’adjoint au maire M. Yattara a salué l’ONG Instruments for Africa pour cette initiative visant à contribuer à la prise de conscience des communautés et promouvoir les initiatives citoyennes en faveur de la paix, de la cohésion et à la sécurité, à travers ce projet de dialogue en vue de mieux favoriser le contact entre différents acteurs.

Par Almoudou M.Bangou,

Envoyé spécial à Tonka

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