Antiterrorisme au Sahel: la stratégie de Barkhane

Depuis l’opération Serval, conduite en 2013, et malgré le déploiement d’une mission des Nations unies [MINUSMA] et la poursuite de l’engagement français via l’opération Barkhane, les groupes armés terroristes [GAT] qui sévissent dans la bande sahélo-saharienne ont su s’adapter, soit en se fédérant au sein du Groupe de soutien à l’islam et aux muslmans [GSIM, proche d’al-Qaïda], soit en se ralliant à l’État islamique [comme l’a fait l’EIGS, pour État islamique au Grand Sahara].
Bénéficiant de complicités d’adeptes du double-jeu dont certains craignent de voir leurs trafics disparaître, profitant du vide institutionnel, des rivalités interethniques qu’ils encouragent, du défi que doit relever la force Barkhane pour surveiller un territoire aussi vaste que l’Europe et des difficultés pour mettre sur pied la Force conjointe du G5 Sahel, ces groupes terroristes avancent patiemment leurs pions, au point de menacer le Niger et le Burkina Faso en plus du Mali.

D’où le constat récemment établi par Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies : « Le terrorisme progresse dans l’ouest de l’Afrique. Ça a commencé au Mali, puis c’est allé au Burkina Faso, au Niger et maintenant, quand on parle avec les présidents du Ghana, du Bénin, du Togo et de Côte d’Ivoire, ils vous disent que le terrorisme arrive à leurs frontières», a-t-il dit lors d’une conférence sur la sécurité organisée à Nairobi, le 10 juillet.

Un mois plus tôt, lors d’une audition à l’Assemblée nationale [mais dont le compte-rendu vient d’être publié], le chef d’état-major des Armées françaises, le général François Lecointre, n’a pas usé de la langue de bois pour évoquer la situation du Sahel. « Je considère que nous avons été exagérément optimistes en imaginant en 2013 que tout serait résolu et que la victoire éclair remportée contre les jihadistes se traduirait immédiatement en un succès politique. Force est de constater que tel n’a pas été le cas et que l’accord de paix et de réconciliation qui a été péniblement obtenu [en 2015, entre les groupes séparatistes du Nord-Mali et les autorités maliennes, ndlr] n’est toujours pas mis en œuvre de façon satisfaisante », a dit le général Lecointre. « Or, a-t-il continué, ce sujet malien, ou sahélien en général, est bien un sujet politique au sens le plus large du terme – social, de gouvernance et de développement autant que militaire ou de lutte contre le terrorisme. ». En outre, a poursuivi le général, la «réalité est que l’expression de la violence vient aggraver une dégradation générale des conditions de vie de ces populations, et que nous sommes, nous militaires, confrontés à nos propres limites : nous ne pouvons agir que dans cette mise en œuvre de la force.».

Aussi, le général Lecointre partage le constat de M. Guterres. « Je pense malheureusement qu’aujourd’hui, les conditions d’une extension de la déstabilisation de la zone sont réunies », a-t-il dit.« En effet, l’évolution de la démographie locale va continuer de s’aggraver dans les décennies qui viennent. N’importe quel État, aussi solide soit-il, serait très dépourvu s’il était confronté à une telle explosion démographique. Or les États africains qui y sont confrontés sont fragiles. Il faut les aider à restaurer leur gouvernance. Je ne vois donc pas de solution rapide, immédiate, à cette crise », a ensuite expliqué le général Lecointre.

Pour autant, il n’est pas question de baisser les bras, même si, en l’état actuel des choses, il n’y a aucune perspective pour un réglement rapide de la crise sahélienne. « Nous n’avons pas d’autre possibilité que de faire face à nos responsabilités et d’assumer la nécessité d’une intervention de l’ensemble des pays développés, en particulier des Européens, pour aider ces États africains à se consolider, à reconstruire leur appareil sécuritaire et à assurer la première obligation de tout État vis-à-vis de sa population : sa sécurité », a estimé le général.

L’objectif est d’affaiblir les groupes terroristes, les empêcher d’«accroître leur emprise sur les populations » afin de les mettre à «hauteur des forces armées maliennes qui doivent pouvoir les affronter seules, sans la force Barkhane », a détaillé le général Lecointre.Dans le même temps, il faut faire en sorte que les forces maliennes puissent monter en puissance. D’où le rôle de la mission européenne EUTM Mali et l’accompagnement de la MINUSMA.

Mais pour le général Lecointre, il faudrait accentuer cet effort, via un « partenariat militaire opérationnel auquel nous devons encourager nos partenaires [européens] ». Et d’ajouter : « Je souhaite que les Européens soient de plus en plus sensibilisés à cette possibilité » et « à cet égard, nous travaillons à mettre sur pied une force qui serait coordonnée à l’opération Barkhane et qui serait capable de faire ce travail d’accompagnement des Maliens au combat une fois que nous porterons notre effort dans une autre zone. »

Selon le général Lecointre, les forces françaises doivent être en mesure « d’agir de façon plus précise, plus pointue, au moyen d’opérations spéciales sur les cibles à haute valeur ajoutée que sont les têtes de réseaux terroristes»

Source: Le Procès Verbal
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