Moustapha Guittèye du collectif des syndicats de l’Education : « Nous sommes en face d’un gouvernement qui ne tient pas ses engagements »

L’école malienne traverse une crise grave, aux portes d’une année blanche que certains appellent de tous leurs vœux à solutionner. Le bras de fer qui oppose le gouvernement malien aux syndicats de l’éducation n’entrevoit aucune issue heureuse pour l’instant. Pis, l’horizon s’assombrit après la décision de retenue sur les salaires par le gouvernement, suivie d’une marche projetée par les enseignants la semaine prochaine. Pour l’un des responsables syndicaux du SNEC, Moustapha Guittèye, membre du collectif des syndicats de l’éducation signataires du 15 Octobre 2016, la lutte se poursuivra jusqu’à l’aboutissement de leurs points de revendications.

Figaro du Mali Bonsoir Moustapha Guittèye

Guittèye Moustapha : Bonsoir M. Cissé

Figaro du Mali : Vous êtes un des meneurs de la grève des enseignants qui préoccupe aujourd’hui tous les maliens. Quel est l’état d’esprit des syndicats au milieu de cette grève?

Moustapha Guittèye : L’état d’esprit est bon. Nous sommes engagés à aller au bout de notre logique dans la défense de nos intérêts moraux et matériels. C’est-à-dire, nos dix (10) points de revendications, y compris les trois points financiers qui font actuellement l’objet d’un blocage. Donc nous sommes déterminés et résolus, plus que jamais, pour qu’aboutissent nos revendications sans état d’âme, sans concession aucune.

Figaro du Mali : Vous êtes un groupe de syndicats, avec des personnalités différentes. La confiance est-elle de mise vu que la politique de diviser pour vaincre pourrait vous être appliquée?

Moustapha Guittèye : Là où nous sommes actuellement, nous constituons un bloc uni. Unis en synergie d’action. Personnellement, j’ai confiance aux autres syndicalistes qui constituent la synergie. Tout type qui se hasarde à nous trahir le fera à ses dépens et sera éternellement indexé par les générations futures.

Figaro du Mali : D’après nos informations, une somme de 120 millions aurait été débloquée pour démobiliser et casser la dynamique de la grève. Avez-vous connaissance des informations ?

Moustapha Guittèye : Non, nous n’avons aucune connaissance de cette information à l’instant où je vous parle. Et toute tentative qui consisterait à nous diviser est vouée à l’échec. Aujourd’hui, je peux vous dire que la synergie, c’est l’ensemble des syndicats de l’éducation. Du préscolaire jusqu’au niveau secondaire, y compris le syntec qui regroupe l’enseignement catholique qui nous a fait part de son adhésion par une lettre.

Figaro du Mali : Vous avez, certes, une expérience dans la gestion des grèves, mais vous avez en face également, un gouvernement qui ferait tout pour calmer la situation, vu que les parents d’élèves et les étudiants sont aussi mobilisés. A quelle condition êtes-vous prêts à arrêter cette grève?

Moustapha Guittèye : Jusqu’à la satisfaction totale de l’ensemble de nos revendications. Et nous avons en face un gouvernement qui n’est pas du tout responsable, un gouvernement qui ne tient pas ses engagements, et nous, les beaux discours, nous en avons entendus. Beaucoup d’accords ont été signés entre différents syndicats et le gouvernement. Ces accords ne sont pas exécutés à 30%. Aujourd’hui, nous nous sommes retrouvés dans une synergie pour les points transversaux que sont les dix (10) points dans lesquels tous les syndicats se reconnaissent. Nous ne sommes pas prêts à faire une concession. Le gouvernement dit que par rapport à la prime de logement qu’il n’y a pas d’argent. Au même moment, nous voyons la corruption à grande échelle, nous voyons des détournements de deniers publics. Mieux, la taille du gouvernement reste telle qu’elle est. S’il n’y a pas d’argent, il faut réduire la taille de l’équipe. Diminuer les dépenses de l’Etat, ce sont des discours qui ne nous font ni chaud ni froid.

Nous voulons tout simplement que l’Etat s’assume puisqu’il s’est engagé. Le président de la République a lui-même soutenu que le Mali est troisième pays économique dans la zone UEMOA. Ça veut dire qu’il y a de l’argent. S’il n’y a pas d’argent ou qu’ils ne peuvent pas, qu’ils s’en aillent.

Figaro du Mali : Etes-vous pas soucieux de cette année blanche qui se profilerait à l’horizon ?

Moustapha Guittèye : On tend vers une année blanche inévitable, mais qui est responsable d’une éventuelle année blanche ? Il faut pointer du doigt le gouvernement malien. La plupart des membres de ce gouvernement, y compris le président de la République n’ont leurs enfants ou leurs proches dans les écoles publiques.

Figaro du Mali : Aujourd’hui vous faites des grèves séquencées, faut-il imaginer une grève illimitée ?

Prochainement, à partir de la grève de 360 jours, plus de concession, c’est la grève illimitée.

Figaro du Mali Un dernier appel ?

Je lance un appel à tous les enseignants de la République du Mali de rester soudés et de souffler dans la même trompette. Qu’ils fassent une démonstration de force le 06 Mars prochain concernant la marche commune sur l’ensemble du territoire national. Aussi, qu’ils n’aient pas peur de la retenue de salaires. La grève est un droit, la retenue aussi est un droit. Mais nous disons au gouvernement que nous n’allons pas nous laisser faire. Nous avons vu les magistrats observer une grève de, pratiquement 100 jours, mais il n’y a pas eu de retenue chez eux. Il y a eu la grève illimitée de la santé, il n’y a pas eu de retenue. Nous sommes aussi maliens et la loi devrait s’appliquer à tout le monde.

Interview réalisée et transcrite par ABC

Source: Le Figaro du Mali

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