Hamidou Djimdé, président du mouvement Baguine Sô, en exclusivité : -« Nous ne sommes pas contre la nomination des cadres peuls, mais contre celle de Babaly Ba … » -« Le toponyme Pays dogon ne signifie nullement un État ou une République, surtout pas des Dogons… »

Dans une interview qu’il nous a accordée hier, lundi 2 septembre 2019, le président du mouvement Baguine Sô s’est prononcé sur la polémique concernant la contestation, par certains mouvements de jeunes de la communauté dogon, de la nomination de l’ancien DG de la BMS, Babaly Ba, comme conseiller spécial du Premier ministre et celle ayant trait à l’appellation pays dogon. Pour le premier cas, il précise qu’ils ne sont pas contre la nomination des cadres peuls, mais contre celle de Babaly qui, à ses yeux, n’est pas clair dans la crise du centre. Par rapport au second sujet, il a précisé que le pays dogon ne veut pas dire la « République » des Dogons.

 

Lisez l’interview !

Le pays : Vous êtes Hamidou Djimdé, président du mouvement Baguine Sô, un mouvement connu pour son soutien à Danna Ambassagou. Nous avons appris qu’une marche est organisée ce mardi à Koro. Pouvez nous dire les raisons ? 

Hamidou Djimdé :

Effectivement, Baguine Sô est un mouvement qui regroupe plusieurs associations du pays dogon. Notre mouvement œuvre dans le domaine de la communication en apportant son soutien au groupe d’autodéfense Danna Ambassagou. Comme vous l’avez dit, nous venons d’apprendre que les jeunes de Koro organisent demain (aujourd’hui mardi) une marche pacifique. Selon nos informations, ce ne sont pas seulement les jeunes de Koro, les associations de la société civile et les chasseurs qui font partie des organisateurs. La population va, à travers cette marche, apporter son soutien sans faille au mouvement Danna Ambassagou, dénoncer  le désarmement arbitraire  des chasseurs et la nomination de notre frère Babaly Ba comme conseiller spécial du premier ministre.

Mais pourquoi vous vous opposez à la nomination de Babaly Ba ? N’a-t-il pas le droit d’être nommé ? Qu’est-ce que vous lui reprochez ?

Pour nous,  Babaly Ba est un personnage très impliqué dans cette histoire de la crise du pays. Il vient de Diankabou, l’épicentre de tous les problèmes dans le cercle de Koro. Aujourd’hui, tout part de Diankabou : beaucoup d’attaques dans les zones de Tougna, Dioungani, Yoro, les communes de Diankabou, Madougou, même une partie de Douentza, une partie de Bandiagara. Diankabougou a, à son niveau, plusieurs pages actives des terroristes.  Babaly Ba vient de cette zone et la population de Koro pense qu’il n’est pas étranger, clean dans cette affaire. La nomination de ce genre de personne comme conseiller spécial auprès du premier ministre nous a beaucoup touchés. Nous estimons que Babaly Ba ne peut pas être juge et partie en même temps.

On vous reproche d’être contre les nominations des cadres peuls ? Est-ce vrai ?

Nous n’avons jamais dit que nous sommes contre la nomination des cadres peuls et nous ne le dirons jamais. Il faut que les gens retiennent une chose : nous ne sommes pas contre les nominations des cadres peuls, mais contre celle de Babaly Ba, car nous pensons qu’il n’est pas clair dans la crise du pays dogon. La marche de Koro ne concerne que la nomination ambiguë de Babaly Ba comme conseiller spécial à la primature. C’est ce que la population n’a pas du tout compris, car elle estime que sa position n’est pas claire dans cette histoire. Elle pense que Babaly Ba ne sera pas juste, il ne fera pas l’affaire de tout le monde.

Certains internautes vous accusent, vous et le mouvement de chasseurs que vous soutenez, de ne pas vous reconnaitre du Mali. Quel est votre commentaire ?

Il y a certaines langues qui accusent Danna Ambassagou de vouloir réclamer l’autonomie, ce sont des accusations gratuites. Danna Ambassagou n’a pas de revendications. C’est un groupe d’autodéfense, un groupe de légitime défense. Depuis le début de la crise, nous avons été attaqués, tués par nos voisins. Nous avons été victimes des assassinats ciblés. C’est suite à cela que nos frères se sont organisés pour défendre non seulement les populations et leurs biens, mais aussi le terroir.  Danna Ambassagou n’aura pas de revendications, parce que c’est un mouvement républicain. Il reconnait l’État, le gouvernement, le drapeau malien. Il reconnait que le Mali est un et indivisible.  La preuve, dans tous les campements de Danna Ambassagou, le drapeau malien flotte. Quand nous leur avons posé la question, ils ont précisé qu’ils tiennent haut le drapeau du Mali pour montrer aux bandits que le Mali existe et existera. Peut-on reprocher à ces chasseurs de ne pas reconnaitre l’État malien ? Non ! Il faut que ceux qui ont des dents bien aiguisées contre ce mouvement arrêtent les accusations gratuites.

L’appellation « pays dogon » pose problème. Certains préfèrent le plateau dogon. Mais que signifie le toponyme pays dogon, selon vous ?

L’appellation pays dogon pose problème à certains cadres. Je pense que c’est un faux débat. Le toponyme Pays dogon, d’un point de vue anthropologique, ne signifie nullement un État ou une République, surtout pas des Dogons. À mon sens, le débat ne devrait pas exister, surtout en milieu dit intellectuel. Dans n’importe quel dictionnaire de langue, l’étymologie du mot pays est d’abord culturelle plutôt que politique. La polémique qui enfle aujourd’hui est une stratégie de communication de certains manipulateurs dont l’objectif est d’émouvoir l’opinion en vue d’engranger la sympathie des Maliens, connus pour leur aversion pour toute espèce d’irrédentisme, de sécessionnisme ou de nationalisme, en les amenant à douter du combat légitime de survie des communautés foncièrement attachées à l’intégrité territoriale et à la forme républicaine et laïque du Mali. Ni le peuple dogon ni les sédentaires qui vivent en Pays dogon encore moins les chasseurs de Dana Amassagou ne sont des indépendantistes. Qu’il plaise ou pas à ces personnes-là, le pays dogon a existé, il existe et il existera pour toujours. Dans le pays dogon, il y a des Dogons qui sont majoritaires, des Dafings, des Peuls, des Mossis, des Bambaras, des Bellahs.

Comme vous avez décidé de marcher, qu’est-ce que vous reprochez à l’État ?

Nous demandons à l’État de prendre ses responsabilités face à cette situation. Le premier ministre, après sa nomination, a fait un tour au pays dogon. Il a envoyé des délégations et on pense que ces missions ont porté fruit. Mais il faut aussi que ces missions continuent, que l’État occupe le terrain, que les forces de défense soient sur le terrain pour sécuriser les populations et leurs biens. Si tout cela est fait, les Danna, chasseurs, retournent dans leurs villages respectifs. Le désarmement sauvage par certaines de nos forces de défense est à dénoncer. Souvent, nous avons des jeunes qui accompagnent les femmes dans les foires, dans les champs, mais si certains de Famas les croisent, ils leur retirent leurs armements.  Dans certains villages aussi, après que les Famas aient désarmés la milice dogon, les milices peules attaquent. Nous estimons que s’il y a désarmement, on doit désarmer tout le monde. Nous demandons à l’État d’être sérieux dans ce qu’il fait. Nous demandons au premier ministre de revenir sur sa décision de la nomination de Babaly Ba.

Réalisée par Boureima Guindo

Source : Le Pays

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