Emmanuel Macron ne comprend rien à l’Afrique

Peut-il faire pire que Sarkozy et Hollande ? Il y eut, un jour, le calamiteux discours de Dakar du président Nicolas Sarkozy. Ce discours, prononcé par Nicolas Sarkozy, parlant au nom de la France en juillet 2007 est le début de la fin non pas de la Françafrique mais du respect de la France en Afrique. On y trouve deux affirmations inutiles et contre productives : que la « colonisation fut une faute » et aussi que le « drame de l’Afrique » tient au fait que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire, [que] le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. […] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès ».

Le doyen Wodié de la faculté de droit d’Abidjan commençait, lui, ses cours en disant : « nous avons été colonisés parce que nous étions colonisables ». Donc pas une faute philosophiquement – ni même pratiquement – mais un coup du sort comme le monde en a connu d’autres, presque inévitable, et qu’il ne faut pas continuer à subir mentalement lorsqu’il est fini : en prendre le meilleur et refonder sa personnalité. La Gaule a été colonisée et envahie plusieurs fois, le plus souvent avec violence et volonté de détruire la culture en vigueur. Ce ne fut jamais le plan ni de la France des rois ni de celle de la République. Quant à la « nostalgie du paradis perdu », c’est une vision absurde de l’Afrique ; de même que le prétendu « refus du progrès », alors que les Africains le désirent si avidement.

Il y eut, un autre jour, l’incompréhension, par François Hollande (et surtout son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius), des périls du djihad au Mali et en Afrique de l’Ouest. Après y avoir réussi la guerre, on bâcla la paix : en procédant hâtivement à une élection présidentielle sans régler le problème du Nord-Mali par une indispensable conférence de réconciliation nationale, passage obligé en Afrique. Le processus de reconstruction institutionnelle fut délégué à l’Algérie (?), et la France allait en être impensablement absente. Puis, les mêmes causes produisant les mêmes effets, le djihadisme est non seulement reparti de plus belle mais il s’est étendu au Burkina et a frappé le Niger; la Côte d’Ivoire; le Cameroun.

Macron, digne successeur de Sarkozy et Hollande 

Emmanuel Macron semble vouloir faire au moins aussi mal que ses prédécesseurs. Pantalonnade devant les étudiants à Ouagadougou, diminution du budget militaire, politique de coopération inintelligible et anémique… Le magazine Jeune Afrique pose une question: « Emmanuel Macron va-t-il achever la Françafrique ? » Ce vieux mot fourre-tout que l’on substitue à la réflexion de fond, détourne l’attention des vrais problèmes; et suggère de vraies mauvaises solutions. Dans l’inventaire de ce  « macronisme » africain on trouve, toujours dans Jeune Afrique qu’Emmanuel Macron « a proposé » la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF)  à Louise Mushikiwabo, « et a fini par la convaincre ». Depuis une décennie, la ministre rwandaise des Affaires étrangères accuse pourtant la France d’être complice du génocide des Tutsis, en 1994… L’armée française appréciera. Le même journal annonce encore que l’écrivain sénégalais Felwine Sarr est en pôle pour copiloter le projet de restitution des biens culturels à l’Afrique, lui qui continue pourtant d’affirmer que « la France n’a pas renoncé à son imaginaire impérial et colonial ».

Emmanuel Macron avait déclaré à Ouagadougou : « Il n’y a plus de politique africaine de la France. » Carrément absurde et irresponsable. Sinon mensonger car il existe bien, à l’Élysée, une cellule africaine d’une dizaine de personnes.

Puisque le projet « économique » du président n’est pas de relancer le PIB mais de réduire les dépenses budgétaires, on va, après avoir retiré nos soldats de Centrafrique, les retirer aussi du Mali après la présidentielle locale de juillet, puis organiser des patrouilles communes avec les forces du G5-Sahel. Si ce dernier est opérationnel. Le but ultime étant de retirer les soldats français du Sahel avant la fin de son mandat, en 2022. On rappellera que la France, présente dans cette zone avec les 4 000 hommes de l’opération Barkhane, pousse à la création d’une force militaire commune des pays du G5 Sahel : Mauritanie, Tchad, Mali, Niger et Burkina Faso. En mars 2018, cette force devait compter 5 000 hommes, coordonnés depuis le quartier général de Sévaré (Mali). Mais ce n’est que le 23 février 2018 à Bruxelles, qu’Emmanuel Macron et Angela Merkel ont obtenu le déblocage de 414 millions d’euros pour soutenir cette force et le programme de développement Alliance pour le Sahel. Une goutte d’eau dans les sables.

Le 23 avril dernier, Emmanuel Macron a fait voter par sa majorité une loi réformant les règles concernant l’immigration qui porte de 45 à 90 jours la durée maximale de rétention des étrangers en attente d’expulsion. Ce qui est supposé déboucher, pour l’Afrique, avec l’allongement de la rétention, sur la mise en place avec les ambassades africaines de procédures plus efficaces.

La France et le défi africain

Des quarts de mesures face à l’ampleur des défis auxquels la France et l’Afrique doivent faire face. L’Afrique est, en effet, à la fois une éruption démographique et migratoire majeure, dans ce qui est devenu notre proximité géographique, et notre réserve stratégique et diplomatique (francophonie). Et enfin, un des derniers espaces de développement potentiel : en matière d’exploitation minière, forestière, agricole, halieutique. La France doit se doter d’un grand plan de co-développement en privilégiant les coopérations mixtes d’Etat et de privés. Et l’appui à des projets de grosses PME technologiques. Il faut développer l’industrie africaine (y compris et surtout l’industrie lourde) et, corrélativement, sauver nos filières, nos technologies et savoir-faire humains dans ces secteurs.

Cela supposerait, bien sûr, en premier lieu, que soient brisées impitoyablement les guérillas islamistes et les gangs de trafiquants qui y sont associés. Et donc sûrement pas un retrait militaire là où les Africains nous demandent de l’aide.

Mais cela aurait surtout nécessité  une grande hauteur de vues sur l’avenir de la relation séculaire de la France à l’Afrique ; et donc une autre stature morale, intellectuelle et politique.

Henri Temple

Le causeur

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