Éditorial d’Adam Thiam : Russafrique ?

L’Afrique n’est pas à Soltchi pour prendre la Bastille. Elle y est pour étudier une offre russe repensée. Et elle y va avec sa faiblesse natale : celle d’arriver dispersée et cacophonique là où la Commission de l’Union africaine, porteuse de la doctrine unitaire de ses Etats membres, pouvait avantageusement la représenter.

Comme Pékin, Tokyo, New-Delhi, Paris dans le rituel installé, Moscou comprendra que cinquante Afrique, face à un seul chef d’Etat, n’est pas un bloc solidaire contre le fait du prince : mais autant de brèches pour une coopération bilatérale qui aura les forces et les faiblesses des pays africains pris individuellement. Ceux-ci ont de grandes potentialités et un énorme besoin de partenariat. Et la Russie, qui n’a pas de complexe colonial à leur égard, est un levier à actionner.

Si, toutes leçons tirées de sa dispersion, l’Afrique apprécie correctement son nouveau partenaire. Car celui-ci n’est plus guidé par les impératifs de l’internationalisme prolétarien. Il est un tout autre animal reconverti à l’économie de marché. Les bons de commande lui importent plus que les œuvres complètes du Camarade Lénine. Il est porté par un Vladimir Poutine, fort de sa poigne, de sa longévité et de son courage devant Washington,  Bruxelles, Berlin ou Londres. Surtout, son discours axé sur un partenariat qui respecte la dignité et la souveraineté de l’Afrique plaira à Kampala, Yaoundé, Dakar ou Bamako.

Mais Moscou n’est plus la deuxième puissance économique au monde, même si elle est dans le top 10. Son éclipse africaine de trente ans ne résulte pas seulement de l’éclatement de l’empire soviétique, mais du choix rationnel de la proximité qui lui fait privilégier le commerce intra-régional. L’Afrique reste loin. La Russie pourrait bien y nourrir l’ambition d’une coopération qui vient conquérir de nouveaux espaces, y compris en bousculant les opérateurs historiques. Son intervention centrafricaine récente, sans prêter la moindre attention à Paris, en donne un avant-goût. Toute la question est de savoir cependant jusqu’où peuvent aller d’autres pays africains.

Source: benbere
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