Éditorial d’Adam Thiam : la Guinée, cette autre nous-mêmes

Les choses sérieuses commencent en Guinée, avec ses surenchères incendiaires, ses morts presque banales de manifestants criblés de balles, les traînées de sang sur les pavés barricadés et carrefours fumant sous les pneus enflammés et les gaz lacrymogènes.

Bonjour donc  les dégâts si aucune des parties ne lâche. Le cas échéant, ce sera dommage pour la Guinée. Dommage parce qu’elle peut faire et tenir le serment d’entrer dans le cercle vertueux de la communauté des démocraties, malgré les vicissitudes qu’elle connaît et malgré les faiblesses de son propre processus. Dommage ensuite parce qu’il faut juste que ce pays jette un regard par le mur mitoyen pour constater les ravages de l’insécurité chez ses voisins et accepter de payer le juste prix de la paix. Dommage également parce que si la Guinée tombe dans l’engrenage, elle viendra accroître les défis d’une sous-région menacée par deux terrorismes : celui de l’extrémisme religieux et celui d’échéances électorales clivantes.

Dommage enfin car toute dérive sérieuse à Conakry viendra installer  le continent parmi les avatars tragiques de démocratie libérale où le consensus est une chimère, la constitution un tableau mural et l’électeur un cadavre en sursis. En conclusion, souhaiter que la sagesse prévale aujourd’hui en Guinée et qu’elle guide la Côte d’Ivoire demain ne relève pas du culot pour un Malien, un Burkinabé ou un Nigérien, tous ressortissants de pays en turbulence. Ce devoir d’ingérence est plutôt dicté par l’instinct de conservation.

Source: Benbere

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