Édito : La responsabilité est partagée

La France est longtemps considérée, par pas mal de Maliens, comme responsable de la détérioration de la situation sécuritaire au nord et au centre du Mali. La dernière de ces accusations de taille est celle de l’artiste international malien, Salif Keita, qui a affirmé que c’est la « France qui paie des gens pour tuer les Maliens ». Des manifestations de jeunes pour le départ définitif de la force Barkhane ont été organisées à plusieurs reprises. La dernière date seulement du samedi dernier  à Kati où le drapeau français a été brulé. La colère des uns et des autres est compréhensible, car trop de Maliens sont morts malgré la présence militaire de ce pays, parait-il, ami du Mali. Mais doit-on faire porter le chapeau de toute la responsabilité de la crise du Mali à la seule France ? Nous pensons que la responsabilité doit être partagée. Oui, elle doit être partagée entre la France et l’Etat du Mali qui a été incapable de sécuriser les populations et leurs biens.

La part de responsabilité  de la France, parlons-en ! Ce pays dont l’intervention militaire a été  saluée en 2012 a déçu la majorité des Maliens. Sa politique a été et est toujours ambiguë sur la question de Kidal. Le refus à l’armée malienne d’entrer à dans cette ville  est une des raisons pour lesquelles beaucoup de Maliens, comme nous autres, estimons qu’elle défend son intérêt sordide et non le Mali. À Kidal, les enfants gâtés de la République dictent leur loi, s’attaquent aux symboles de l’État sous l’œil passif de la Barkhane qui est présente dans la ville. Tel est une autre raison pour laquelle la France est pointée du doigt comme responsable de la crise malienne. Une autre chose qui discrédite la France, c’est le fait qu’elle qui, à travers l’opération Serval en 2013, a pu circonscrire la montée en puissance des djihadistes en utilisant des moyens aériens, soit incapable aujourd’hui, ne serait-ce qu’identifier les hommes armés à motos qui attaquent l’armée malienne, les populations civiles et s’évadent tranquillement dans la nature pour préparer d’autres attaques. Cela malgré les moyens sophistiqués de la force Barkhane. Tous ces faits montrent que la France actuelle est différente de la France du moment de la libération de Konna. Le degré de sa sincérité envers, à notre avis, a beaucoup diminué.

Quant à l’État malien, sa responsabilité est plus grande. Il faut qu’on ait le courage de le dire. IBK et alliés ont  failli à leur  responsabilité. Le détournement de deniers publics à ciel ouvert sur les allocations budgétaires destinées à l’achat d’équipements et de matériels militaires, les avions « cloués au sol », l’insuffisance de véhicules blindés et des généraux sur le front… sont-ils les fautes imputables à la France ? Non, ce sont des fautes à l’État du Mali. Il est normal que les autres pays défendent leur intérêt, mais c’est à l’État de leur dire la vérité afin que l’agenda Mali soit priorisé. Une autre responsabilité de l’État malien, c’est la soumission honteuse du président IBK à la France, comme celle de l’esclave à son maitre. L’annonce par Macron, de la visite du premier ministre Boubou Cissé à Kidal dans « les semaines à venir »  le prouve.

Autant on demande donc le départ de la France, autant on doit demander  à l’État malien d’assumer sa responsabilité.

Boureima Guindo

 

LE PAYS

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