Relance de l’économie et développement: Bamako peut-elle encore compter sur Paris ?

Le Mali fait face, depuis un certain temps, à un problème de désenclavement lié à un état de dégradation très avancé de ses grands axes routiers : Bamako-Kayes ; Sévaré-Gao ; Sévaré-Tombouctou… Cette situation greffée à l’insécurité fait l’objet de nombreux soulèvements, depuis trois semaines, dans plusieurs localités pays. C’est dans ce contexte de fronde généralisée, à travers le pays, que le Premier ministre Boubou CISSE a conduit une importante délégation de ministres et d’hommes d’affaires à Paris, du 9 au 11 septembre 2019.

Si nos dirigeants sont toujours bien accueillis par l’ancienne puissance coloniale qui ne manque jamais de mots et de promesses pour les dorloter, la question qui se pose par le commun des Maliens aujourd’hui est de savoir ce que Bamako peut encore attendre de concret de Paris. Et pour cause ? Après la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale, le Président IBK, au cours d’une visite d’État très médiatisée à Paris, du 21 au 22 octobre 2015, est revenu à Bamako avec les valises pleines de promesses d’aides. En effet, les donateurs à Paris se sont engagés, à travers l’Organisation de Coopération et de Développement économique (OCDE) à aider le Mali à hauteur de 3 milliards d’Euros pour la relance de son économie et le développement de ses régions du Nord.
Mais avant la conférence des donateurs, le président François HOLLANDE, ami personnel du Président IBK lui avait annoncé, le 22 octobre 2015, au nom de l’État de France, de débloquer 360 millions d’euros d’aide au pays, sous forme de prêts et de dons (à hauteur de 50 %).
À la date d’aujourd’hui, aucune trace de ces promesses n’est véritablement visible dans notre pays. En tout cas, les soulèvements actuels auraient du mal à se justifier si les engagements avaient connu un début d’exécution.
Quatre ans plus tard, Boubou CISSE semble être sur les traces du Président IBK pour chercher, dit-on, un appui politique, des ressources et draguer les entreprises françaises. Déjà, pour se débarrasser de notre PM, Paris semble déjà trouver l’alibi posant comme condition : ‘’des résultats concrets en matière de lutte anti-corruption et de développement des services’’, rapporte un confrère français. Alors, dans un contexte, où les révélations des scandales se suivent et se ressemblent malheureusement, le PM Boubou CISSE aura donc très peu de chance de bénéficier de promesses conséquentes d’aides encore moins d’aides concrètes.
Or, à Bamako et à l’intérieur du pays, les populations n’hésitent plus à manifester leur colère quant à la limite de leur patience face aux défis de l’heure. Le récent voyage du Premier ministre à Kayes avant même ce périple parisien en est une illustration parfaite. Également, depuis hier mercredi, une délégation ministérielle a été dépêchée d’urgence à Tombouctou et qui sillonnera également les régions de Gao et de Ménaka. La mission est composée du ministre de la Communication, chargé des relations avec les institutions, Porte-parole du Gouvernement, Yaya SANGARE ; du ministre des Infrastructures et de l’équipement, Mme TRAORE Seynabou DIOP ; et le ministre du dialogue social, du Travail et de la Fonction Publique, Oumar Hamadoun DICKO.
Selon le communiqué du Centre d’information gouvernemental du Mali (CIGMA), au cours de cette mission de trois jours, ‘’les membres du Gouvernement échangeront, au nom du Premier ministre, chef du gouvernement, avec les populations sur les préoccupations légitimes qu’elles ont formulées à savoir : les infrastructures routières, les services sociaux de base et la restauration de la sécurité.
Sur chacune de ses préoccupations, le Gouvernement travaille d’arrache-pied tous les jours pour assurer le bien-être et la quiétude des populations. Au sujet des infrastructures routières, le Gouvernement a donné déjà un calendrier relatif au démarrage de certains travaux et à l’étude d’autres ouvrages. Concernant les routes de Toumbouctou-Léré et de Sévaré-Gao, le Gouvernement donne l’assurance que les travaux débuteront respectivement en décembre 2019 et en 2020’’.
Au paravent, ce 9 septembre 2019, Bandiagara était dans la rue pour dénoncer la recrudescence des attaques terroristes et les assassinats ciblés, avec une cinquantaine de morts, depuis la dernière visite du PM Boubou CISSE en 5e région ; des enlèvements de bétail ; des bombardements répétés du camp de la milice Dan Nan Ambassagou, ‘’la complicité et l’inertie de l’armée’’ et des forces étrangères en occurrence, la MINUSMA.
L’ensemble de ces crises en réalité soulève un véritable déficit d’investissement de l’État dans ces localités face auquel, il doit impérativement se ressaisir, pas par de simples promesses, mais par des actes concrets.

PAR SIDI DAO

Info Matin

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