Produits phytosanitaires : À LA FOIS UTILES ET DANGEREUX

En pénétrant dans le magasin de phyto-pharmacie de Mamady (ce n’est pas son vrai nom) au Quartier du fleuve, le client est d’abord rassuré en voyant une attestation accrochée à un pan du mur. Ce document est indispensable à l’exercice de son métier et synonyme de sûreté en ce qui concerne le respect des règles de conservation de ces produits dangereux qui protègent les champs contre les différentes menaces. Cependant, pour un fouineur, il est aisé de constater de dangereuses entorses auxdites règles. Ici, des sacs de semences de riz côtoient des produits hyper toxiques dans le même magasin. Comportement à éviter absolument, conseille Mamadou Karabenta, chef de division études et expérimentations à l’Office de protection des végétaux du Mali (OPV).


Ce jour de mai 2019, il n’est pas encore midi dans la rue 303 du Quartier du fleuve où, Mamady tient son magasin de phyto-pharmacie. Il vient de servir deux clients auxquels il a prodigué quelques conseils sur l’utilisation d’un insecticide. Mais l’affluence n’est pas encore grande dans ce « marché », où de nombreux magasins de phyto-pharmacies ont pignon sur rue. Car, si les premières pluies ont commencé à tomber, le gros des producteurs n’a pas encore commencé les semis. Mais les plus avertis n’attendent pas pour s’approvisionner en intrants comme les produits phytosanitaires, dont la manipulation, la conservation répondent à des règles.
Selon Mamadou Karabenta, chef de division études et expérimentations à l’OPV, la mauvaise manipulation des produits phytosanitaires entraîne des conséquences graves. Le premier qui court le risque, c’est d’abord l’utilisateur lui-même. « Celui qui utilise ces produits sans protection, s’expose à des risques de maladies cancérigènes, de déformation et de maladies de la peau, il est très dangereux d’utiliser les produits phytosanitaires sans protection », avertit-il, ajoutant que certains « phyto-pharmaciens » et certains producteurs ne prennent pas de précautions d’usage consistant à protéger le corps avec des équipements de protection individuelle tels que les masques, les gants, les bottes et les combinaisons. Notre interlocuteur énumère trois formes de contacts avec les produits phytosanitaires qui peuvent exposer l’utilisateur à des conséquences graves. « L’utilisateur pendant la période d’application doit se protéger le corps. Il ne doit ni boire, ni manger encore moins fumer jusqu’à ce qu’il termine », recommande le spécialiste.
Ces précautions sont méconnues de la plupart des utilisateurs. C’est le cas de Amadou Traoré qui a pratiqué la culture du riz dans son village à Konio, chef-lieu de la Commune rurale de Dandougou Fakala, dans le cercle de Mopti. « Nous utilisions en méconnaissance des règles et mesures de protection des produits phytosanitaires. Je ne portais ni gants, ni masque. Je ne savais pas qu’il fallait en porter », explique Amadou qui se souvient qu’après la manipulation de ces produits, même après un lavage de mains avec du savon, il sentait un goût amer sur ses mains pendant les repas.
Pourtant, les revendeurs de produits phytosanitaires prétendent qu’ils font des efforts pour faire comprendre aux clients qu’ils sont tenus de respecter les précautions d’utilisation. Ousmane Sylla, secrétaire général de l’Association des revendeurs d’intrants agricoles de Bamako, explique que la règle est bien connue dans sa corporation. « Quand un client vient chercher un produit, on cherche d’abord à savoir quelle est la cible dans les champs, à travers cela on lui donne des conseils », argumente-t-il.
Et qu’en est-il de la bonne conservation des produits ? Sur la question, Cheick Oumar Lo, magasinier à l’Office de protection des végétaux, conseille qu’un bon conditionnement des produits phytosanitaires, nécessite une température stable de l’air et un système d’aération. Les magasins de stockage des produits phytosanitaires doivent être élevés et dotés d’un système d’aération et les produits doivent être conservés sur les palettes et non à même le sol. Ces précautions ne sont pas toujours respectées dans les magasins de vente.
Aussi, les produits phytosanitaires ne sont pas sans risques pour l’environnement. Mamadou Karabenta attire l’attention sur cet aspect et fait remarquer que la plupart des utilisateurs n’ont aucune idée de l’impact des produits sur l’environnement. Pour l’application des produits phytosanitaires dans un environnement fragile, souligne-t-il, la dose et la concentration doivent être bien jaugées pour réduire les risques.
C’est le cadet des soucis de nombre de producteurs. Aujourd’hui, les produits phytosanitaires sont utilisés à profusion dans les champs. En plus des insecticides pour chasser les nuisibles pour les cultures, beaucoup de paysans font usage des herbicides contre les mauvaises herbes. Les utilisateurs pour la plupart ne connaissent pas le mode d’emploi encore moins les impacts de ces produits sur les sols et sur l’air ambiant.

Makan SISSOKO

Source: L’ Essor- Mali

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