Mopti : l’élevage d’embouche, activité en vogue à mieux encadrer

Les jeunes de la ville de Mopti s’intéressent de plus en plus à l’élévage d’embouche. Mais les efforts déployés par la mairie de Mopti pour encadrer cette activité butte à l’attitude récalcitrante de certains emboucheurs.   

L’embouche est une technique d’élevage qui réduit la mobilité des animaux. Cette pratique permet d’engraisser plus rapidement le bétail avec des intrants alimentaires. Une fois bien engraissé, le bétail se vend mieux sur le marché. De plus en plus, à Mopti, nombre de personnes s’adonnent à cette activité de manière excessive malgré le manque d’espaces appropriés.

En effet, les rues de la ville de Mopti sont de plus en plus saturées par des animaux en embouche : taureaux, moutons, chèvres…Cette situation entrave la mobilité des hommes et engins au sein de la ville.

Amateurisme

Le déplacement de populations des zones en proie au conflit avec leur bétail vers la ville de Mopti contribue grandement à l’accentuation de cet amateurisme dans le secteur pastoral. Les bergers de la ville achètent généralement les bêtes, qu’ils engraissent durant une période bien déterminée.

L’embouche des bovins et d’autres animaux n’est pas exclusivement destinée aux étals des bouchers pour l’approvisionnement du marché local, mais aussi pour mieux se frotter les mains lors des cérémonies (les mariages, baptêmes…) ou encore les sacrifices rituels. « Je pratique l’embouche depuis plus de 10 ans, témoigne Amadou Samassekou, emboucheur. Ça me rapporte de l’argent et me permet de compléter mes dépenses familiales. Je dispose actuellement de trois taureaux. Comme dépense, je compte 30 000 francs CFA par mois et par bête en tout. Je calcule comme ça quand je revends : je compte mon prix d’achat, 30 000 francs CFA  par mois et j’essaie de rajouter entre  25 000 et 40 000 francs CFA. Des fois aussi, je ne gagne pas mais c’est nécessaire puisque ça me permet de garder de  l’argent en cette période de galère.»

La saison d’embouche commence ainsi à la fin de l’hivernage, entre septembre et octobre. Le pic de l’activité et sa production commencent à la saison chaude, de janvier à juin. Les bouchers, fins connaisseurs dans l’achat des animaux embouchés, tiennent beaucoup compte du poids de l’animal. Ils leur suffisent d’une simple tape amicale sur la croupe pour sélectionner les plus charnus de ce concours de gras.

Nous avons rencontré Hamma, un boucher de 35 ans, à Taïkiri, un quartier de Mopti. Il explique sa préférence pour les animaux embouchés : « Nous préférons acheter des animaux embouchés, parce que le calcul est plus facile pour nous. Je vends de la viande d’animaux embouchés, car c’est de la bonne qualité. Il y a de la graisse et la viande est plus tendre. L’embouche est une pratique que nous, bouchers, nous encourageons puisque s’il y a beaucoup d’emboucheurs, il y aura forcément une concurrence entre eux et ça nous permet d’avoir des grosses bêtes à des prix très abordables ».

L’embouche est peu rentable pendant l’hivernage, car les animaux vont au pâturage et ont accès aux herbes. Donc, l’investissement en intrants alimentaires ne peut être rentabilisé par la différence de prix entre animaux embouchés ou non-embouchés.

Mise en garde de la mairie

Ce phénomène est pour beaucoup dans l’épineux problème d’assainissement et d’hygiène auquel font face les habitants de la «Venise malienne» depuis des années. Beaucoup de personnes n’arrivent pas à canaliser leurs animaux. C’est partant de ce constat et des dangers liés à la divagation des animaux, avec son lot d’accidents par jour et l’occupation anarchique des places publiques par ces animaux ambulants, que la mairie de la commune urbaine de Mopti a décidé de prendre le taureau par les cornes pour la bonne pratique de cette activité pastorale.

Pour sa bonne réglementation et dans le souci de maintenir l’ordre public, la municipalité a décidé de donner des convocations à tous les contrevenants au non-respect des mesures établies pour éviter la divagation des animaux avec le problème d’hygiène inhérent. « Nous avons donné des convocations à ceux qui embouchent les animaux dans les rues et les ruelles, parce que la divagation des animaux et l’élevage au niveau des familles sont interdites normalement dans la loi malienne en milieu urbaine.», explique Yaya Traore, chef de service technique par intérim à la mairie de Mopti.

Malgré les efforts déployés par la mairie à travers la sensibilisation, certains emboucheurs sont moins réceptifs à ces messages et avancent un long argumentaire axé sur les conséquences de la crise sécuritaire et alimentaire qui frappent de plein fouet l’économie de la région.

Source: benbere
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