Lutter contre la fraude en commençant par le sommet

Pourquoi nous arrêtons-nous aux feux de circulation ? Ce n’est pas parce que nous sommes naturellement enclins à voir en la couleur rouge l’ordre d’arrêter. Si tel était le cas, les robes rouges et les pommes ne seraient pas aussi populaires qu’elles le sont ! Le rouge attire notre attention, mais nous nous arrêtons à un feu rouge car tout le monde le fait.

 

Les humains se copient. On dit souvent que si vous voulez que quelqu’un soit plus à l’aise avec vous, vous devez imitez sa position assise ou debout. Les psychologues appellent cela « faire le miroir ». Cette attitude ne se voit pas uniquement lors des rencontres sociales. Voir quelqu’un jeter un peu de déchets ou griller un feu de circulation nous incite légèrement à penser que la même attitude est acceptable. S’ils ces gens le font, je peux, moi aussi, peut-être le faire.

La fraude est par essence le résultat d’une duplication. Il serait aisé de considérer tous les fraudeurs comme des criminels endurcis qui vendraient leur grand-mère si le prix en était correct. Mais les enquêteurs sur les fraudes soulignent souvent que de telles activités ont des débuts simples. Le scandale Enron, si dévastateur qu’il a détruit un géant américain de l’énergie, a pour origine des manipulations mineures visant à répondre aux attentes en matière de bénéfices. Pourtant, lorsque les personnes impliquées ne sont pas prises, elles élèvent leurs actions au niveau supérieur pour aller jusqu’à les considérer comme légitimes – du moins vis-à-vis elles-mêmes.

C’est pourquoi la prévention de la fraude commence par le sommet. Les dirigeants d’une organisation ne doivent pas tolérer la fraude. Lorsque le sens des responsabilités fait défaut et que les personnes n’acceptent pas de faire face aux conséquences, la fraude prospère. La culture d’un environnement, ainsi que son traitement de l’éthique et de la gouvernance, refléteront l’attitude de la direction à l’égard de la fraude.

Les attitudes de leadership sont fondamentales, renforcées par des contrôles internes permettant de détecter la fraude. Les activités illégales impliquent généralement des actes qui siphonnent de l’argent des coffres d’une entreprise. Ceux-ci peuvent inclure la fraude salariale, la rédaction de doubles chèques de paiement, l’écrémage de l’impôt ou une sur-commande1. Une fraude courante en Afrique du Sud et ailleurs consiste à surévaluer un achat et à partager la différence avec le fournisseur. Des activités plus récentes comprennent la fraude par carte de crédit et les escroqueries bancaires. L’Association des banquiers du Botswana a averti l’année dernière que les fraudeurs sont de plus en plus avertis des lacunes d’un système, notamment technologiques et que les organisations ne peuvent pas réparer assez vite.

Dans tous ces exemples, il suffit de quelques personnes pour abuser une confiance gagnée. Malheureusement, c’est l’entreprise qui souffre lorsque ses actes répréhensibles sont découverts, généralement parce qu’ils prennent alors des dimensions cataclysmiques …

Un tel cataclysme peut être évités en aval par des contrôles internes et des structures permettant de surveiller la gouvernance et la conformité. Les entreprises devraient également créer des couloirs d’action pour les parties concernées et les lanceurs d’alerte afin de relayer leurs soupçons. Le comité des organisations de tutelle de la Commission Treadway (COSO) définit les cinq éléments suivants d’un système efficace de prévention de la fraude 2: environnement de contrôle, évaluation des risques, activités de contrôle, information et communication et enfin surveillance. Ces éléments travaillent en cohérence pour établir des contrôles internes sains par le biais d’un leadership dirigé, de valeurs partagées et d’une culture favorisant la responsabilité.

De plus en plus, ces contrôles peuvent être automatisés dans les entreprises modernes, en particulier lorsque les volumes de transactions sont élevés. En outre, il est efficace de regrouper les fournisseurs en un nombre restreint en lesquels vous avez toute confiance et dont l’intégrité est sérieuse. La création de canaux d’approvisionnement fiables avec ce genre de fournisseurs aidera les employés à poursuivre leurs activités légitimes.

Il n’y a plus aucune raison d’ignorer les finances d’une entreprise : même si vous avez des comptables et d’autres contrôleurs fiscaux, il est possible avec des logiciels modernes de générer des rapports ad hoc et d’examiner les tendances à l’aide de tableaux de bord de visualisation. Dans les grandes banques du Kenya, la fraude des employés est souvent un risque plus grand que la fraude venant de tiers 3. Les fraudes sud-africaines qui font la une des journaux, telles que celles observées chez Fidentia et Steinhoff, ont été perpétrées par les mêmes comptables censés avoir contrôlé de telles activités.

On pourrait croire à première vue que la lutte contre la fraude signifiait réduire la confiance envers les employés. Ce n’est pas le cas. Au lieu de cela, il s’agit de réduire les lacunes dans lesquelles des fraudes pourraient avoir lieu, afin de ne pas normaliser de telles activités. Le ton devrait être donne dès le sommet, depuis le leadership et la direction qui doivent adopter des contrôles sains et une bonne gouvernance. Les conséquences doivent être appliquées et ressenties.

Tout le monde finira par ignorer un feu de signalisation s’il voit suffisamment de personnes le faire. Dans certains pays, les agents de la circulation dirigent mal les véhicules qui les ignorent. Tous ces chauffeurs sont-ils des criminels ? En termes de code de la route, oui. Mais ont-ils commencé comme des criminels ? Et considèrent-il leur comportement comme mauvais ? C’est peu probable. En tout cas, pas avant qu’ils ne soient pris – et s’il s’agissait d’une fraude commerciale, il serait peut-être trop tard pour leurs employeurs.

Par Ayanda Kotobe, Directeur financier chez RS Components

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