L’après mine industrielle : LE PROJET AGROPOLE DE MORILA VOIT LE JOUR

Le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga a lancé, hier à Morila, dans la commune de Sanso, le projet agropole de Morila, une initiative visant à offrir aux collectivités, aux populations et à notre économie des perspectives durables suite à la fermeture annoncée de la mine d’or de Morila en 2019. La cérémonie organisée à cet effet a vu la présence de plusieurs ministres dont la titulaire du portefeuille des Mines et du Pétrole, Mme Lelenta Hawa Baba Ba.

Situant l’évènement dans son contexte, le ministre a indiqué que cette phase de fermeture de la mine de Morila se traduit par une perte massive d’emplois, le rétrécissement de l’économie  locale, les probables impacts sur l’environnement etc. «Partant des expériences douloureuses vécues lors des arrêts momentanés des mines de Syama, Tabakoto et Kalana, le gouvernement a fait de la présentation d’un plan de développement communautaire, une condition préalable à l’obtention de tout permis d’exploitation depuis le code minier de 2012», a rappelé Lelenta Hawa Baba Ba. Ensuite, le chef du gouvernement a visité des stands d’expositions de productions locales transformées et certaines réalisations qui sont déjà à l’actif de ce projet agro-industrie. Visite à la fin de laquelle Soumeylou Boubèye Maïga a accordé une interview à la presse. «C’est une première en Afrique de voir la reconversion planifiée et en voie de réussite d’une mine qui ferme», a-t-il dit, ajoutant que «les mines ne doivent pas laisser après elles un environnement totalement dégradé, des emplois définitivement détruits».

En la matière, le projet agropole de Morila offre, selon le Premier ministre, une belle perspective non seulement aux collectivités, aux populations, mais aussi à l’économie grâce à l’amplification de la production locale future, à sa valorisation et à sa transformation. Surtout que la zone du projet fait, selon lui, partie de la Zone économique spéciale que le Mali a avec la Côte d’Ivoire et le Burkina. Dans ce cadre, l’aéroport de Sikasso va servir pour l’exportation de nos productions.

Pusieurs fois reportée, la fermeture de la mine d’or de Morila sera effective en 2019. La vie après la mine, amorcée depuis 2008, à travers un projet agropole pilote, est aujourd’hui au centre de toutes les attentions. C’est cette initiative pilote qui s’apprête à entrer dans sa phase active, pour en faire un projet structurant. À cet effet, il est envisagé, sur une partie des décombres du site minier (484 ha sur 1.250 ha), plus 1 400 ha de terres appartenant aux communautés, le développement d’un centre agrobusiness au profit des populations voisines à la mine.

Ces superficies qui seront aménagées verront, sur une phase initiale de 4 ans, le développement des chaînes de valeurs de l’agriculture (maïs, soja, manioc, tomate, gombo, piment, melon, maïs sucré, etc.),  le développement de l’élevage (bovins, ovins, caprins), de l’aviculture, de l’apiculture, de la pisciculture, de l’écotourisme et de la formation aux métiers agricoles. Le coût global du projet sur quatre ans s’élève à 4.156.810.534. Il permettra la création de 213 emplois permanents pour le site de Morila et plus de 1.100 pour le projet pipeline. Pour ce faire, un modèle de partenariat public-privé aurait été proposé  sur la base d’une étude de faisabilité réalisée par Songhoï Bénin, étude qui définit tant les rôles que les attributions des parties. A titre d’illustration, la contribution de Morila sa est estimée à plus d’un milliard de Fca. Quant à l’exploitation et la gestion, elles seront confiées à une structure privée, qui sera contrôlée par un comité de pilotage afin d’en assurer une gouvernance saine et vertueuse. Intervenant en marge de la cérémonie, Dr Mark Bristow, directeur général de Randgold Resources, a remercié l’équipe de fermeture ayant permis la réalisation de ce projet ambitieux.  L’objectif, selon lui, est de remplacer les activités actuelles périssables par d’autres plus durables et économiquement plus avantageuses pour les collectivités, en utilisant les infrastructures existantes comme les installations, l’eau, l’énergie… Car, outre les productions attendues, 35 à 50 % des productions locales de la zone se gâteraient, faute d’industrie de transformation adaptée, a fait remarquer Dr Bristow.

A ce propos, Hilaire Diarra a souligné que Morila dispose déjà d’une bonne base de vie, d’une école de formation, de l’eau, d’une centrale électrique de 29 MW, d’une piste d’atterrissage. Le tout est, selon le chargé des questions environnementales de Randgold, favorisé par la situation géographique de la zone qui regorge d’énormes potentiels. Ainsi, la mise en valeur de ces ressources passe par le renforcement des capacités de production et de transformation des collectivités, a souligné M. Diarra, à la fin de son exposé sur le projet qui promet d’être une garantie de débouchés pour les productions des communautés voisines, à travers les unités de productions agro-alimentaires qui y seront installées.

Ce qui cadre parfaitement avec notre vision de développement du pays, a déclaré le Premier ministre. «Tous les sites miniers qui vont arriver à terme vont devoir aller dans cette perspective», a insisté Soumeylou Boubèye Maïga, rappelant que la transformation des sites en haut bassin de productions à travers le développement local et communautaire est inscrite dans les cahiers de charge des sociétés minières depuis le code minier de 2012.

Envoyé spécial Cheick M. TRAORÉ

L’ESSOR

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